Saint-Roch dans les années 1960 – et 1970 (32) : Le Soleil au temps des « machines à écrire » | 15 septembre 2019 | Article par Jean Cazes

Image tirée d’un négatif de l’Édifice Le Soleil à l’intersection de la rue de la Couronne et de la côte d’Abraham dans le quartier Saint-Roch.

Crédit photo: Archives de la Ville de Québec

Saint-Roch dans les années 1960 – et 1970 (32) : Le Soleil au temps des « machines à écrire »

La série « Saint-Roch dans les années 1960 » vous propose une incursion dans les souvenirs du quartier Saint-Roch à travers des archives photographiques et de la mémoire de sources précieuses.

Immortalisée le 22 août 1969, la photographie à la une est tirée d’un négatif représentant l’Édifice Le Soleil à l’intersection de la rue de la Couronne et de la côte d’Abraham dans le quartier Saint-Roch (description des Archives de la Ville de Québec).

L’image comparative située dans la galerie, à la fin de l’article, a été prise en direction sud-ouest et date du 6 septembre 2019. On observe à droite, sur la photo d’époque, le commerce Lebeau Vitre d’autos qui a disparu dans les années 1980 au profit du jardin Jean-Paul L’Allier. Alors que sur la photo réactualisée, à gauche, en arrière-plan, on devine la signature singulière de la Falaise apprivoisée, un immeuble résidentiel érigé en 2006.

« Comme dans les vieux films américains »

Croisé au jardin Jean-Paul L’Allier, le 8 septembre dernier, lors du Pique-nique en appui au Soleil, Robert Fleury a témoigné de la belle époque du quotidien.

En 1973 l’ex-journaliste est engagé au journal pour en faire la promotion. Il deviendra journaliste et chroniqueur quatre ans plus tard. Ce citoyen impliqué dans la revitalisation de Saint-Roch a habité le quartier de 1990 jusqu’à sa retraite en 2009.

Comme dans sa série de sept chroniques, Robert Fleury évoque ses souvenirs de la transformation de Saint-Roch. Cette fois, il nous replonge dans l’ambiance de la salle de presse du Soleil bien avant l’arrivée des nouvelles technologies.

« C’était une époque faste, pour nous ! L’image qui me vient d’abord à l’esprit est celle des vieux films américains où l’on voit les grandes salles de presse comme celle du New York Times des années 1950. Au Soleil, il régnait dans les années 1970 la même ambiance. C’était bien avant l’internet. […]

Je revois une immense salle au 4e étage ; que des colonnes, et pas de cloisons. On travaillait avec des vieilles dactylos, comme des Remington, et il fallait peser très fort sur les touches pour que ça imprime sur la copie en papier carbone. On devait d’abord écrire avec des larges interlignes pour être capable de retoucher nos textes plusieurs fois.

Alors, ce que l’on entendait dans la salle, c’était un cliquetis constant, et en plus de ça, il y avait l’omniprésence d’un nuage de fumée de cigarettes! Je me souviens des téléphones à roulette : dans le temps, j’avais une chronique d’aide aux consommateurs, je devais souvent répondre à leurs demandes, et ça n’était pas assez rapide à mon goût. »

Enfin, le journaliste retraité ne pouvait s’empêcher de rappeler, sur un ton toujours aussi amusé, ce « vieux collègue qui rédigeait sa chronique devant la fenêtre qui donnait sur la rue de la Couronne, attablé au Chat Blanc », un verre à la main, comme relaté dans sa série de chroniques.

Aujourd’hui, ajoute l’ex-journaliste, « on ne réalise pas à quel point les nouvelles technologies ont facilité la tâche de rédaction des journalistes ». De plus, il a souligné l’enjeu qu’est le multitâche (photo, gestion de sites Web et autres), de plus en plus assigné aux journalistes.

Pour la sauvegarde « d’une information crédible »

Rassemblement d’appui du 8 septembre 2019.
Crédit photo: Jean Cazes

Robert Fleury résume le but de sa présence à la manifestation de solidarité qu’avait organisée sa fille Élisabeth, également journaliste au quotidien:

« On prend pour acquis que l’information est gratuite : ce n’est pas le cas! Anciennement, la publicité faisait vivre les journaux, plus aujourd’hui. […] De nos jours, tout le monde fait ça : on trouve un article intéressant dans La Presse, Le Soleil ou ailleurs, et on le met sur Facebook. En principe, c’est correct, que l’on partage cette information, car ça lui donne de la visibilité. Le hic ? Quelqu’un à quelque part, dont Facebook, empoche les profits du média. […] Les grands de ce monde – Facebook, Google et cie – font des revenus énormes et bénéficient d’échappatoires fiscaux. À cause de leur délocalisation, on n’est jamais capable de les imposer […].

Aujourd’hui, on pose un geste d’appui essentiel : nous manifestons pour la sauvegarde d’une information crédible, celle qu’offre non seulement Le Soleil, mais aussi les autres journaux. […] On ne peut imaginer qu’une région comme la Capitale-Nationale ne soit desservie que par un seul journal […]. Il faudra que les gouvernements acceptent de financer cette source d’information au même titre que les arts, et ce, notamment, pour une question d’identité… »

Archives de la Ville de Québec

À l’exemple de la photo ci-haut, les images archivées de la Ville de Québec sont disponibles en ligne. On peut en faire la diffusion sans licence et sans frais en utilisant les vignettes estampées au logo de la Ville et en citant correctement les sources.

À lire également : Le Soleil et deux solitudes dans mon quartier (le plaidoyer de Suzie Genest).

Voir le billet précédent de la série : Congestion d’autobus sur la côte d’Abraham.