<em>Humanorium</em> : l’humain, « ce n’est pas toujours beau! » | 12 juillet 2019 | Article par Suzie Genest

Crédit photo: Nicolas Labrie

Humanorium : l’humain, « ce n’est pas toujours beau! »

Après sa première saison au parc voisin du Musée national des beaux-arts du Québec en août 2016, Humanorium l’étrange fête foraine d’EXMURO arts publics marque un retour à Québec, dans une mouture renouvelée présentée sous les bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency, à l’îlot Fleurie, jusqu’au 16 juillet.

Comme certaines roulottes de cette exposition en art actuel qui s’inspire des anciennes fêtes foraines, j’affiche ici un avertissement : en 2016, j’ai travaillé comme médiatrice culturelle pour l’événement. J’y suis donc allée cette fois accompagnée d’une amie montréalaise qui ne connaissait ni les organisateurs, ni les artistes, ni le concept d’Humanorium. Appelons-la Isabelle!

Des morts et des egos

Nous ouvrons le bal avec le Freak Show du Catalan Joan Fontcuberta. Sur de petits écrans défilent les images, glanées sur le web, d’adeptes des piercings nombreux, de la scarification, d’autres pratiques corporelles potentiellement troublantes. Restée environ douze secondes dans cette roulotte, Isabelle demeure toutefois sagement dans l’obscurité de la cabine du Petit Acousmonium d’Érick d’Orion jusqu’à la fin de l’immersion au coeur des sons de foire. Ils sont plus faciles à distinguer dans le mix de la mouture 2019 qu’en 2016.

Le Stand de tir, Marc Séguin
Crédit photo: Suzie Genest

Nous nous arrêtons ensuite au Stand de tir de Marc Séguin, où elle teste son visou et sa dextérité sur l’autoportrait de l’artiste. Elle suit les conseils de Vincent Roy, directeur général et artistique d’EXMURO et co-commissaire, avec Eve Cadieux, d’Humanorium. Il en coûte 2 $ pour les balles. Verdict : toucher sa cible en art n’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire!

Dans le Musée de la mort, le Torontois Jack Burman a rassemblé des portraits grand format de têtes et corps humains conservés depuis de nombreuses années. Quoique sensible et troublée, mon invitée est aussi fascinée par la beauté qui émane de certaines photos : si une morte peut-être aussi magnifique, comme cette femme devait être belle de son vivant!

Le Musée de la mort, Jack Burman
Crédit photo: Nicolas Labrie

Plus loin, dans le Chambre des curiosités 2 de Louis Fortier, au milieu de têtes étrangement difformes, Isabelle aura l’impression, intimidée, que les morts du Musée la fixent à son tour…  L’expérience de regardeuse regardée proposée par l’artiste a fonctionné. Au passage, Isabelle se laisse murmurer à l’oreille deux phrases de Zoltar, le cadavre exquis de Rude Ingénierie. Elle le soupçonne de travailler comme scripte pour les Denis Drolet.

Zoltar le cadavre exquis, Rude Ingénierie
Crédit photo: Suzie Genest

Avec les gars de vues

À défaut de cinéma dans Saint-Roch, Humanorium revisite le ciné-parc. Reprenant la formule des boîtes à vue des Passages Insolites antérieurs, il y a le mutoscope La Machine à vue de Nicolas Lévesque et Eruoma Awashish. Il y a aussi la micro-salle du Cinéma de l’espoir de Dominic Gagnon, qu’Isabelle rebaptise « La machine qui met en tabar… ». C’est que le montage d’extraits de « vidéo selfies », de jeux vidéo, de captations du réel nous entraîne du découragement à l’horreur en passant par le dégoût.

Chambre des curiosités 1, Dgino Cantin
Crédit photo: Nicolas Labrie

À l’autre bout du spectre, la Chambre des curiosités 1 et la Sirenomena de Dgino Cantin nous plongent dans la beauté, soit-elle dans l’assemblage minutieux d’une multitude d’objets colorés, scintillants, duveteux, lisses, délicats, ou dans l’image – et l’imaginaire! – que peut renvoyer le miroir.

Arthy le robot, qu’on avait connu lors d’un Mois Multi et d’une Revengeance des duchesses, marque un retour aux mains d’un collectif Finlarmoiement renouvelé. Dans la petite roulotte du Diseur, il nous attend pour nous tirer les vers du nez et nous inviter à contribuer à un monde meilleur. Son caractère particulièrement interactif séduit mon invitée.

À la surprise générale, Isabelle termine sa visite en déclinant un tour dans l’incontournable Caroussel de BGL, fait de clôtures de foule et de paniers d’épicerie et propulsé à l’huile de mollets. Il faut dire que la photographe Lise Breton vient de faire remarquer qu’il tourne un peu à l’envers à son goût…

Mon invitée, qui n’est pas étrangère au milieu des médias et du divertissement, s’est bien amusée en découvrant Humanorium, où une équipe de médiateurs se tient prête à donner des détails sur les oeuvres et répondre aux questions. L’humain, comme l’art, « ce n’est pas toujours beau… et c’est très bien comme ça! », conclut-elle alors que nous quittons le site.

Humanorium est ouvert de 15 h à 23 h jusqu’au 16 juillet à l’îlot Fleurie. L’accès au site est gratuit.