Une boutique sans nom pour l’art et les cryptomonnaies | 6 juillet 2021 | Article par Suzie Genest

Crédit photo: Suzie Genest

Une boutique sans nom pour l’art et les cryptomonnaies

Le 835 rue Saint-Joseph Est s’apprête à accueillir une boutique alliant galerie d’art et comptoir de cryptomonnaies. Le propriétaire de cette boutique entend ouvrir ses portes dès que possible, en déjouant les conventions du branding.

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La galerie-boutique mettra en valeur des œuvres d’artistes du réseau de Maxim Côté, initiateur du projet. On y trouvera aussi de la marchandise aux couleurs des cryptomonnaies, comme des t-shirts, en plus du comptoir de transactions.

Dans la vitrine du local auparavant occupé par SOS Phones, une pieuvre entourée de vagues annonce l'ouverture à venir. C’est l’œuvre de Caroline Morin, une artiste du quartier et amie de Maxim Côté. Toujours en discussion avec d’autres créateurs, il préfère pour le moment attendre avant de s’avancer sur les artistes qu’on retrouvera dans sa galerie-boutique. Le futur commerçant a l’intention de miser sur des artistes locaux et de les inviter à faire de la peinture en direct et discuter avec les visiteurs.

Portée organique

La boutique de Maxim Côté aura une thématique « très punk, très rebelle – qui fitte avec ma personnalité et avec mes ami.e.s artistes », dit-il. Il ajoute : « Saint-Roch, c’est le quartier parfait pour ça. C’est très punk et très contre-culture. » N'empêche, c'est aussi un endroit où circulent des familles et des enfants, et M. Côté souhaite que sa boutique soit attrayante pour eux aussi.

Bien des commerces occupent le web et les réseaux sociaux longtemps avant leur ouverture. La boutique de Maxim Côté n'a ni page Facebook ni compte Instagram.

« Vu que c’est pirate, je ne veux pas trop avoir de nom de compagnie… Les gens vont nommer le local organiquement. Ce sera peut-être "le local", "le spot", "le 835"… Ce sera le meilleur nom que j’aurais pu trouver moi-même! »

S'il remporte assez de succès pour établir une seconde enseigne ailleurs, celle-là aussi sera baptisée organiquement. « Chaque place aura sa vibe » et offrira une expérience distinctive, affirme-t-il. Au département financier, M. Côté a aussi adopté une approche particulière. C'est que les cryptomonnaies n'ont pas cours légal au Canada...

« Je suis le parfait exemple de comment fonctionner sans compte bancaire », illustre celui qui doit ainsi « tout payer en crypto ou en argent liquide. »

Les solutions de paiement lui permettront néanmoins d’accepter à la boutique les cartes de sa clientèle, précise-t-il.

Cryptomonnaies 101

Difficile de parler d'un comptoir de cryptomonnaies sans s'attarder un peu sur ces monnaies virtuelles méconnues de plusieurs. Jonathan Parent, un entrepreneur dont le chemin a croisé les cryptomonnaies, qui le passionnent toujours, explique :

« La cryptomonnaie se comprend mieux lorsqu'on la compare au modèle monétaire traditionnel. D'abord, une des principales différences est qu'il n'y a pas d'institution qui émet et gère la monnaie. Dans le cas du Bitcoin, la cryptomonnaie la plus populaire, un nombre maximum des unités en circulation sera atteint. C'est ce maximum qui restera en circulation. Ce sont des fondements de la décentralisation, terme que l'on emploie régulièrement dans le domaine. 

Deuxième élément d'importance : le traitement des transactions. À l'instar des institutions bancaires qui tirent profit d'infrastructures de traitement des transactions – des serveurs informatiques notamment – la cryptomonnaie est traitée par un réseau de mineurs. On fait référence au minage, car ces mineurs doivent résoudre des équations mathématiques, avec des appareils informatiques spécialisés, pour notamment briser les blocs, dans le jargon technique. C'est ce qui permet la découvrabilité de Bitcoins n'ayant pas été encore attribués. Les mineurs sont alors rémunérés pour traiter des transactions (les échanges que les détenteurs de cryptomonnaies font sur le réseau). Ils reçoivent une récompense pour participer à la découvrabilité.

Côté sécurité, pour une transaction donnée, un nombre de mineurs à travers le monde doivent authentifier le même résultat du décryptage d'une transaction pour que celle-ci soit autorisée et inscrite dans la chaîne de bloc. 

Finalement, la chaîne de blocs (blockchain) est l'équivalent d'un grand livre comptable, mais la possibilité d'effacer une inscription est impossible à ce jour. Il existe aussi une multitude de cryptomonnaies, proposant des éléments techniques distinctifs. Les plus connues sont l'Ethereum et le Dogecoin, popularisé par le milliardaire Elon Musk. »

Des choix éclairés

Maxim Côté « jonglait depuis un moment » avec l'idée de contribuer à faire connaître et apprécier les cryptomonnaies. C'est ainsi que lui est venu son projet de boutique. « Avoir pignon sur rue et un visage, au lieu que tout se fasse en ligne, ça peut faire une différence pour certains », estime-t-il. Trouver des endroits où côtoyer des personnes intéressées par le sujet n'est pas facile, renchérit-il.

Quant aux risques associés aux cryptomonnaies, M. Côté les reconnaît volontiers : « Il y en a, de la fraude, et il y a des produits que je ne recommanderais pas. » Aider la clientèle à faire des choix éclairés compte parmi ses motivations. Certaines cryptomonnaies conviendront mieux aux personnes préoccupées par la vie privée, illustre-t-il. D’autres répondent aux aspirations de développeurs d'applications numériques. Pour certaines, les frais de transaction sont peu élevés, mais les délais, plus longs. « Ça peut être intéressant d’être guidé dans les produits qui existent », fait valoir M. Côté.

Même si l’affiche en vitrine prévoit une ouverture le 1er septembre, Maxim Côté espère devancer cette date. « J’aimerais vraiment accueillir des gens en juillet, même si la boutique est un peu sur le rough. Ma clientèle, ça ne la dérangera pas… »