Ici vécut : François-Xavier Drolet, au 285, avenue Daulac

On retrouve, sur différents immeubles de Québec, 142 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l'histoire de la ville. François-Xavier Drolet (1849-1924) donne son nom à l'immeuble qui abritera bientôt la cour municipale et un nouveau poste de police.

<em>Ici vécut </em> : François-Xavier Drolet, au 285, avenue Daulac | 25 novembre 2023 | Article par Simon Bélanger

Une plaque posée au 285, avenue Daulac, rappelle la présence du mécanicien et entrepreneur François-Xavier Drolet.

Crédit photo: Simon Bélanger - Monsaintroch

On retrouve, sur différents immeubles de Québec, 142 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l’histoire de la ville. François-Xavier Drolet (1849-1924) donne son nom à l’immeuble qui abritera bientôt la cour municipale et un nouveau poste de police.

Il est bien possible que le diminutif F.-X. Drolet vous soit un peu plus familier.  C’est en effet le nom que porte cet édifice en réfection, situé tout près du pont Dorchester. Au début des années 1990, le service de la Gestion des immeubles de la Ville de Québec s’est installé dans le bâtiment, après une première phase de travaux.

La construction d’une nouvelle centrale de police, sur le boulevard Louis-XIV, a nécessité l’aménagement d’un nouveau poste de police de quartier et d’une aile de détention, en plus du déménagement de la cour municipale. L’édifice F.-X.-Drolet avait donc été sélectionné.

Mais ce projet a fait face à des dépassements budgétaires et des retards dans la livraison. Une somme de 21 M$ lui avait été allouée dans le Programme triennal d’immobilisation (PTI) de la Ville de Québec en 2019-2020.

En 2022, le budget était passé à 29 M$ et l’édifice n’était toujours pas livré. Finalement, le bâtiment doit être accessible au public à partir du 13 mai 2024, puisque c’est la date officialisée pour officialiser le changement du chef-lieu de la cour municipale, selon un sommaire décisionnel du conseil d’agglomération de Québec, adopté au début du mois de novembre.

Édifice F.-X.-Drolet, sur la rue du Pont.
Crédit photo: Simon Bélanger - Monsaintroch

Au-delà de tous ces retards, qui est celui qui a donné son nom à l’édifice que la Ville de Québec qualifie «d’exemple[…] éloquent[…] de l’architecture industrielle du début du 20e siècle»?

Mécanique et machines à vapeur

Fils du menuisier Alexandre Drolet et de Rosalie Fréchette, François-Xavier Drolet naît à Québec le 9 mai 1849. Sa formation scolaire se limite à quelques années chez les Frères des écoles chrétiennes, avant de se trouver des emplois dans les industries de la ville.

Il travaille dans la menuiserie de Joseph Archer père (1862-1864), dans la scierie de George Benson Hall (1864-1871), pour l’entreprise de construction de Simon Peters et pour la fonderie et atelier de mécanique Carrier, Laîné et compagnie, de Lévis (1872-1874), en plus de l’atelier Twedell et Campbell, dans le quartier Saint-Roch. Il se spécialise en mécanique.

En 1875, François-Xavier Drolet s’allie avec Pierre Audard, un autre mécanicien, au sein de la Drolet et Audard. Ils offrent de réparer et fabriquer des machines à vapeur en tout genre dans leur atelier de la rue Desfossés (boulevard Charest). Les deux hommes s’associent au fondeur Pierre Guérard en 1878, mais Drolet devient l’unique propriétaire de la compagnie en 1881.

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Entre la fin du 19e et le début du 20e siècle, l’atelier de Drolet devient l’un des ateliers de mécanique les plus importants de Québec. En plus des machines et moteurs à vapeur, Drolet conçoit, fabrique et répare des pompes, des machines utilisées dans les manufactures et pour les travaux publics. Les clients de l’entreprise se trouvent beaucoup chez les fabricants de chaussures et dans les tanneries, nombreux dans le quartier.

Entre la fin des années 1880 et 1906, l’atelier passe de 25 à 60 employés. En 1899, Drolet obtient un brevet des États-Unis pour un «engin automatique».

François-Xavier Drolet, autour de 1900.
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds L'Action catholique

Nouvel édifice

Les succès de l’entreprise de François-Xavier Drolet lui permettent également de financer la construction d’un nouveau bâtiment entre 1907 et 1909, qui abrite fonderie et atelier de mécanique. Il s’installe à l’emplacement de l’ancien chantier naval de Thomas Hamilton Oliver, au sud de la rivière Saint-Charles, près du pont Dorchester.

