Roland Ste-Marie et les belles années de la lutte à Québec ou l’histoire de La Tour

Robert Ste-Marie signe Roland Ste-Marie et les belles années de la lutte à Québec, un nouveau livre à la mémoire de son grand-père. Roland Ste-Marie était promoteur et gérant du mythique lieu de luttes et de spectacles disparu de Saint-Roch : La Tour.

<em>Roland Ste-Marie et les belles années de la lutte à Québec</em> ou l’histoire de La Tour | 13 mars 2022 | Article par Jean Cazes

L’intérieur de La Tour, lieu de spectacles de lutte dans Saint-Roch, après 1946.

Crédit photo: Robert Ste-Marie

Robert Ste-Marie signe Roland Ste-Marie et les belles années de la lutte à Québec, un nouveau livre à la mémoire de son grand-père. Roland Ste-Marie était promoteur et gérant du mythique lieu de luttes et de spectacles disparu de Saint-Roch : La Tour.

Cela fera cinquante ans cette année que La Tour, édifiée en 1889, est tombée sous le pic des démolisseurs, raconte Robert Ste-Marie. Comme bien d’autres immeubles du cœur du quartier Saint-Roch, le singulier bâtiment a dû un jour céder sa place à l’autoroute Dufferin-Montmorency

Une passion au service d’une belle histoire de famille

Roland Ste-Marie
Crédit photo: Collection Robert Ste-Marie

Après une carrière de professionnel et de gestionnaire dans le réseau québécois de la santé, le petit-fils de Roland Ste-Marie se passionne pour l’histoire et la généalogie.

Son ouvrage relate la carrière du promoteur. Comme le résume Robert Ste-Marie pour Monsaintroch, c’est le récit d’un homme issu d’un milieu modeste qui aspire à réaliser ses rêves de vivre et de s’accomplir dans l’univers sportif. Cela, armé de sa détermination ainsi que de ses talents de persuasion et d’organisation, en cherchant à dépasser sa condition d’ouvrier.

Roland Ste-Marie a réussi à devenir un des plus grands promoteurs sportifs à Québec, particulièrement pour la lutte. Il s’est distingué aussi comme un important producteur de spectacles de variétés dans les années 1936 à 1960.

Rendez-vous incontournable des sportifs, La Tour offrait aussi son lot de divertissements artistiques en étant le pendant ouvrier des cabarets Chez Gérard et La Porte St-Jean.

Un haut lieu de la lutte à Québec

La Tour avant 1950.
Crédit photo: Archives de la ville de Québec, Coll. Gilles Sansfaçon

La Tour était à l’origine une rotonde de 33 mètres de diamètre et de 20 mètres de haut, au coin des rues Monseigneur-Gauvreau et des Prairies. Érigée en 1891 par la Quebec Gas Company, l’endroit a d’abord servi de réservoir de gaz pour l’éclairage des rues jusqu’en 1909. La rotonde a ensuite été utilisée comme entrepôt et pour le remisage d’équipements, avant d’être désaffectée au début des années 1930.

Les fondateurs du Club Athlétique Champlain derrière des lutteurs : Ernest Lantier, Roland Ste-Marie et Alphonse Cantin.À l’été 1936, Roland Ste-Marie, Ernest Lantier et Alphonse Cantin ont fondé le Club Athlétique Champlain. À la recherche d’un endroit pour y tenir des séances de lutte, ils ont repéré la rotonde.

La première séance de lutte a lieu le 9 octobre de la même année, devant 1200 amateurs. La Tour, ainsi nommée par un journaliste du Soleil, deviendra le haut lieu de la lutte à Québec pendant les 30 prochaines années. Peu importe leur siège, les spectateurs avaient une telle impression de proximité avec les combattants. Cela a souvent été à l’origine d’altercations et de bagarres avec les lutteurs quand ils quittaient l’arène ou en chutaient.

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Certes, La Tour présentait en majorité des séances de lutte. Mais des soirées de boxe y ont toujours été présentées. Elles mettaient entre autres en vedette des champions comme Fernando Gagnon, Rocky Brisebois, Dave Castilloux, Yvon Durelle et Robert Cléroux.

