Projet PECH-Bifröst : entre bienveillance et inquiétudes

Des commerçants de la rue Saint-Vallier Est s'inquiètent de la cohabitation à venir avec la clientèle en santé mentale, à risque d'itinérance et vivant avec des problématiques multiples du projet PECH-Bifröst, dont l'arrivée se fera à l'été 2025.

Projet PECH-Bifröst : entre bienveillance et inquiétudes | 29 mars 2024 | Article par Thomas Verret

Une vue du projet de l’organisme PECH à l’angle des rues Caron et Saint-Vallier Est.

Crédit photo: Lafond Côté architectes

Des commerçants de la rue Saint-Vallier Est s’inquiètent de la cohabitation à venir avec la clientèle en santé mentale, à risque d’itinérance et vivant avec des problématiques multiples du projet PECH-Bifröst, dont l’arrivée se fera à l’été 2025.

PECH a présenté ce projet de 50 logements sociaux et de services au coin des rues Caron et Sainte-Hélène, jeudi soir, lors d’une consultation publique tenue dans le cadre du Conseil de quartier de Saint-Roch.

« Pour nous, c’est le résultat de huit ans de travail », a souligné le directeur général de l’organisme, Benoît Côté.

Appréhensions

La propriétaire du 77 St-Vallier a raconté les difficultés rencontrées depuis l’ouverture, en 2021, du site de consommation supervisée L’Interzone, voisin de sa résidence de tourisme, dont la clientèle « se pique » avec des seringues et ne garde pas toujours ses toilettes propres. Catherine Bowen Gouin s’inquiète maintenant de la venue du centre d’hébergement et d’encadrement clinique de PECH, dans un secteur de la ville « déjà rock ‘n’ roll ».

« Sur Saint-Vallier, on donne beaucoup quand même. (…) Donc, je trouve ça difficile d’encore accueillir à bras ouverts un nouvel organisme qui vient à côté de chez nous, dans un commerce qu’on roule. J’ai besoin d’être rassurée et de savoir si c’est canné, les bureaux de PECH », a-t-elle exprimé.

« On n’est pas dans un pays de licorne »

En cas de crise ou de gestes d’incivilité, les intervenants de l’organisme communautaire sont « proactifs » pour régler les problématiques, aux dires de son DG. Benoît Côté promet que « la porte va toujours être ouverte » pour les commerçants et les gens du voisinage. Ce dernier précise que PECH effectue en moyenne huit interventions par jour, « dans tous les arrondissements », avec le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ).

« On ne laisse pas les choses aller. Sinon, la police ne nous ferait pas confiance (…) On est capables d’intervenir rapidement », assure-t-il.

« On va être des bons citoyens sociocorporatifs. (…) Il n’y a pas de risque zéro, mais on va être là pour vous supporter. »

Pas de référendum possible

Le projet PECH-Bifröst n’est pas susceptible d’approbation référendaire, malgré quelques modifications réglementaires « mineures » nécessaires à sa réalisation, explique de son côté la Ville de Québec.

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En février 2023, la Municipalité a d’ailleurs octroyé un prêt de 1 M$ à PECH pour l’acquisition de ce lot de la rue Caron.

L’administration Marchand rappelle que le projet répond aux objectifs de ses visions en matière d’habitation et d’itinérance. Celui-ci prévoit la construction d’un immeuble de six étages – 39 3 1⁄2 et 11 studios – tous des logements sociaux. L’organisme PECH occupera pour sa part le rez-de-chaussée. On y retrouvera entre autres trois bureaux de psychiatrie et des salles de consultation, psychocorporelle et de réunion.

Les changements à la réglementation ont trait notamment à la hauteur maximale permise dans cette zone du Programme particulier d’urbanisme (PPU) du sud du centre-ville de Saint-Roch, alors que l’édifice s’élèvera sur 22 mètres (plutôt que 16), avec un retrait au dernier étage.

Appui unanime du conseil de quartier

Le Conseil de quartier de Saint-Roch a décidé quant à lui de passer au vote, hier, et les cinq administrateurs présents ont appuyé unanimement le projet de PECH. La présidente estime que le logement social et l’intervention spécialisée de l’organisme représentent une des solutions pour lutter contre l’itinérance, la pauvreté, la crise de l’habitation, etc.

« Par contre, ce n’est pas mon expertise et je n’ai pas l’impression que c’est la nôtre. Je pense qu’on fait bien, tous ensemble, de vraiment parler de ces enjeux-là, parce que, clairement, ce que l’on veut, c’est que tout le monde soit considéré, que nos camarades aux traumas multiples puissent vivre dignement », a déclaré Alexia Oman.

Sentiment de déjà-vu

Des citoyens ont frais en mémoire les enjeux de cohabitation vécus dans le quartier durant la pandémie, à la suite de l’ouverture du refuge de Lauberivière. Certaines personnes ont fait remarquer que les ressources se font de plus en plus nombreuses dans Saint-Roch, avec la présence également de PECH sur le boulevard Charest, de même que les lieux de répit au sous-sol de l’église et dans l’ancien bureau d’arrondissement.

« Pourquoi encore un autre PECH dans Saint-Roch? », a questionné Michael Parrish.

« Sainte-Foy, tout va bien, Charlesbourg, c’est la joie dans le bonheur, donc (je me demande) pourquoi on ne partage pas ces ressources-là avec d’autres parties de la ville. »

Des intervenants locaux en itinérance et des professionnels de la Ville de Québec ont rappelé en outre que le quartier Saint-Roch « demeure un pôle d’attraction important pour les gens à faible revenu » à la recherche d’un logement abordable.

Prochaines étapes

Ainsi, le permis de construction sera émis ce printemps, après un dernier vote des élus de l’arrondissement La Cité-Limoilou, lequel fait donc suite à la consultation de jeudi au YMCA St-Roch. Le chantier, lui, doit débuter dès la mi-avril, pour une livraison prévue en juin 2025, au terme de 14 mois de travaux.

Par ailleurs

Une citoyenne bien au fait du dossier a rappelé que le terrain du projet PECH-Bifröst – celui de l’ancien Omer DeSerres – avait été identifié par l’administration Labeaume pour y accueillir un espace public vert, comme le rapportait Le Soleil en 2018.

Le conseiller de Saint-Roch–Saint-Sauveur lui a répondu que la Ville de Québec travaille actuellement à acquérir un autre terrain, dans le même secteur, toujours à cette fin.

« Vous avez vu juste, notre engagement n’est pas anéanti, il est juste transféré », a indiqué Pierre-Luc Lachance, qui ne pouvait en dire davantage en raison « des négociations en cours » à cet effet.

Voici la page du projet PECH-Bifröst.

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