<em>The Dragonfly of Chicoutimi</em> : comme une libellule dans la tête | 7 novembre 2018 | Article par Valériane Cossette

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon, gracieuseté Théâtre de la Bordée

The Dragonfly of Chicoutimi : comme une libellule dans la tête

Des souvenirs plein la tête. Chaotiques, entremêlés. Et un rêve incohérent, surréaliste. Tout ça dans la tête d’un vieil homme qui tente de se rappeler, de raconter. Cet homme, c’est Gaston Talbot.

Dans un grand monologue – ou presque – Gaston se remémore cet été-là. Celui où, petit garçon, il jouait près de la rivière aux roches avec un ami. Il nous le raconte parsemé d’autres souvenirs, de son amour des popsicles (et de leurs bâtons), des gâteaux, des chansons – et de son rêve.

Tout ça, dans un anglais à la syntaxe française. Un anglais parlé par un gars de Chicoutimi qui pense en français. Pourquoi? On ne sait pas. Un jour, après une longue aphasie, il se réveille du fameux rêve et il n’a aucune mémoire de sa langue maternelle, le français.

The Dragonfly of Chicoutimi, c’est une libellule qui bourdonne et virevolte dans la tête d’un homme qui a vécu, vu et entendu. D’un homme simple avec de lourds souvenirs qui le hantent.

Un jeu de la démesure

Ce qui marque le plus de cette pièce est sans contredit le morceau de bravoure qu’est le jeu de Jack Robitaille, qui tient pas mal toute la pièce dans son souffle. Et quel souffle! Il déclame, joue avec grandiloquence. À la mesure de l’esprit torturé et chaotique de Gaston Talbot. Et Jack lui donne toutes les dimensions qu’il faut.

À chaque mot, chaque phrase, chaque digression, on sent toute la fougue que met l’acteur dans son jeu. Il nous fait ressentir la souffrance, la peur, l’incertitude et surtout la confusion qui règnent dans la tête du personnage. Les pensées de Gaston ne s’arrêtent jamais, même quand la préposée entre dans sa chambre pour l’aider. Il lui parle sans vraiment lui donner la parole.

C’est Sarah Villeneuve-Desjardins qui joue la préposée muette devant les élucubrations de son patient. Elle en dit beaucoup plus dans le rôle de la mère de Gaston. Du Gaston petit garçon qui rêve. Une mère qui chante, fait du gâteau, onirique et cauchemardesque, par moments sur ses échasses. Une mère qu’on dirait sortie de l’imaginaire d’un Burton enfant.

Avec sa voix grandiose – qui porte et nous transporte –, Sarah ne fait pas que jouer, elle chante aussi. Je vous défie de ne pas avoir sa chanson d’ouverture comme ver d’oreille pendant quelques jours…

Laisser la place au personnage et à son esprit

En plus du jeu superbe de Jack et Sarah, il y a la mise en scène de Patric Saucier. Pour laisser la place au personnage de Gaston, les artifices utilisés sont sobres. Tout se joue dans le décor.

Ce dernier, conçu par Vanessa Cadrin, est épuré et inventif. Il passe dans un mouvement de la chambre de Gaston au décor de son rêve, l’intérieur et l’extérieur de la maison de son enfance à Chicoutimi. Autour des projections pour placer les différents lieux et souvenirs, au fond, sur un mur, un rappel de l’obsession de Gaston pour les bâtons de popsicles.

La mise en scène a pris le même pari : elle mise sur le personnage. À part les projections et le jeu de décor décrit plus haut, il y a le jeu assez physique de Jack et un peu de musique live pour laquelle Sarah chante et s’accompagne à la guitare. Une sobriété qui dessert la pièce à merveille.

Bref, c’est une pièce à voir. Et ce, même si l’anglais vous fait peur. The Dragonfly of Chicoutimi est à l’affiche à La Bordée jusqu’au 24 novembre.