Bilan 2023 : un «feu roulant» pour Étienne Grandmont

Le 3 octobre 2022, Étienne Grandmont succédait à Catherine Dorion comme député de Québec solidaire dans Taschereau. Un peu plus d'un an plus tard, le nouvel élu s'est découvert un intérêt pour le travail législatif, en travaillant sur quatre projets de loi. Celui qui occupe aussi le rôle de porte-parole en matière de transports a vécu un automne chargé, avec la mise en suspens du tramway et les tergiversations entourant le troisième lien.

Bilan 2023 : un «feu roulant» pour Étienne Grandmont | 18 décembre 2023 | Article par Simon Bélanger

Étienne Grandmont, député de Taschereau, a eu une année 2023 bien remplie, pour sa première année complète comme élu à l’Assemblée nationale du Québec.

Crédit photo: Simon Bélanger - Monsaintroch

Le 3 octobre 2022, Étienne Grandmont succédait à Catherine Dorion comme député de Québec solidaire dans Taschereau. Un peu plus d’un an plus tard, le nouvel élu s’est découvert un intérêt pour le travail législatif, en travaillant sur quatre projets de loi. Celui qui occupe aussi le rôle de porte-parole en matière de transports a vécu un automne chargé, avec la mise en suspens du tramway et les tergiversations entourant le troisième lien.

Rencontré à son bureau de circonscription, au cœur du quartier Saint-Roch, Étienne Grandmont avoue que la vie de député est un «feu roulant». Les apprentissages se sont faits à grande vitesse pendant les derniers mois.

«Premièrement, il n’y a pas de cours pour devenir politicien, pour devenir élu, représentant à l’Assemblée nationale d’une circonscription. Il n’y a pas de cours pour bien représenter son monde, il n’y a pas de cours pour devenir législateur. Il y en a qui ont des formations d’avocat et on voit qu’ils ont déjà un avantage sur les autres. Moi, je n’avais jamais fait ça de ma vie», raconte M. Grandmont.

Pourtant, la vie de législateur a été une «grande découverte» pour le nouveau député de Taschereau. Celui qui s’est déjà impliqué dans des groupes comme Accès transports viables ou le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS) était plutôt habitué à la critique de l’action gouvernementale.

«J’aime vraiment beaucoup ça [le travail législatif]. Ça dépend toujours de la personne que t’as en face de toi. Si le ministre ou la ministre est plus ou moins intéressé.e à collaborer, ça se peut que ce soit long. Mais quand il y a une ouverture, comme par exemple avec Mme [Andrée] Laforest, [ministre des Affaires municipales], c’est l’fun de […] faire ce travail-là et d’essayer d’influencer et d’améliorer les projets de loi, de corriger les erreurs », affirme Étienne Grandmont.

Projets de loi, logement, itinérance

Pour la nouvelle recrue de l’Assemblée nationale, l’année 2023 a été chargée. Étienne Grandmont a en effet travaillé sur quatre différents projets de loi durant la dernière année. Comme porte-parole en matière de tourisme, il a notamment travaillé sur le projet de loi 25, visant à resserrer les règles pour l’hébergement touristique de style Airbnb. Cet enjeu touchait en plus sa circonscription, où la crise du logement «est très aigue», particulièrement au centre-ville.

«On a quand même réussi à amener la ministre [Caroline Proulx] à avoir un projet de loi encore plus béton que ce qu’elle avait en tête. Elle avait une bonne base, mais on a amélioré son projet de loi ensemble. Maintenant, les villes ont des outils pour légiférer, pour mieux encadrer la pratique d’Airbnb», indique le député.

La question du logement s’est aussi invitée dans un projet de loi touchant la fiscalité municipale, qui visait à remettre des logements vacants sur le marché.

«On a réussi à faire insérer que les villes peuvent taxer ces logements vacants-là. Après une année, la taxe peut être de 1% sur la valeur du logement, la deuxième année, 2%, la troisième année, 3%», illustre Étienne Grandmont.

