L’incendie de 1866 (3 de 4) – Cendre et désolation | 15 octobre 2016 | Article par Dominic Champagne

Crédit photo: Ghislain Martineau

L’incendie de 1866 (3 de 4) – Cendre et désolation

Cette année, le 14 octobre marque le 150e anniversaire de l’incendie de 1866 de la Basse-Ville de Québec. Pour souligner l’événement, Monsaintroch et Monsaintsauveur présentent une série de quatre récits inspirés de cette triste journée.

Extrait de journal au matin du 15 octobre 1866

En présence d’une pareille dévastation, la plume nous tombe des mains, et si nous n’avions pas le désir d’intéresser tous nos lecteurs au quinze mille infortunés que la main courroucée de Dieu vient de jeter sur le pavé, nous n’aurions pas le courage de décrire le drame épouvantable que nous avons été obligé de suivre nous-mêmes à un autre titre que simple témoin.

Hier matin vers quatre heures et demie, le cri sinistre « Au feu ! » réveillait en sursaut les citoyens avoisinant les abords du marché Jacques Cartier, et peu après un jet de flamme perçait le toit d’une maison située sur la rue Saint-Joseph. À la première alarme, la brigade du feu était sur les lieux et opérait avec succès quand des monstres, par vengeance croit-on, à cause d’un désappointement, coupèrent à coups de hache quatre des boyaux les plus neufs de la ville. L’eau en ce moment était abondante, et tout donnait à croire aux pompiers qu’ils seraient capables de circonscrire le feu dans des limites très étroites. Mais une fois ces boyaux détruits, il fallut en envoyer chercher d’autres moins neufs et moins capables de résister à la pression.

Ceux qui ont coupé les boyaux n’ont d’humain que la figure, et s’il était possible à la justice de les atteindre, il n’y a pas de punition qui soit à la hauteur de leur crime ! La plume est incapable de donner une idée des scènes de désolation dont tous les quartiers incendiés ont été le théâtre : ici, un pauvre père de famille suppliant à genoux un conducteur de voiture, déjà engagé, de sauver les débris de ses meubles et ustensiles de ménage; là, c’est une pauvre mère éperdue qui demande à grands cris ses enfants disparus; plus loin encore, ce sont de pauvres enfants à moitié nus, fous de peur, qui appellent leur mère perdue dans la précipitation du déménagement.

Vers dix heures et demie, l’incendie franchissait avec le bruit d’un ouragan les limites de la ville et s’abattait sur Saint-Sauveur avec une furie sans exemple dans l’histoire des incendies. Disons pour abréger que vers quatre heures, tout Saint-Sauveur, avec sa belle église, son couvent, son école des frères et une partie du faubourg Saint-Angèle étaient à peu près réduits en cendres.

Nous voyons dans la conservation presque miraculeuse de l’Hôpital Général un acte de la miséricorde de Dieu; Dieu est bon même dans sa colère. Il nous semble qu’il y a aussi quelque chose de providentiel dans la conservation de l’église de la congrégation de Saint-Roch, restée seule au milieu d’un quartier incendié.Sur une étendue d’environ un mille de large sur près de trois quarts de lieues de long, environ 2 500 maisons détruites. Un coût de reconstruction estimé à deux millions et demi. N’oublions pas que nous sommes à l’approche de l’hiver qui, sans l’incendie, devait être assez triste pour nos populations manquant de travail et conséquemment de moyen de subsistance.

Malgré un contexte historique, les auteurs tiennent à préciser que certains faits et personnages de ces récits sont tirés de leur imagination. Ces derniers n’ont pour unique prétention que de rendre hommage, à leur manière, à la Basse-Ville de Québec et à ses habitants du XIXe siècle.

Remerciements sincères aux Augustines de l’Hôpital Général de Québec pour leur inspiration et leurs précieuses archives.

Lire le 1er récit : L’incendie de 1866 (1 de 4) – Feu et frayeur
Lire le 2e récit : L’incendie de 1866 (2 de 4) – Braise et inquiétude
Lire le 4e récit : L’incendie de 1866 (4 de 4) – Flamme et résilience