Le Petit Chaperon Rouge | 19 décembre 2021 | Article par José Doré

Magasin Le Petit Chaperon Rouge Enr. à l'angle du boulevard Charest Est et de la rue de la Chapelle en 1956

Crédit photo: Le Soleil, Québec, 15 août 1956, p. 17 (BAnQ numérique)

Le Petit Chaperon Rouge

Pendant plus de 40 ans, une boutique de vêtements pour enfants a fait le bonheur de nombreuses mamans dans le quartier Saint-Roch. Fondée en 1948 par Alberte Robitaille, Le Petit Chaperon Rouge a connu par la suite une popularité grandissante grâce aux sœurs Brassard et à la famille Belzile.

Tire la chevillette, la bobinette cherra!

Le 3 novembre 1948, Alberte Robitaille, épouse du notaire Paul Grenier, procède à l’ouverture d’un magasin de spécialités pour enfants, Le Petit Chaperon Rouge, au coin des rues de la Chapelle et Sainte-Marguerite, dans un immeuble de brique à trois étages récemment acquis par son mari[1].

Afin de profiter du magasinage des Fêtes, « Mme Paul Grenier », tel qu’on la nommait à l’époque, n’attend pas la fin des travaux de rénovation, dont l’ajout de vitrines extérieures donnant sur le boulevard Charest, pour ouvrir son commerce. Jusqu’au printemps suivant, sa clientèle est donc invitée à entrer temporairement par la rue Sainte-Marguerite, puis par la rue de la Chapelle et finalement par le boulevard Charest[2].

Cinq mois après son ouverture, l’inauguration officielle du Petit Chaperon Rouge peut enfin avoir lieu, et ce, juste à temps pour Pâques! Le 5 avril 1949, à l’invitation d’Alberte Robitaille, plusieurs mamans accompagnées de leurs petits viennent observer dans sa vitrine « le petit chaperon rouge tirant le bobinette » et visiter son magasin entièrement remis à neuf[3].

Il manquait dans le quartier Saint-Roch un magasin exclusif pour enfants, et Le Petit Chaperon Rouge vient combler cette lacune de façon exquise, par l’installation d’une jolie boutique qui deviendra rapidement le royaume des spécialités vestimentaires et accessoires pour bébés et enfants. L’on y voit un peu de tout ce qui est nécessaire pour les petits, depuis les trousseaux de baptême, en passant par les robes de première communion, la lingerie, jusqu’à ces menus cadeaux si appréciés lors de la naissance d’un bébé. Les futurs mères, les mamans ainsi que toutes celles qui ont à s’occuper d’achats de vêtements pour les petits feront bien de visiter ce magasin de spécialité à l’occasion de Pâques et de la nouvelle saison. La toute dernière nouveauté domine à ces étalages, et les prix sont tout ce qu’il y a de plus raisonnable[4].

Coupure de journal, intérieur du magasin Le Petit Chaperon Rouge Enr. en 1949
Vue intérieure du magasin Le Petit Chaperon Rouge Enr. en 1949
Crédit photo: Le Soleil, Québec, 9 avril 1949, p. 9 (BAnQ numérique)

Quelques années plus tard, vers 1953, Alberte Robitaille décide de passer le flambeau de sa boutique à trois colocataires célibataires du quartier Saint-Sacrement, les sœurs Germaine, Juliette et Marie Brassard, installées depuis peu au n° 20, avenue Belvédère, appartement 6, à l’angle du chemin Sainte-Foy[5]. Originaires de Chicoutimi, ces femmes d’affaires, filles de feu Willie Brassard et de feu Clarence Girard, vont grandement contribuer à la notoriété du Petit Chaperon Rouge[6]. Elles en seront propriétaires jusqu’en 1970.

Les mesdemoiselles Brassard

Le 16 août 1956, en présence de quelques invités, dont le maire de Québec Wilfrid Hamel, Germaine, Juliette et Marie Brassard font bénir par le curé de Saint-Roch, monseigneur Joseph Ferland, les nouveaux locaux de leur boutique[7]. Grâce à l’ajout de la construction abritant aujourd’hui le Dépanneur A, situé au 605, boulevard Charest Est[8], Le Petit Chaperon Rouge bénéficie dès lors d’une plus grande superficie.

Publicité

Bien des jeunes mamans se demandent de quoi doit être composée exactement la layette de bébé. Afin de leur être utiles, nous avons rencontré Mlle Germaine Brassard, propriétaire du magasin de vêtements pour enfants, le Petit Chaperon Rouge. Pour sa première sortie, bébé aura d’abord besoin d’un trousseau de baptême. Composé de quatre morceaux, celui-ci comprend la robe, le jupon, le manteau et le bonnet. Il serait bon de joindre au trousseau un ensemble de tricot composé du gilet, du bonnet et des chaussettes. Encore à l’occasion du baptême, Mlle Brassard suggère l’achat d’une couche de plastique… sans épingles. On ne sait jamais à quel moment une épingle peut se détacher. Un châle de laine ou une enveloppe compléteront la toilette du baptême[9].