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La question du logement se retrouve au cœur de son implication plus locale. En avril, lui et Sol Zanetti organisaient une rencontre avec plusieurs organismes qui faisaient part des réalités vécues sur le terrain.

L’enjeu de l’itinérance faisait aussi partie des priorités d’Étienne Grandmont dans la dernière année. Il a notamment participé au Sommet sur l’itinérance, qui se tenait à Québec en septembre, en remplacement de Manon Massé.

«Comme dans beaucoup d’autres domaines. le gouvernement du Québec délègue ses responsabilités aux municipalités, mais ne leur donne pas les moyens d’y voir,  de travailler, d’avoir les moyens d’intervenir», déplore l’élu de Québec solidaire.

«Trois ans perdus» pour le tramway

Pour Étienne Grandmont, la décision du gouvernement Legault de mettre en suspens le projet de tramway et de confier à la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ) le mandat de trouver un projet de transport structurant pour Québec est «incompréhensible».

«[Il y a un] très grand désamour et [un] très grand désengagement de la part du gouvernement Legault et de Geneviève Guilbault par rapport au transport collectif », se désole-t-il.

Pour le député, il ne s’agissait cependant que d’un nouveau chapitre dans la gestion caquiste du dossier du tramway. Il estime que le gouvernement a causé trois ans de retard dans la réalisation du projet.

«Il y a eu le premier épisode, où on se demandait “est-ce qu’il doit aller vers D’Estimauville ou Charlesbourg? […] Après ça, il y a eu le psychodrame sur la rue partagée au coin de Cartier et René-Lévesque. […] Et là, avec son nouveau mandat donné à la Caisse de dépôt et de placement, on perd six mois. Mais dans les faits, on perd une année de travaux. La fenêtre de travaux au Québec est très courte. […]

Donc, trois ans perdus à cause de la CAQ», peste Étienne Grandmont.

Selon lui, la façon avec laquelle le gouvernement Legault a géré le tramway se reproduit dans les autres projets de transport collectif au Québec. Étienne Grandmont croit au contraire que Québec solidaire est le parti qui s’est le plus porté à la défense du tramway.

«Ce dont je suis particulièrement fier, c’est que nous, on s’est battu. On est le parti qui s’est le plus battu pour le tramway, on est le parti qui s’est le plus battu pour le financement du transport collectif», affirme M. Grandmont.

Quant au mandat accordé à la CDPQ-Infra, le député de Taschereau est inquiet. Pour lui l’expertise de la CDPQ, «c’est de faire de l’argent», pas les projets de transport collectif, malgré son rôle dans le développement du REM. Il souligne que, pour ce nouveau projet de transport dans la région montréalaise, «l’intégration urbaine […] n’a aucun bon sens».

En contrepartie, il défend l’expertise du Bureau de projet du tramway.

«Il y a plus de 100 personnes qui travaillent à temps plein là-dessus. […] C’est des gens experts. Daniel Genest, qui est directeur du Bureau de projet du tramway, c’est un ingénieur et un gestionnaire de projets de classe mondiale. Il a participé à [l’échangeur] Turcot. Il a leadé le nouveau pont Champlain. C’est loin d’être un deux de pique », explique Étienne Grandmont.

Il avoue finalement avoir reçu une invitation pour rencontrer les gens de la CDPQ.

«Je veux qu’ils me fassent la démonstration qu’ils peuvent être sérieux», prévient le député.

Quant aux tergiversations entourant le troisième lien, Étienne Grandmont est loin d’être impressionné.

«C’est de la grande improvisation. On joue avec des projets qui ont le potentiel de coûter des milliards au Québec et ça s’improvise comme ça sur le coin d’une table», dénonce l’élu.

