Une bordée d’amour pour <em>Made in Beautiful (la belle province)</em> | 28 avril 2022 | Article par Monsaintroch

Crédit photo: Vincent Champoux

Une bordée d’amour pour Made in Beautiful (la belle province)

Collaboration spéciale : Marlène Bordeleau, coordonnatrice à la production, CKIA 88,3

OK, on va tirer quelque chose au clair tout de suite : mon but, lecteur, lectrice, est de te convaincre d’aller faire un tour à La Bordée au cours des prochains jours. Ceci n’est pas une critique théâtrale, pas plus que je ne suis qualifiée pour en écrire une. Vous êtes prévenu.e.s.

Je suis une amateure enthousiaste de théâtre, qui y va trop peu souvent, comme un extraterrestre visite une autre planète qu’il trouve fascinante, qu’il aime, qu’il étudie.

Ce texte tombe donc dans la catégorie du partage d’impressions sur une soirée mémorable.

Compte-rendu d’ambiance

La fébrilité qui règne dans le hall d’entrée de La Bordée se répand un peu sur le trottoir, et
beaucoup sur mon humeur : ce soir, pour Made in Beautiful (la belle province), c’est une salle à
pleine capacité qui attend les comédiens. Des visages connus, dont le masque n’arrivait pas à
contenir le bonheur de retrouver l’affluence habituelle des lieux, me sourient des yeux au
passage.

Électricité dans l’air. Orbe de lumière croissante sur les planches noires de la scène. Silence.
Apparition de Michel Nadeau, extraordinaire directeur artistique de La Bordée, il n’a pas encore ouvert la bouche qu’on lui envoie des becs soufflés depuis la rangée du fond. Que ça fait plaisir de le revoir sur scène, cette fois pour nous annoncer la campagne de financement de La Bordée.

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Où l’on se dérouille un peu

Histoire de se dérouiller le théâtre, on a droit à l’étonnante Majorité 2070, cette dense création
de Samuel Corbeil autour du thème des technologies. Le personnage, touchant, de Manu, est
interprété par Marie Michaud, qui captive l’audience pendant un monologue bien senti d’une
durée qui nous échappe because fascination, mais qui fait, parait-il, sept minutes. Ça nous
remue l’angoisse existentielle comme il se doit.

Où l’on met la table

OH! Le rideau était-il levé ou pas? C’est fini ça, les coups de manche à balai pour nous rappeler
à l’ordre? BREF, la pièce débute : Une trame sonore énonce des jalons de l’histoire du Québec,
tandis que l’année de référence apparaît, projetée sur le cadre de scène. Les époques défilent,
les souvenirs affluent, les poff d’émotion se prennent : une certaine ambiance nostalgique
s’installe, non sans avoir provoqué, déjà, quelques rires. Ça donne le ton pour ce qui suivra. La
projection et les bandes sonores serviront par ailleurs de transitions entre les époques. Ça
marche très bien.

Là où l’on tente d’en dire assez… mais de ne rien divulgâcher non plus

EUH. Même si vous aviez lu la description de la pièce, c’est le moment où il se peut que vous
ricaniez un peu. Le décor, les costumes : c’est tout sauf commun. On en beurre épais comme sur
une toast nocturne dans la pénombre de la lumière du poêle. Bref : sous vos yeux se déroule un
souper de famille, le soir de l’Halloween, en 1995, au lendemain du deuxième référendum. On y trouve Linda, qui en mène large, son chum Pat, son extravagante sœur dont le nom m’échappe, (avez-vous déjà tenté de relire des notes écrites dans le noir sur un petit calepin ?) sa fille Catou, sa mère…

Les costumes d’Halloween contrastent avec les discussions quelque peu tendues, à teneur politique, tenues autour d’une… pelle à tarte géante, à l’échelle d’une pointe de pâté à la viande immense, d’une salière et d’une poivrière aux mêmes proportions. Ou serait-ce plutôt les personnages qui sont minuscules? Ce curieux et ludique mobilier de scène nous faxe sans équivoque que nous sommes bien dans le domaine de la caricature, bienveillante, toutefois.

Autour de cette table/pelle à tarte, au fil des années, c’est l’histoire d’une famille, en filigrane
l’évolution et les épisodes ayant marqué la société québécoise, qui défilent sous nos yeux :
référendum, mariage pour tous, le printemps érable, le mouvement #MeToo.

Scène de Made in Beautiful

Où la pelule passe comme si de rien n’était

La solide dose d’humour permet d’ailleurs d’aborder avec aisance des thèmes au potentiel de
lourdeur élevé : l’aliénation culturelle et la transmission intergénérationnelle, les
questionnements identitaires, la situation des proches-aidants et le sort réservé aux ainé.es,
l’Alzheimer. (Olivier Arteau, cesse d’espionner ma vie immédiatement veux-tu ?).

Impossible de ne pas se sentir interpelé par au moins une demi-douzaine de thèmes. Cette pièce frappe en plein dans le mille de notre vécu collectif, mais le manque d’air est clairement attribuable aux rires de toutes catégories qu’elle provoque : rires gras, rires jaunes, rires francs, rires claironnants.

Où l’enthousiaste applaudit vraiment très fort

Les dialogues d’Olivier Arteau sont vifs, punchés, souvent très drôles et livrés avec un timing
redoutable. Donner dans la caricature sans tomber dans les affaires burlesques et le gros kitsch
cliché nono, ça demande une habileté à laquelle on ne pense pas souvent, tant du côté de
l’écriture, que de la mise en scène, que du jeu. Et là, tout le monde est solide, à toutes les
étapes.

Où faut bien conclure

J’en déduis qu’on a affaire à une caricature bienveillante, qui dévoile plus qu’elle ne moque, qui
souligne les défauts comme l’art du kintsugi fait briller les fissures des pots cassés, puis recollés.
On a ce sentiment de s’être fait taquiner avec amour. Et taquiner ceux qu’on aime, c’est très
québécois, ça. On s’est bien étiré les côtes à rire trop fort derrière nos masques. Et l’on
rapporte chez soi un savant mélange de nostalgie, de réflexion et d’espoir.

Made In Beautiful (La Belle Province) est présenté au théâtre La Bordée jusqu’au 21 mai 2022

Coproduction : La Bordée, Théâtre Kata
Texte et mise en scène : Olivier Arteau
Distribution : Mustapha Aramis, Lé Aubin, Marie-Josée Bastien, David Bouchard, Ariel Charest,
Lucie M. Constantineau, Raymonde Gagnier, Marc-Antoine Marceau, Vincent Roy, Nathalie Séguin, Réjean Vallée.

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