Nouvelle Maison de Lauberivière : 10 ans pour « ramener les valeurs à la bonne place » | 18 décembre 2018 | Article par Suzie Genest

Eric Boulay, directeur général; Georges Amyot, président du conseil d’administration; Yves Lamothe, préposé au dégrisement, de la Maison de Lauberivière.

Crédit photo: Suzie Genest

Nouvelle Maison de Lauberivière : 10 ans pour « ramener les valeurs à la bonne place »

Après 10 années à explorer plusieurs scénarios, la construction d’un nouvel immeuble pour la Maison de Lauberivière débutera en mars 2019, ont annoncé ce matin les représentants de l’organisme et des trois paliers de gouvernement impliqués.

L’immeuble de 10 000 mètres carrés sur sept niveaux prendra place entre les rues Fleurie, du Pont, X’ian et Mgr Gauvreau, face au Centre communautaire et récréatif en chantier. Sa construction devrait être complétée en janvier 2021. On y trouvera 131 chambres et 18 logements pour personnes vivant itinérance et problématiques de santé mentale, ainsi que des espaces communautaires et bureaux de services.

La flamme d’Yves

Yves Lamothe, alcoolique et polytoxicomane, est arrivé « la flamme pas éteinte mais c’était pas loin », sans papiers ni cartes d’assurance sociale ou d’assurance maladie ni aide sociale. Aujourd’hui sobre depuis 8 ans, il vit en appartement, occupe un poste de préposé au dégrisement à Lauberivière, finit de rembourser ses dettes. S’il s’en est sorti grâce à ses efforts, il avait besoin du soutien de l’organisme :

« Une personne ne peut pas s’en sortir toute seule. Ça prend de l’aide. Il faut être humble aussi […] et être honnête avec soi-même. […] Il faut parler, il faut choisir les bonnes personnes et le bon temps. »

Yves Lamothe a hâte de rentrer dans la « belle maison qui s’en vient », comme la « gang de gars aussi qui sont dehors, qui sont au froid, eux aussi ils le savent que quelque chose s’en vient pour eux ».

Outre l’hébergement, les repas, le dégrisement, Lauberivière offre soins médicaux pour personnes désaffiliées, centre de jour, café de nuit, salle de cours. De 60 à 80 employé.e.s dispensent ces services, aidés de bénévoles, qui ont donné 50 000 heures en 2017. Dans le nouveau bâtiment, la capacité annuelle de nuités passera de 25 000 à 47 800. Le temps requis pour démontrer sa nécessité a « étonné » le maire Régis Labeaume :

« Ça en dit beaucoup sur notre société […] que ça ait pris 10 ans pour convaincre les gouvernements que c’était nécessaire. Ça veut dire que les mêmes valeurs ne sont pas partagées par tout le monde. […] Un moment donné, il faut ramener les valeurs à la bonne place. […] On a une ville qui va très bien, mais même si l’économie va bien, il y a plus de gens qui ont une dignité parce qu’ils travaillent, ça n’empêche pas un certain nombre d’individus d’avoir des ruptures dans leur vie, qui n’ont rien à voir avec l’économie. »

Investissement écoénergétique

Enveloppe du bâtiment, conservation énergétique, égout et aqueduc, normes parasismiques : l’immeuble du 401 rue Saint-Paul aurait eu besoin de travaux majeurs pour sa rénovation et sa conformation aux normes du Code du bâtiment actuel. Outre les coûts élevés de ces travaux et les contraintes posées par l’âge du bâtiment, un ancien hôtel bâti sur un terrain contaminé, la rénovation aurait exigé l’interruption des services pour une période prolongée, a expliqué le président du conseil d’administration de l’organisme, Georges Amyot. Visiblement ému, il a conclu : « Après 10 ans de travail, c’est le meilleur moment de ma vie. »

L’organisme réalisera de 30 % à 40 % d’économies d’énergie grâce à une isolation suprême, des fenêtres ultra-performantes, un système de récupération de chaleur. Il réduira de 75 % la gestion de ses résidus alimentaires en les recyclant. Une chambre de traitement thermique à haute température y permettra d’enrayer les punaises de lit. Une cabine avec filtration à l’intention des fumeurs y éliminera les émanations de cigarettes.

Des investissements de près de 32,5 M$ ont été confirmés par le maire de Québec Régis Labeaume, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation Andrée Laforest, ainsi que Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social et ministre responsable de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).

Financement de la nouvelle Maison de Lauberivière :

  • Société d’habitation du Québec (SHQ) : subvention de plus de 20,5 M$ (dont 20,4 M$ du programme AccèsLogis Québec) et garantie de prêt.
  • Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) : contribution de près de 4,4 M$ via le Fonds national de co-investissement de la Stratégie nationale sur le logement.
  • Ville de Québec : subvention de près de 5,3 M$.