Carré Lépine : nouvelle équipe, « pas de baguette magique » | 30 septembre 2022 | Article par Suzie Genest

Crédit photo: Suzie Genest

Carré Lépine : nouvelle équipe, « pas de baguette magique »

Devant les « défis que l’itinérance, la santé mentale et la consommation de drogues posent » dans Saint-Roch, une nouvelle équipe d’intervention s’y met en place. La Ville de Québec en a fait l’annonce jeudi après-midi, quelques heures avant l'assemblée du conseil de quartier.

L’équipe de cinq personnes entre en jeu lundi, 3 octobre. Un budget de 2,75 M$ y est attribué, pour favoriser la cohabitation et le sentiment de sécurité à tous les égards. La Ville ajoute donc 1 M $ aux sommes déjà affectées aux enjeux de cohabitation.

La nouvelle ressource aura pour fonction d’« entreprendre, faciliter ou bonifier les interventions des acteurs du milieu », résume le communiqué diffusé jeudi. Ses actions concrètes viseront « la stabilisation et la réinsertion des personnes en situation d’itinérance ». Ses membres contribueront à la coordination des services municipaux impliqués dans ces interventions.

On en saura davantage au cours des prochaines semaines sur son plan d’action. En plus des services municipaux, les organismes locaux et le conseil de quartier de Saint-Roch sont conviés à y contribuer, indique le communiqué émis par la Ville.

Lors de la conférence de presse avec Marie-Pierre Boucher, membre du comité exécutif responsable du développement communautaire et social, le maire Bruno Marchand a rappelé les actions et le travail des organismes à ce jour. Il a assuré également qu’il poursuivrait le dialogue avec le gouvernement provincial, à l’issue des élections.

« Dès qu’il y aura un ministre titulaire, il va recevoir un appel du maire de Québec. »

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Une réaction de Jackie Smith, conseillère municipale de Limoilou et cheffe de Transition Québec, a suivi l'annonce.

« Je suis heureuse d'apprendre que la Ville va améliorer sa présence sur le terrain auprès des personnes en situation d’itinérance et des groupes communautaires, plutôt que de remettre toute la responsabilité entre les mains des forces policières. [...] Il me semble que cette approche va dans le sens du respect de la dignité des gens, mais [...] il est primordial que de nouvelles sommes soient octroyées directement aux groupes communautaires. »

Vers une Vision de l'itinérance

L’annonce de jeudi précédait de quelques heures l’assemblée du conseil de quartier de Saint-Roch. Le Carré Lépine y occupe chaque mois une bonne part des discussions. Cette fois, Marie-Pierre Boucher y était présente en plus du conseiller municipal du district Pierre-Luc Lachance.

Elle a salué l’approche du conseil de quartier de Saint-Roch pour sa perspective de marché ouvert de la drogue. La Ville avait « un travail sur soi à faire pour arriver avec la meilleure façon d’être sur le terrain », a dit celle qui « vient du monde social ». De là la mise en place de l’équipe annoncé jeudi.

Elle a assuré que l’intention était bel et bien d’agir à court terme tout en poursuivant un travail de plus longue haleine. Le dossier est « complexe », tous les paliers de gouvernements ont un rôle à y jouer. La Ville planche sur une « Vision de l’itinérance ».

« Pas zéro itinérant »

Le conseiller municipal Pierre-Luc Lachance a tenu à faire la part des choses quant aux agressions du 14 septembre à place de l'Université-du-Québec et sur la rue Saint-Joseph. Dans ce dernier cas, c'était l'oeuvre d'« un gars qui était sur le party dans son enterrement de vie de garçon », a illustré l’élu. Un gars de la région de Chaudière-Appalaches, en outre. Dans l'autre, les agressions n'avaient pas de lien avec ce que vivent les gens du Carré Lépine, a-t-il ajouté.

Quant à l'annonce de jeudi, il n’existe pas de « baguette magique » « comme certains espéraient », a-t-il illustré. « Notre service de police ne veut pas improviser », a-t-il ajouté.

Le bureau d’arrondissement se trouve désormais dans le Carré Lépine même, dans l’édifice du YMCA. « On a les pieds dedans », a-t-il assuré. Parmi les démarches qui se poursuivent, il a parlé d'un « centre de traitement de psychose qui n’a encore jamais été mis à profit et pourrait faire partie de la solution ».

« L’itinérance zéro, ce n’est pas zéro itinérants », a clarifié l'élu.

L'idée est plutôt de s’assurer que les personnes ont accès au soutien dont elles ont besoin sur tous les plans.

Des frais à absorber autour du Carré Lépine

Plusieurs citoyens, qui résident, travaillent ou opèrent une entreprise dans le secteur, se sont exprimés jeudi soir. Inquiétudes concernant la sécurité, les familles et les enfants, comme la tranquillité étaient au coeur de plusieurs interventions.

Les bris aux immeubles, vitrines fracassées, réparations, nettoyage et entretien accrus entraînent des coûts supplémentaures dans le secteur.  Le directeur général de la Coopérative Méduse, Guy Dionne, l'a soulevé. Il a salué la rapidité des interventions lorsqu’il doit faire appel au 911 ou au 311. Comme d’autres, il s’est toutefois demandé si une mesure existait pour aider à couvrir les fais encourus. Il n'y a « pas de programme et pas de promesse de programmes » a résumé Pierre-Luc Lachance.

Aux personnes qui déplorent que la Loi P-38 restreigne les interventions, il a fallu rappeler que la justice est de compétence provinciale et non municipale. Cette loi « encadre la façon dont quelqu’un peut être amené à l’hôpital, il doit accepter de recevoir des traitements », comme l’a expliqué Pierre-Luc Lachance.

Des personnes ont déploré aussi la concentration à proximité des organismes d’aide, voire le soutien financier qu’on leur accorde. Pour certains, les résidents et travailleurs du secteur devraient être considérés aussi comme « personnes vulnérables ». Pour d’autres, des approches d’intervention différentes pourraient être adoptées contre le marché ouvert de la drogue, comme celle de favoriser l’approvisionnement sécuritaire.

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