Le Scanner Bistro : épicentre de l’underground de Saint-Roch depuis 21 ans

C’est un jeudi en début de soirée. Une tempête emplit rues et trottoirs de neige. Tout juste sorti d’une journée de travail au bureau, je marche tant bien que mal à travers ce blizzard, direction le Scanner Bistro. Je vais y rencontrer Normand Tessier, propriétaire de l’endroit ouvert en 1997.

Arrivé sur place, je remarque quelques traces de pas devant la porte. Je ne suis pas le seul à avoir affronté les éléments pour m’y rendre. J’ouvre la porte, je constate le contraste soudain. Le vent, la neige et le froid font place à la chaleur, à la musique et au calme.

Assis au bar comme n’importe quel client, Normand sirote un café en feuilletant un magazine, alors que le barman discute avec un client. Je m’ installe au bar, Normand m’offre un verre. Une discussion aussi riche que facile débute aussitôt avec celui qui, depuis 21 ans, accumule les histoires qui ne demandent qu’à être racontées. Rencontre avec le tenancier d’un bar devenu institution, au cœur d’un quartier en plein changement.

Un chemin tracé d’avance

Élevé à Sainte-Foy, Normand a commencé très jeune à travailler dans le milieu de l’hôtellerie. À 12 ans, il a fait ses débuts dans ce domaine qui, quelques années plus tard, allait devenir son quotidien. Bien qu’il ait effectué quelques petits boulots ici et là, c’est à l’âge 18 ans qu’il a entrepris les démarches vers ce projet qu’il caressait depuis déjà longtemps :

Je revenais d’un voyage en Europe et j’ai décidé de m’installer au centre-ville, avec en tête l’idée d’ouvrir mon propre bar, alors j’ai pris des cours de soir pour terminer mon secondaire et me suis ensuite inscrit au cégep en administration.

Parallèlement à son cours en administration, Normand a décidé de donner un coup de main à un ami qui ouvrait alors son propre bar, le Café Jacob, sur la rue Saint-Vallier Ouest. Il l’a aidé à tenir ses livres comptables en même temps qu’il a commencé à y travailler comme barman. Au final, il y a passé 14 ans comme barman et gérant. Puis, il a travaillé quelque temps au Bar La Relève, à Sainte-Foy. Il a atterri ensuite à la Fourmi Atomique.

La concrétisation d’un projet

Alors que Normand Tessier présidait la coopérative de travail qu’était la Fourmi Atomique, le projet d’ouvrir le Scanner Bistro a pris forme. Comme la bâtisse abritant la Fourmi et le bar en dessous, le d’Auteuil, avait des problèmes de structure, il a proposé aux membres fondateurs de la coop de faire l’acquisition du bâtiment pour le rénover entièrement et le sauver. La proposition a été refusée :

Quand j’ai compris que je ne réussirais pas à faire passer mon idée, j’ai décidé de quitter parce que je me doutais bien que l’immeuble n’allait pas tenir indéfiniment. J’ai donc acheté une bâtisse dans Saint-Roch et j’y ai ouvert ce qui à l’époque s’appelait le Scanner Bistro Multimédia.

Un bar, des spectacles, de l’art visuel et du multimédia

C’est donc en 1997 que le Scanner Bistro Multimédia a vu le jour. Dès l’ouverture de l’endroit, le principe était simple : des œuvres d’art étaient accrochées aux murs, des ordinateurs connectés à internet étaient mis gratuitement à la disposition des clients – une nouveauté pour l’époque –  et évidemment, la musique, jouée sur scène ou par un DJ résident, occupait énormément de place dans cet univers :

J’ai grandi dans une famille de musiciens : mes parents, mes frères, ma sœur et leurs amis se réunissaient toujours chez nous pour jouer de la musique. J’ai toujours baigné là-dedans. En fait, j’étais le seul qui ne jouait pas de musique et ironiquement, je suis aujourd’hui le seul qui vit en partie grâce à ça!

Quand on lui demande s’il est surpris que son bar fonctionne encore bien après 21 ans d’existence, Normand est clair : non, il n’y a là aucune surprise. Pour celui qui n’a jamais compté les heures consacrées à une facette ou l’autre de son projet, ce n’est que le fruit d’un travail soutenu, qui ne prend jamais fin. Que ce soit la comptabilité, les rénovations ou, évidemment, le service au bar, Normand touche à tout et n’a pas l’intention d’arrêter de le faire. S’ajoute à cela une clientèle fidèle qui répond présente à la panoplie de spectacles et autres événements qui s’y tiennent. Cette clientèle est d’ailleurs ce qui rend Normand le plus fier de son bar :

Ici, tous sont égaux et c’est vraiment ce dont je suis le plus fier. Tous les clients ont du plaisir et discutent ensemble, peu importe le milieu d’où ils proviennent, leur genre ou encore leur statut social. Même Zombie Boy, celui qu’on a déjà vu dans un vidéoclip de Lady Gaga, était ici la semaine dernière lors d’un événement de piercing un peu extrême.

Le Scanner Bistro, endroit reconnu pour son identité propre, a toujours su être au goût du jour sans pour autant se dénaturer :

Aujourd’hui, la mode est aux micro-brasseries, alors j’ai fait entrer de nouvelles lignes de bière. Au moment où on se parle, j’ai 16 lignes de bières en bas et 6 lignes en haut, au deuxiéme étage. Aussi, avec l’ère Facebook et les réseaux sociaux, j’ai décidé d’équiper le bar pour pouvoir diffuser les spectacles en direct sur le web en plus d’avoir remis tout le kit de son au goût du jour.

21 raisons de célébrer!

À la fois fier et surtout heureux de voir autant de gens fréquenter le Scanner Bistro avec autant de régularité après tant d’années, Normand organise une grande fête pour souligner ses 21 ans d’existence. Pour l’occasion, il promet une soirée festive toute en musique et surtout, très abordable :

 On va faire ça bien simple et ce sera vraiment une belle soirée. On a invité les Steady Swagger et The Shoe Huggers, deux groupes que j’aime bien et qui savent mettre le party dans la place! On aura évidemment des rabais sur plusieurs produits et puis l’entrée ne coûtera que 5$.

Tous sont donc invités à cette soirée qui débutera à 22 h et qui risque de se terminer très, très tard.

Scanner Bistro
291, rue Saint-Vallier Est
418 523-1916