Briser l’isolement des mamans immigrantes | 28 juillet 2021 | Article par Viktoria Miojevic

Crédit photo: Viktoria Miojevic

Briser l’isolement des mamans immigrantes

Le Service de référence en périnatalité pour les femmes immigrantes (SRPFIQ) lutte contre l’isolement des mamans depuis 2017. Jumelage, intégration des familles, gardiennage des enfants pendant les accouchements, l’organisme répond aux besoins et craintes des parents. Plus qu'un service d'aide, c'est un réseau de solidarité dédié aux familles.

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« Je retrouvais mon histoire dans d’autres histoires de femmes »

À la tête de l’organisme, Marielle Mbangha a initié le projet en 2017, en référence à sa propre expérience de femme immigrante. Après avoir vécu huit ans à Trois-Rivières, au moment de devenir mère, elle déménage à Québec et perd tout son réseau d’ami.e.s. Elle recommence « tout à zéro ». Seule et sans ressource, une amie de Trois-Rivières lui conseille de faire appel à une accompagnante. Ce jour-là, sa seule source d’information tient à Google car elle ne savait pas que des ressources lui seraient accessibles.

Petit à petit, en travaillant dans un autre organisme pour l’accueil des immigrants, elle rencontre des femmes qui passaient par ces mêmes réalités.

« L’idée a commencé à germer en moi de créer quelque chose qui pourrait permettre à d’autres femmes, au moment de devenir maman, d’accéder aux ressources. Tant qu’on n’est pas enceinte, on ne cherche pas les ressources, c’est normal. Ça vient avec l’accueil des bébés. », raconte Marielle Mbangha, fondatrice du SRPFIQ.

Son objectif devient alors de briser l’isolement, faire bénéficier des ressources et créer des occasions de rencontrer d’autres femmes. Le collectif Les accompagnantes existait déjà mais l’enjeu de l’isolement persistait. Marielle Mbangha crée alors Service de référence en périnatalité pour les femmes immigrantes de Québec.

En 2019, l’organisme déménage à Saint-Roch

La majorité des mamans qui bénéficient des services de l’organisme sont en Basse-Ville. En 2019, l’organisme déménage de Sainte-Foy pour se rapprocher des familles et éviter les problèmes de transport.

Plus que l’accueil du bébé, l’organisme se dédie à l’intégration des familles, les besoins alimentaires, le logement, la garderie ou la recherche d’emploi.

« Peu importe le statut migratoire, que ça soit une nouvelle maman, une maman qui est enceinte, ou une maman qui vient d’accoucher, ou qui soit parent-étudiant, demandeuse d’asile : on accueille toutes les femmes qui sollicitent notre service. Et même lorsqu’une femme québécoise sollicite notre service, on l’aide aussi. À Québec depuis dix ans ou un an, c’est la même chose. », précise Marielle Mbangha.

Les nombreux services offerts sont aussi possibles grâce aux autres organismes du quartier. La redirection des familles se fait notamment grâce aux services de Commun'action 0-5, Table de quartier Engrenage Saint-Roch, Moisson Québec ou le centre Mères et monde.

Selon la localisation des familles, l’organisme réfère aux services de proximité pour coller aux réalités des familles mais aussi les aider à s’intégrer dans leur environnement.

Un service de jumelage « maman-relai »

Ce qui constitue la base des services de l’organisme c’est le système de jumelage « maman-relai ». Une fois qu’une maman fait appel à l’organisme, elle est affiliée à une « maman-relai » qui va l’accompagner et la rediriger vers tous les services.

Habituellement les mamans se rencontrent plusieurs fois mais avec la pandémie, l’échange se fait essentiellement en mode virtuel. De cette manière, la maman-relai peut accompagner en cas de problème de transport, aide à l'accouchement, informer sur le système de garderie, et le système d’intégration dans la culture d’accueil. Elle peut aussi l'informer sur les formations au portage ou au yoga prénatal et répondre aux questions des pères.

Un soutien essentiel aux mamans immigrantes

Présente à l’activité, Gwenaëlle Dubois, qui travaillait auparavant dans les médias en France et se reconvertit professionnellement dans les sciences de l’environnement, décrit son intégration dans l’organisme. Gwenaëlle Dubois se souvient des premières activités auxquelles elle a participé comme avec l'arbre de noël ou les conférences avec des femmes arrivées il y a plusieurs années au Québec.

Maman de cinq enfants, Gwenaëlle salut le travail de l’organisme qui n’a jamais fermé pendant la pandémie. Elle explique comment le Service de référence est resté au service des mamans, en virtuel ou dès que les rencontres ont été possibles.

« C'est important d'avoir un soutien. C'est comme un cercle familial. Ce qui est bien c'est qu'on vient vraiment de partout. Il y a des gens qui sont de l'Asie, de l'Amérique du Sud, il y a des personnes des pays de l'Est aussi, de partout. Tout le monde se sent vraiment à l'aise », témoigne Gwenaëlle Dubois.

Gwenaëlle Dubois souligne aussi que l'avantage, avec le SRPFIQ, c'est qu'il est toujours possible d'emmener les enfants avec soit lors des rencontres et activités. Cela permet aussi aux enfants d'en rencontrer d'autres et de se faire des amis. Les rencontres sont aussi l'occasion pour les femmes d'aborder des sujets plus intimes liés au couple ou à l'accouchement. Les pères sont les bienvenus dans la majorité des activités offertes et encouragés à y participer.

Aussi, Gwenaëlle Dubois explique qu'il est possible pour les femmes d'initier leur propre atelier et qu'elles sont encadrées pour les mettre en place.

Elle souhaiterait que d'autres succursales, comme le SRPFIQ, soient ouvertes dans d'autres villes. La fondatrice, Marielle Mbangha, ajoute qu'elle reçoit même des demandes de mères à Montréal ou d'autres villes du Québec.

L'atelier de lecture de la diversité pour les enfants

Comme le décrit Marielle Mbangha, le rôle de l'organisme est d'ouvrir la discussion sur des sujets qui font souvent tabou comme le racisme ou différentes formes de discrimination. À l'occasion de la Journée Internationale de la femme africaine, le SRPFIQ a choisi le livre Nos boucles au naturel, de Mathew A. Cherry, afin de parler des « différences inhérentes à un individu ici les cheveux afro, frisés ou bouclés ».

Lecture du livre Nos boucles au naturel, de Mathew A. Cherry, par la responsable de l'atelier lecture du SRPFIQ.

Assis sur des tapis, au beau milieu du Parc Victoria, enfants et parents ont écouté l'histoire de Zuri. Laissée avec son papa, celui-ci découvre comment s'occuper des cheveux texturés de sa fille. Embûches et découvertes pavent la route du récit. Le livre est ici une occasion pour transmettre aux enfants l'idée que des cheveux texturés, bouclés, frisés sont beaux et une véritable force.

Le 4 septembre 2021, le Service de référence tiendra un atelier en ligne pour présenter le jumelage Mamans-relais. Deux semaines plus tard, une formation aura lieu pour les intéressées. Enfin, au mois de novembre, une campagne de financement participatif est prévue pour assurer les frais des locaux du SRPFIQ. 

 

 

 

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