Pierre Maheux: plus de 40 ans d'engagement | 18 novembre 2022 | Article par Julie Rheaume

Pierre Maheux photographié à Limoilou le 16 novembre 2022, en pleine tempête de neige.

Crédit photo: Julie Rheaume

Pierre Maheux: plus de 40 ans d'engagement

Militant, travailleur dans divers organismes communautaires et conseiller municipal de 2005 à 2009, Pierre Maheux cumule une longue feuille de route en matière d'engagement social. Monquartier l'a rencontré afin de discuter de ses expériences depuis la fin des années 70.

Le parcours militant de Pierre Maheux a débuté vers 1979.«Mon implication a commencé au cégep (…). J'ai aidé à mettre sur pied et à remettre sur pied deux associations étudiantes», raconte Pierre Maheux, en entrevue dans un café de Limoilou, le 16 novembre.

Une fois le cégep terminé, il investit le marché du travail. Il œuvrera quelques années en restauration, entre autres comme cuisinier. En parallèle, il s'impliquera dans le domaine des coopératives d'habitation au centre-ville.

La grande place et débuts du militantisme dans Saint-Roch

En 1986, le projet de développement résidentiel et commercial pharaonesque La grande place refait surface et soulève les passions, comme l'évoque le blogue Saint-Roch, une histoire populaire. M. Maheux et l'historien Réjean Lemoine comptent parmi les opposants au sein du Comité de sauvegarde de la Côte d’Abraham, mis sur pied la même année.

Le projet du promoteur Citicorp nécessitait de démolir les maisons de cette artère reliant la basse-ville et la haute-ville, entre autres bouleversements. Jean Pelletier est alors maire de Québec. La compagnie d’assurance la Laurentienne et le promoteur Laurent Gagnon, très présent dans Saint-Roch dans les années 80, étaient aussi associés à l'aventure, rappelle Saint-Roch, une histoire populaire.

«À l'époque, on appelait Saint-Roch Gagnonville», dit Pierre Maheux en parlant de l'homme d'affaires, qui possédait de nombreux édifices dans le quartier.

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«On a mené la bataille sur le dossier de La grande place. Je te dirais que ça vraiment été ma première implication dans le quartier. Au départ, tout le monde nous disait que c'était trop gros et que (le projet) allait passer. Finalement, c'est devenu l'enjeu de l'élection municipale de 1989 et ça n'a pas passé!», enchaîne M. Maheux.

En 1989, Pierre Maheux s'implique donc pour la première fois en politique municipale grâce au dossier de La grande place. «On a eu du fun», lance-t-il!

Parcours communautaire

La fin des années 80 marque aussi une première implication au Projet Intervention Prostitution Québec (PIPQ). Il y connaissait des gens, mais ignorait tout du travail au quotidien mené par l'organisme. On lui avait d'abord demandé d'y animer des réunions. Ensuite, vers 1992, il y œuvrera à temps plein comme permanent et responsable du financement et des relations extérieures. Il quittera en 1996, avec le sentiment du devoir accompli. Il s'était donné comme mission que les travailleuses et travailleurs de l'organisme puissent être salariés à l'année sans avoir recours à des périodes de chômage. Il avait réussi, raconte-t-il.

Ensuite, il a passé quelques années à L'Archipel d'entraide. Il a aussi assumé la coordination du Regroupement des organismes communautaires de la région 03 (ROC-03). À travers ces mandats, le besoin de prendre une pause s'est cependant fait sentir.

Vers 2000, il reprend du service en coordonnant la mise en place d'un événement culturel. Il n'a pas d'expérience dans le domaine, « mais ça bien été»! Par la suite, il tente de trouver un nouvel emploi, mais est jugé «trop compétent» et expérimenté pour les boulots convoités, raconte M. Maheux. Il retourne donc aux études en français et en informatique.

L'appel du communautaire se fait sentir à nouveau l'année suivante. Il est contacté par Hugo Lépine, alors directeur de Lauberivière, qui l'invite à la postuler à la coordination du Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ). Au cours de son  mandat, il se frottera à plusieurs embûches et tracas bureaucratiques gouvernementaux dont un formulaire d'aide financière du fédéral seulement disponible en anglais.

« Le processus de sélection était très lourd », dit-il en parlant des demandes d'aide au gouvernement fédéral. Il passera cinq ans au RAIIQ. Il y fera aussi un bref retour de quelques mois en 2019.

Devoir accompli

De plus, en siégeant aux C.A. de diverses instances à titre de représentant de groupes  communautaires, il dit avoir contribué à augmenter le financement de plusieurs organismes. À 66 ans, M. Maheux a également « le sentiment du devoir accompli, mais le devoir n'est jamais fini ». Bien du boulot reste à abattre!

Aux jeunes intéressés par le travail au sein de groupes communautaires et populaires, il suggère de se mettre en position d’apprentissage.

« Même si tu es bardé de diplômes, t'as toujours des affaires à apprendre et tu vas en avoir pour le reste de tes jours... (Il faut), se questionner, être capable de se remettre en question en étant capable d'empathie (et aussi) éviter les jugement dogmatiques», dit-il.