Le lieu est divisé en «L», alors qu’une section abrite l’atelier mécanique, tandis que l’autre abrite la fonderie et la forge.

L’édifice est stratégiquement placé près de l’eau, ce qui lui permet d’avoir accès aux bateaux à vapeur, et est desservi par un chemin de fer.

De larges fenêtres assurent un éclairage naturel et une ventilation adéquate, et les bureaux se trouvent à l’étage.

Cale sèche de la fonderie F.-X. Drolet, en 1912.
Crédit photo: Archives de la Ville de Québec

Guerre profitable

L’histoire nous apprend que, bien souvent, les guerres sont profitables pour bien des entreprises, qui font de bonnes affaires pendant ces périodes.

La compagnie de François-Xavier Drolet ne fait exception à la règle, puisqu’elle a fabriqué des obus et des bombes au cours de la Première Guerre mondiale. Elle comptait une centaine d’employés à son service et 250 000 $ de chiffre d’affaires en 1918. Les affaires ont ensuite ralenti pour toutes les industries, incluant celle de Drolet.

Avant la guerre, l’entreprise avait aussi investi le secteur des ascenseurs et des montes-charges par câble, une industrie en pleine ascension, en raison de la popularité grandissante des édifices en hauteur.

Même si les années 1920 ont été moins fastes, elles ont aussi permis à l’entreprise de se diversifier. En plus des ascenseurs, elle fabriquait également des bornes fontaines, en plus de développer son expertise en pièces automobiles.

Transmission familiale

François-Xavier Drolet a été le père de 12 enfants, mis au monde par sa femme Émilie Lainez, avec qui il se marie en 1871. Celle-ci meurt en 1907. 7 des 12 enfants atteignent l’âge adulte.

La famille change fréquemment de maison, mais François-Xavier Drolet a notamment habité sur l’avenue Daulac.

Joseph-François-Xavier Drolet, fils aîné de la famille, s’établit comme agriculteur dans le secteur aujourd’hui connu sous le nom de Neuville.

De leur côté, les trois garçons suivants (Gaudiose, Émile et Arthur) suivent les traces de leur père et commencent à travailler avec lui durant leur adolescence. L’autre garçon, Émile, entre chez les Jésuites.

François-Xavier vend l’usine en 1920 et ce sont les trois fils déjà impliqués dans la compagnie qui reprennent les rênes de l’entreprise.

Le père, qui s’est remarié en 1908 avec Georgianna Leteau, rend l’âme le 21 février 1924, à Québec.

Une plaque rappelle que Francois-Xavier Drolet a vécu sur l’avenue Daulac.
Crédit photo: Simon Bélanger - Monsaintroch

Entreprise toujours active

En 1945, la compagnie F.-X. Drolet possède officiellement trois divisions : une pour les ascenseurs, une pour les matériaux d’aqueduc et d’égouts, et une troisième spécialisée en mécanique industrielle.

Dans les années 1950, l’entreprise domine le marché québécois de l’ascenseur, grâce à son nouveau modèle d’ascenseur hydraulique.

Dans les années 1960, ce sont les poêles à combustion lente Drolet qui font sa renommée. À la même époque, la famille Drolet cède l’entreprise, qui s’installe dans un parc industriel. La compagnie fait l’acquisition de nombreuses propriétés entre 1968 et 1974.

Au moment de son centenaire, en 1875, la compagnie emploie plus de 300 personnes. Son chiffre d’affaires annuel dépasse les 12 M$.

L’entreprise fait faillite dans les années 1990, alors que la filiale des ascenseurs ferme ses portes en 1996.

Toutefois, en 1999, la compagnie renaît de ses cendres, lorsque Gilles Cantin et ses fils Jean-François et Marc-Antoine font son acquisition. L’entreprise, maintenant installée à Saint-Augustin-de-Desmaures, porte désormais le nom de SBI. Elle produit, encore aujourd’hui, des poêles, dont ceux de la marque Drolet. Les méthodes de fabrication ont cependant bien changé, puisque la robotique et l’intelligence artificielle jouent aujourd’hui un grand rôle dans le succès de la compagnie.

Une section du site de la Ville de Québec rassemble la liste des plaques Ici vécut.

Sources:

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, «Fonds Compagnie F.-X. Drolet inc – 1883-1984»

Théroux, Pierre, «À l’ère des robots et de l’IA : la transformation numérique de SBI», Le Soleil, 13 mai 2023.

Vallières, Marc, «François-Xavier Drolet», Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, 2005.

Ville de Québec, «Édifice F.-X.-Drolet», Répertoire du patrimoine bâti – Fiche d’un bâtiment patrimonial

Ville de Québec, «F.-X.-Drolet», Saint-Roch

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