Géologie contemporaine | 21 janvier 2019 | Article par Catherine Breton

L’artiste Marie-Fauve Bélanger et une de ses œuvres, Océan Noir.

Crédit photo: Catherine Breton

Géologie contemporaine

Jusqu’au 7 février 2019, vous pouvez voir Les erratiques, première exposition solo de l’artiste sculpteure Marie-Fauve Bélanger, à la galerie de la bibliothèque Gabrielle-Roy.

La poésie émerge souvent de l’improbable. Et c’est justement dans ce filon que creuse la jeune artiste en arts visuels, en construisant des paysages à partir d’agglomérats de matériaux hétérogènes.

Les thèmes du paysage, de la géologie et du territoire inspirent Marie-Fauve depuis toujours. Après avoir exploré la photo, elle a un coup de cœur pour la sculpture, mais elle réalise alors qu’il lui manque des outils pour s’attaquer à la matière. Deux ans après un baccalauréat en arts visuels, Marie-Fauve s’inscrit donc à l’École des métiers d’arts pour acquérir des techniques de fabrication qui lui serviront à sonder de nouvelles avenues.

Archéologue du futur

Les œuvres présentées à la bibliothèque Gabrielle-Roy appartiennent à différentes séries qui couvrent une période d’environ deux ans, durant lesquelles l’artiste s’est amusée à construire des fragments de paysages, avec des matériaux – certains naturels, d’autres pas.

« Mélanger la nature à l’humain avec des matériaux de construction et des matériaux recyclés, je trouve qu’il y a une poésie et une réflexion intéressante là. »

L’exposition Les erratiques porte le nom d’une des œuvres présentées qui occupe une bonne partie de l’espace. Cette installation joue sur l’impression d’être en présence de glaciers de Gyproc et d’un rocher en bois composite qui apparait comme un intrus dans son environnement. Une belle transposition du phénomène des blocs erratiques – d’où le nom, on s’en doute – qui décrit ces fragments de roche, de taille relativement importante, qui se font transporter par des glaciers, parfois sur de grandes distances.

Les pièces de la série Point de non-retour rappellent le type de prélèvements par carottage auxquels font appel les géologues ou les prospecteurs pour étudier les différentes strates d’un territoire terrestre ou marin. Par extension, on a l’impression que l’artiste a extrait une carotte dans un avenir qui témoignerait de notre civilisation. Ici, la poésie de l’archéologie du futur est efficace.

Les mystérieuses formes de la série Océan noir dissimulent bien le processus de fabrication qui les rend si énigmatiques. Les lignes presque parfaites proviennent de la modélisation 3D par ordinateur. Par la suite, ces volumes ont été imprimés, pour en faire des moules dans lesquels l’artiste a coulé deux matières qui cohabitent avec une singulière harmonie : du ciment et de la résine.

Océan noir de Marie-Fauve Bélanger
Crédit photo: cbreton

Le travail en juxtaposition de matériaux, qui naturellement ne s’amalgament pas, crée des dissonances très intéressantes d’un point de vue esthétique. Le fait de jouer avec les lignes, d’utiliser des matières avec des textures, des couleurs, des densités différentes, créé beaucoup de mouvement dans les œuvres.

D’ailleurs, deux séries conçues à partir de formes coniques ou pyramidales jouent avec les concepts de statisme et de mouvement. La récurrence des couleurs et des matériaux utilisés les associe à une même famille d’œuvres. Les formes pleines portent des coulées de résine, mariage du dur et du mou, du durable et de l’éphémère qui ne veut pas mourir.

Bref, un beau magma créatif à parcourir.

Vous pouvez vous offrir le plaisir de visiter le site de l’artiste. Vous y trouverez de nombreuses photos de son travail. Les œuvres de Marie-Fauve Bélanger seront également présentées dans le cadre de Manif d’art 9. À suivre donc!

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