Des spectacles de variété de calibre international

La Tour n’étant occupée à l’époque que deux soirs par semaine, le gérant Roland Ste-Marie a décidé d’y présenter les fins de semaine des spectacles de variétés. C’était surtout des tours de chant, des spectacles de musique, des attractions diverses et du vaudeville. En 1946, Charles Trenet y a présenté son premier tour de chant à Québec. De nombreux spectacles de music-hall américain se sont ajoutés, dont ceux des Louis Armstrong, Duke Ellington, Benny Goodman, Oscar Peterson et Tommy Dorsey.

De même, beaucoup d’artistes canadiens de la chanson, de la musique et du burlesque se sont illustrés à La Tour. C’est le cas de Muriel Millard, Lucille Dumont, Yoland Guérard, Jacques Normand, Fernand Gignac, Monique Leyrac, Jen Roger, Juliette Béliveau, La Poune, Swifty, Juliette Pétrie, Léo Rivest, Olivier Guimond, Paul Desmarteaux, Jean Rafa et Pierre Roche. C’est pourquoi La Tour a souvent été considérée comme le pendant ouvrier des cabarets Chez Gérard et La Porte St-Jean.

Ajoutons qu’un des divertissements les plus courus était le Foto-Nite. Il a permis à plus de 1500 artistes amateurs de présenter des numéros devant des foules importantes.

Les frères Baillargeon, favoris locaux

La tour, peu avant sa démolition.
Crédit photo: Archives de la ville de Québec, Fonds Gérard Donnely

En février 1946, à la suite d’un incendie majeur, d’importantes rénovations ont lieu à La Tour. Deux bâtiments de quatre étages sont érigés, jouxtant la rotonde d’origine pour y accueillir des bureaux, un gymnase moderne, des allées de quilles, un restaurant et des salles de réception. Dès lors, La Tour a pu accueillir 3000 spectateurs aux spectacles de lutte.

La lutte présentée dans ce lieu mythique a souvent été appelée « la petite lutte ». Les combattants étant des poids légers ou moyens, l’action était toujours assurée dans l’arène! Les plus populaires? Lucien Sanfaçon, Kid Hecker (Charles-Henri Blouin), Sam Chuck, Paul et Bob Lortie, Ted Bell, Rod et Jacques Larose, les frères Georges et Henri « Coca-Cola » Dufresne, Georges Cagney (Gérard Letarte), Irénée Roy, Maurice Bertrand, Paul et Butch Néron, les frères Lionel et Maurice Gosselin, Juan Lopez (Hector Morin) et Pat Lawrence.

À la fin des années 1940, La Tour a aussi accueilli les débuts à la lutte des frères Baillargeon, les favoris locaux. En octobre 1957, elle a été témoin de la fin de la carrière d’Yvon Robert quand ce dernier s’est fracturé un genou.

Fin d’une époque

Emplacement de La Tour.
Crédit photo: Google Maps

Le 18 juillet 1958, le Club Athlétique Champlain a décidé de fermer La Tour afin d’opérer dorénavant ses activités au Colisée et à l’ancien Colisée, compte tenu de la vétusté de ses installations.

En 1966, La Tour a réouvert pour la lutte avec un nouveau promoteur, Allen Mitchell. Il succédait à Roland Ste-Marie, décédé l’année précédente. Mais l’enceinte ne contenait plus que 1700 places. De l’automne 1966 à l’automne 1967, une discothèque, le Puff-Club, y a opéré les fins de semaine. Cette même année, le centre de formation professionnelle l’Aviron occupait des locaux de La Tour.

C’est en juin 1972 qu’on a rasé l’édifice, témoin de milliers de séances de lutte et de boxe comme de spectacles de music-hall et de variétés, pour faire place à une bretelle de la nouvelle autoroute.

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Comprenant 160 pages, le livre Roland Ste-Marie et les belles années de la lutte à Québec est disponible à la librairie en ligne bouquinbec.com au coût de 19,95 $ en version papier et de 9,95 $ en version numérique. On peut aussi l’obtenir en contactant l’auteur : rstem@videotron.ca

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