Sécurité routière et services publics

La sécurité routière a aussi été un dossier important Étienne Grandmont dans la dernière année. Plus spécifiquement, la sécurité autour des écoles. Il a participé à des manifestations autour des écoles, en plus d’interpeller la ministre des Transports, Geneviève Guilbault, sur le sujet.

Celle-ci vient d’ailleurs tout juste de déposer le projet de loi 48, qui vise à réformer le Code de la sécurité routière.

«On va travailler là-dessus au retour en janvier. J’ai vraiment très hâte. C’est la suite logique de tout le travail de mobilisation qu’on a fait avec les citoyens et citoyennes. On s’est fait le porteur de leur voix à l’Assemblée [nationale] et on les a même invités aussi à venir à l’Assemblée», se réjouit M. Grandmont.

Et alors que les grèves dans le secteur public se poursuivent, Étienne Grandmont souligne l’implication de Québec solidaire dans le soutien aux grévistes.

«On a organisé une collecte pour les profs de la FAE [Fédération autonome de l’enseignement], ici, dans nos locaux. […] On a reçu quelque chose comme 5 000$ de cartes-cadeaux de gens qui sont venus. Le signe d’une très grande générosité, mais aussi d’un très grand appui à cette cause-là», soutient-il.

La veille de notre entretien, Étienne Grandmont visitait quelques lignes de piquetage, prenant notamment le temps de servir de la soupe.

Nouvelle co-porte-parole, nouvelle perspective

En novembre dernier, les délégué.e.s de Québec solidaire choisissaient Émilise Lessard-Therrien, ancienne députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, pour succéder à Manon Massé, comme co-porte-parole.

Pour Étienne Grandmont, qui avait appuyé la candidature de Christine Labrie, le retour de Mme Lessard-Therrien permettra d’aborder de nouvelles perspectives au parti. Les questions de la ruralité et la place des régions viennent en tête.

«[C’est] aussi d’avoir quelqu’un qui ne sera pas pris par le travail parlementaire, qui va pouvoir aller sur le terrain, rencontrer les gens. Je pense que ça nous offre des perspectives intéressantes pour la suite des choses», affirme le député de Taschereau.

Alors que les sondages placent, grosso modo, Québec solidaire autour de 15-17%, Étienne Grandmont ne croit pas que cet appui soit plafonné.

«Je trouve que c’est un beau plancher, parce que ce noyau-là de gens qui nous connaissent ont confiance dans notre travail et voient dans le projet solidaire une réponse à toutes sortes d’enjeux qu’on vit au Québec : les crises en logement, les crises du coût de la vie, la crise environnementale, la crise climatique », soutient M. Grandmont.

Et 2024?

Pour la prochaine année, Étienne Grandmont espère d’abord que la ministre Guilbault «soit à l’écoute» des propositions de différents groupes et des partis d’opposition, dans sa nouvelle stratégie de sécurité routière. Il souhaite que celle-ci ne soit pas seulement «une opération de communication».

Le député de Québec solidaire aimerait aussi que le tramway revive en 2024, en mettant à contribution l’expertise présente à Québec.

«[La CAQ] veut réduire les émissions de gaz à effet de serre au Québec. Elle veut que ça coûte moins cher aux Québécois de manière générale. Elle veut être un bon gestionnaire de notre trésor public. Qu’elle arrête d’investir dans l’agrandissement du réseau routier au Québec, parce que ça nous coûte cher en entretien. […] Qu’elle investisse massivement dans le transport collectif », demande M. Grandmont.

D’ici 2024, il souhaite cependant prendre le temps de passer du temps avec famille et amis, qu’il a moins le temps de voir durant la session parlementaire.

«On va prendre le temps de bien déconnecter, de se refaire des forces. […] C’est un travail qui est exigeant, c’est un travail qui demande beaucoup, qui est très prenant mentalement», affirme-t-il.

La période de travaux réguliers à l’Assemblée nationale du Québec recommence le 30 janvier 2024.

Cet article bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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