Photo du groupe présent pour la bénédiction d'ouverture du Petit Chaperon rouge
De gauche à droite, première rangée, Germaine Brassard, Juliette Brassard, Wilfrid Hamel, Mgr Ferland et Marie Brassard lors de la bénédiction des nouveaux locaux du magasin Le Petit Chaperon Rouge Enr. en août 1956
Crédit photo: Le Soleil, Québec, 30 août 1956, p. 2 (BAnQ numérique)

La Jouvencelle et Mistigri

Les affaires allant visiblement bien, les sœurs Brassard décident d’opérer, en 1958, dans le local voisin du Petit Chaperon Rouge, au n° 627, boulevard Charest Est, un nouveau magasin spécialisé dans les vêtements pour fillettes de 7 à 16, sous le nom de La Jouvencelle[10].

En 1971, deux ans après la fermeture de cette boutique, les clefs du Petit Chaperon Rouge sont remises à de nouveaux propriétaires, Jean-Guy Belzile et son épouse Aurore Couturier. Pour les sœurs Brassard, cette fin d’aventure, qui aura duré une quinzaine d’années, marque le début d’une nouvelle. Locataires depuis déjà quelques années d’un appartement de l’avenue Laurier, celles-ci vont profiter de l’agrandissement de Place Laurier, pour y ouvrir, le 4 octobre 1971, la boutique Mistigri spécialisée pour enfants, bébés à 3X ans[11].

Nouveautés pour les petits. Comme les grands, les enfants aiment eux aussi se placer sous le sceau de la nouveauté pour accueillir l’automne. Nous vous offrons donc de jolies toilettes très pratiques, faites pour être portées longtemps, et qui pourront convenir en toutes circonstances. Mlles Brassard, propriétaires du Petit Chaperon Rouge, ont le plaisir de vous apprendre qu’elles opèrent en exclusivité à Québec un salon de confection entièrement spécialisé dans le vêtements pour vos fillettes de 7 à 16 ans, sous le nom de « La Jouvencelle », à 627, boul. Charest Est, voisin du petit Chaperon Rouge. Réservez l’article de votre choix pour livraison prochaine moyennant un petit acompte. Le Petit Chaperon Rouge Enr. 605, boulevard Charest Est. Tél. : LA-3-7345 (angle de la Chapelle[12]).

Louise Belzile de la boutique Le Petit Chaperon Rouge, devant un rayon de vêtements
Louise Belzile de la boutique Le Petit Chaperon Rouge Inc. en 1989
Crédit photo: Le Soleil, Québec, 28 février 1989, p. C-2 (BAnQ numérique)

Le grand méchant loup

À la suite du décès de leur sœur Marie, survenu le 15 février 1974[13], Germaine et Juliette Brassard, âgées respectivement de 66 et 60 ans, choisissent de confier leur boutique de Place Laurier à la propriétaire du Petit Chaperon Rouge Inc., « Mme Aurore Belzile[14] ». Grâce au travail de celle-ci et de sa famille, les boutiques Mistigri et Le Petit Chaperon Rouge seront en opération pendant encore plusieurs années[15]. Pour ce qui est de ce dernier magasin, il fermera ses porte en décembre 1990, soit un an après le décès de sa fondatrice, madame Alberte Robitaille[16].

Jean-Guy Belzile et Aurore Couturier dans une voiture, lors de leur mariage en 1954
Jean-Guy Belzile et Aurore Couturier lors de leur mariage en 1954
Crédit photo: Le Journal de Québec, 5 juillet 2014 (PressReader.com)

Pendant 42 ans, à tour de rôle, Alberte Robitaille, Germaine, Juliette et Marie Brassard, Aurore Couturier et Jean-Guy Belzile, ainsi que leur fille Louise, ont su protéger le « Petit Chaperon Rouge » du « grand méchant loup ». Il semblerait que cet animal habituellement nocturne soit de retour dans le quartier. Des citoyens l’auraient vu hurler à la lune sur la rue Sainte-Marguerite.

[1] L’Action catholique, Québec, 2 novembre 1948, p. 18.

[2] Le Soleil, Québec, 21 décembre 1948, p. 24.

[3] Le Soleil, Québec, 4 avril 1949, p. 11.

[4] Le Soleil, Québec, 9 avril 1949, p. 9.

[5] Annuaire Québec et Lévis, 1954-1955, p. 77.

[6] Le Progrès du Saguenay, Chicoutimi, 18 mai 1926, p. 7.

[7] Le Soleil, Québec, 30 août 1956, p. 2.

[8] Vers 1955, la Ville de Québec procède à un changement d’adresse. Le 253, boulevard Charest devient alors le 605, boulevard Charest Est.

[9] Le Soleil, Québec, 16 mars 1964, p. 6

[10] Gazette officielle de Québec, 28 juin 1958, vol. 90, n° 26, p. 2267 ; Le Soleil, Québec, 24 septembre 1958, p. 35.

[11] Le Soleil, Québec, 25 septembre 1971, p. 12.

[12] Le Soleil, Québec, 24 septembre 1958, p. 35.

[13] Le Soleil, Québec, 18 février 1974, p. 39.

[14] Annuaire Marcotte de Québec métropolitain, 1975, p. 222.

[15] Le Soleil, Québec, 12 juin 1982, p. C-8.

[16] Le Soleil, Québec, 16 décembre 1990, p. A-8 ; 25 août 1989, p. C-12.