Conseiller municipal

En 2005, Pierre Maheux vit un important virage. Il quitte sa coop d'habitation pour devenir propriétaire, tout en restant citoyen de Saint-Roch. Il se présente également aux élections municipales dans ce qui est alors le district des Faubourgs sous la bannière du défunt Renouveau municipal. Cette année-là, l'ex-mairesse de Sainte-Foy Andrée P. Boucher, candidate indépendante, sera finalement élue à la mairie de Québec.

« Défendre du monde, défendre des organismes , défendre des causes, je n'ai pas de problème! En politique, il faut que tu te vendes (…). Un de mes chums m'avait dit ''si tu n'es pas convaincu que t'es le meilleur, tu va perdre. Se présenter en politique, ce que j'ai découvert, c'est un exercice narcissique. Je l'ai vécu comme ça », raconte M. Maheux. Devoir « se vendre » a donc été ardu pour lui.

Mme Boucher décède en août 2007. Régis Labeaume est ensuite élu maire de Québec en décembre 2007, à la suite d'une élection partielle. Une autre élection municipale suivra en 2009. Pierre Maheux ne sera pas réélu comme conseiller.

« Je n'avais pas adhéré à la foi labeaumiste. Dans une société de croyants, les impies sont sanctionnés, alors j'ai perdu », affirme-t-il.

L'après-mandat

Après son mandat, il prend ensuite du repos, travaille dans le domaine des coops de l'habitation et s’implique à nouveau au sein de conseils d'administration.

En 2011, il est approché par le bureau de la députée de Taschereau de l'époque Agnès Maltais pour y travailler : «C'était prévu six mois, ça duré sept ans»! Rappelons que l'élue ne s'est pas représentée aux élections québécoises de 2018.

En 2020, la fermeture des refuges pour hommes et femmes de l'Armée du Salut dans le Vieux-Québec est annoncée. Un comité est mis sur pied par des employés des ressources, travailleurs affiliés à la CSN, pour tenter de sauver celles-ci. M. Maheux s'y greffe avec d'autres personnes engagées comme la syndicaliste Ann Gingras. Ils obtiendront la gestion du volet d'hébergement pour femmes de la part du CIUSSS-CN.

Le Rempart, centre d’hébergement et d’accueil, reprend donc le flambeau de La Maison Charlotte de l'Armée du Salut, quant au service d’hébergement pour femmes en difficulté et en situation d'itinérance. Ce dernier se situe sur la rue des Soeurs-de-la-Charité, en haute-ville. Pierre Maheux sera le président du tout premier conseil d’administration du Rempart. Aujourd'hui, il siège toujours au C.A. de la ressource.

Défis de cohabitation

De nos jours, Pierre Maheux s'implique notamment dans l'Engrenage de Saint-Roch, « qui propose des affaires pour améliorer la vie de quartier, des activités de verdissement.». Selon l'interlocuteur, on oublie trop souvent l'importance de petits gestes de la sorte sur la qualité de vie et l'aménagement d'un secteur.

« On peut faire du beau dans un quartier comme Saint-Roch. Je pense que c'est important d'en faire la promotion, mais on l'oublie trop souvent», soutient M. Maheux.

Plusieurs enjeux touchent Saint-Roch, comme les travaux préparatoires pour le future venue du tramway. La venue de Lauberivière dans ses nouvelles installations de la rue du Pont a notamment soulevé certains enjeux de cohabitation auprès de certains résidents, commerçants et gens d'affaires du secteur.

Pour Pierre Maheux, les enjeux de cohabitation ont toujours existé et ce, bien avant l'arrivée de Lauberivière au cœur du quartier. « Dans un centre-ville, il y a toujours des problèmes de cohabitation, même si je n'aime pas parler de problèmes de cohabitation », affirme-t-il.

« Fabrique gouvernementale à itinérance »

Les slogans gouvernementaux liés à la lutte ou l'élimination de l'itinérance le font bien rire « alors que les politiques de l'ensemble des gouvernements ont contribué à augmenter le phénomène », soutient-il.

À son avis, par l'abolition de programmes de logement social, les gouvernements fédéral et provincial ont donc eu un rôle à jouer dans cette situation.

« La fabrique gouvernementale à itinérance  roule à plein régime. Il ne faut pas se surprendre de voir du monde dans la rue. C'est confrontant, voir du monde dans la rue (…). Être confronté à la misère humaine dans l'un des sociétés les plus riches et prospères du monde, c'est confrontant. C'est clair : personne n'est à l'aise de voir ça», déplore-t-il.

Pierre Maheux dénonce aussi « les mesures d'urgence » qui sont mises en place en matière d'itinérance, par exemple, pour accueillir des personnes sans-abri l'hiver.

« Une mesure d'urgence, c'est supposé être exceptionnel, c'est pas supposé être récurrent. Du moment que ça devient récurrent, que tu acceptes, comme État, que ça devienne récurrent, t'as un méchant problème. Ça veut dire que t'as décidé de ne pas t'attaquer aux problèmes de base : manque de logements, revenus insuffisants, absence de volonté de développement de logement social et communautaire au sens large du terme », conclut-il.

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