<em>Rotterdam</em> : être soi-même | 28 janvier 2019 | Article par Valériane Cossette

Toutes les photos sont une gracieuseté du Théâtre de La Bordée et l’œuvre de Nicola-Frank Vachon.

Crédit photo: Nicola Frank Vachon

Rotterdam : être soi-même

Qui sommes-nous? Qu’est-ce qui nous définit, qui fait de nous la personne que nous sommes? Ce sont des questionnements qui nous habitent tous. Un des défis de notre humanité.

Aujourd’hui, c’est encore plus vrai depuis qu’on est en voie, doucement et sûrement je l’espère, d’accepter toutes les différences et le pluralisme qui la forment.

C’est pourquoi une pièce comme Rotterdam est importante.

Une histoire qui fait réfléchir

Le récit de Rotterdam a quelque chose de simple. D’élémentaire. Dans le bon sens du terme. Ce n’est pas rempli de rebondissements, d’intrigues. Il consiste en de simples relations humaines. Vraies. Authentiques. Celles que n’importe qui peut vivre.

Oui, n’importe qui. Parce que nous cherchons tous, à différents moments de notre vie, qui nous sommes. Et nous cherchons à l’assumer, à vivre cette identité pleinement, pour vrai.

Mais qu’en est-il quand cette identité ne correspond pas au corps que nous avons? Quand elle ne correspond pas à la « norme » ou qu’elle se définit par notre rapport à l’autre qui, lui, change? Finit-on par devenir quelqu’un d’autre – ou presque?

Pour mettre en contexte ce que dit Rotterdam, c’est l’histoire d’Alice et de Fiona, un couple qui vit ensemble depuis 7 ans à Rotterdam. En ce 30 décembre, Alice s’apprête à révéler à ses parents le secret qu’elle leur cache depuis 7 ans… Elle est lesbienne. Nerveuse, incertaine, elle hésite, elle tergiverse et, avant qu’elle n’envoie sa missive… Fiona, assumée depuis ses 15 ans et fille de parents hippies qui aiment manifester, décide aussi d’assumer un secret. Elle est un homme dans un corps de femme.

Voilà la prémisse de cette histoire qui nous amène à nous poser des questions. Sur nous, mais aussi sur l’autre.

Un jeu réaliste et près de nous

Une histoire de cette profondeur avec autant de bouleversements intérieurs et extérieurs a besoin d’un jeu plein de nuances, d’élan. Marie-Hélène Gendreau, dans le rôle de la nerveuse et indécise Alice, nous livre une performance vive en émotions. On ressent toute son incertitude, son désir d’accepter, ses sentiments qui s’entremêlent. On connecte, on s’identifie à son conflit intérieur face à son affirmation de sa propre homosexualité, en même temps qu’elle doit comprendre et accepter la transidentité de celle dont elle est amoureuse, Fiona, qui est plutôt Adrien.

Et que dire du jeu de Pascale Renaud-Hébert! Jouer un rôle si tenaillé de l’intérieur par des années et des années de déni de sa vraie identité. Pas parce que Adrien  le voulait, mais parce qu’il a grandi et il est devenu adulte entouré de toute une société qui le voyait fille/femme et qui lui disait que son corps était la réalité.

crédit photo : Nicola-Frank Vachon
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Alors, il est normal qu’un jour – lorsque Fiona lit le courriel d’Alice à sa famille qui parle d’elle comme d’une personne assumée qui sait qui elle est – elle se brise. Et que Fiona se regarde en face, assume et parle. Qu’il dise qui il est vraiment : Adrien.

Toute la colère, la frustration, la tristesse, mais aussi l’amour et toutes les autres émotions qui s’entrecroisent, se démêlent et s’embrouillent tout à la fois dans la tête et le cœur du personnage, on les ressent. On les voit. Pascale les amène avec fragilité, rage, délicatesse. Je me rappellerai probablement toujours la scène où Fiona appelle ses parents pour dire qu’il est Adrien. Une scène où l’on voit seulement un coup de fil, sans entendre la réponse des parents. Tout est dans la réaction du personnage. Beau, touchant, plein d’amour.

Bref, les deux actrices principales portent la pièce avec brio et sont appuyées par deux personnages secondaires. Il y a d’abord Josh, le frère compréhensif de Fiona/Adrien et meilleur ami/collègue/ex d’Alice. Joué par Charles-Étienne Beaulne avec finesse. Josh, c’est un peu la douceur dans tout ce drame. La douceur, l’amour, l’ouverture. Puis il y a Lelani, la jolie/jeune/impétueuse collègue de bureau d’Alice interprétée par Ariane Côté Lavoie avec fougue, jeunesse, affirmation et juste assez de cette naïveté qui nous habite tous, ou presque, à 21 ans.

Ouverture et compréhension

Le monde est queer. Ou devrait peut-être l’être. Ça, c’est moi qui pense, qui croit qu’au fond, chacun peut aimer tout le monde. Mais en même temps, qui on aime, qui on désire, n’est-ce pas une partie de qui nous sommes? Et si ce qu’on est à l’intérieur est le plus important, et pas le corps, qu’est-ce que ça veut dire?

Tellement de questions qu’on se pose tout au long de cette pièce qui est, selon moi, à notre époque, belle et nécessaire. Elle porte sur les sentiments, sur notre relation à l’autre, sur notre identité. Une ouverture vers la compréhension, vers le respect, le vivre ensemble.

C’est une pièce à voir. À intérioriser et à partager. Foncez. Elle est présentée jusqu’au 9 février à La Bordée.