<em>Le Dire de Di</em> : l’énoncé performatif | 31 mai 2019 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Marc LeMyre

Le Dire de Di : l’énoncé performatif

Le Carrefour international de théâtre nous offre cette semaine Le Dire de Di, écrit par Michel Ouellette et magnifiquement interprété par Marie-Ève Fontaine. Performance poétique rappelant le slam, jeu physique près de la danse, la pièce captive, remue.

Prosaïquement, Di, Diane, est hantée par un traumatisme qu’elle conte encore et encore. Elle qui n’aspirait qu’à rester « envers et en prose » dans sa maison avec ses parents et sur sa terre avec les oiseaux, a vu son univers bouleversé par une entreprise minière.

Les mots donnent naissance. Comme dans un énoncé performatif, les mots ont le pouvoir de faire advenir, de rendre réel. Sauf que, prévient Di, réalité n’égale pas toujours vérité. Aussi suit-on le courant de conscience de Di, ses digressions, son récit impressionniste, coloré et parfois flou. La jeune fille de seize ans s’abrite dans son cocon, peine à mettre le pied au-dehors. Mais les sentiments, les secrets, le passé ont beau être enfouis au plus creux de soi, rien n’est à l’épreuve de la foreuse qui fouille la terre, rouvre les cicatrices et fait éclater le monde et la famille de Di.

Les mots en plein corps

Marie-Ève Fontaine incarne le texte; les mots agitent son corps. Seule humaine sur scène, elle est accompagnée par les environnements sonores de Thomas Sinou et les éclairages de Guillaume Houët, présences importantes. Marie-Josée Chartier signe la conception gestuelle. En fait, tout le travail de scénographie (Michael Spence) et de mise en scène (Joël Beddows, assisté par Jean-Nicholas Masson; Natalie Gisèle à la régie) est digne de mention.

Coproduit par le Théâtre la Catapulte et le Théâtre français de Toronto, Le Dire de Di a été joué à Montréal, mais aussi à Toronto, à Ottawa et à Kingston. On peut imaginer l’effet d’un tel texte offert à un public non francophone, la traduction en surtitres à la manière d’un opéra. (Et de là, on pourrait aussi réfléchir aux liens entre le motif du repli sur soi et le français en terre anglophone.)

C’est que la musicalité de la langue, les allitérations, le rythme qui prend la comédienne au corps, hypnotisent. La partition entre chez le spectateur, qui le porte à son tour, vivant. D’aucuns ont d’ailleurs affirmé qu’il s’agissait de leur coup de cœur de cette édition du Carrefour international de théâtre.

Le Dire de Di est présenté de nouveau ce soir, vendredi 31 mai, à 19 h, à la salle Multi de Méduse.