L’homme qui marchait 9000 km pour prévenir l’itinérance chez les jeunes

Joe RobertsLe samedi 3 septembre au Tam Tam Café, Joe Roberts, homme d’affaires aisé, donnait une conférence précédant une marche de 5 km. La particularité ? Ces 5 km, marchés en groupe, s’ajouteraient au compteur des quelque 9000 km que marchera M. Roberts jusqu’au 30 septembre 2017 pour sensibiliser la population à l’itinérance chez les jeunes.

Push for changeOn ne pourrait jamais le deviner, car cela ne le définit pas comme personne, mais Joe Roberts a été en situation d’itinérance à la fin de l’adolescence. Pour plusieurs raisons familiales et personnelles, il s’est retrouvé héroïnomane, en train de pousser un chariot d’épicerie sous un pont à Vancouver. À son point le plus bas, il avait vendu ses chaussures pour s’acheter de la drogue. Difficile de croire que l’homme devant un public qui boit ses paroles au Tam Tam Café, est la même personne. M. Roberts explique qu’il a eu la chance d’avoir sa mère qui ne l’a jamais lâché, ce qui a permis de le sauver. Ce matin là, sous le pont, M. Roberts a décidé que c’en était assez, il a appelé sa mère. Elle est partie de Toronto pour aller le chercher à Vancouver, et à partir de ce moment, Joe Roberts a commencé le parcours qui l’a mené où il est aujourd’hui.

En 12 ans, je suis passé de jeune toxicomane en situation d’itinérance à jeune homme d’affaire diplômé universitaire, qui faisait la page couverture des plus grands magazines d’affaires du Canada. Tout ça, parce que ma mère ne m’a jamais abandonné », souligne avec émotion le principal intéressé.

Le réseau social, outil de prévention de l’itinérance chez les jeunes

Le réseau social fait en effet toute la différence, et peut être la nuance entre une situation de vulnérabilité face à l’itinérance et une situation d’itinérance. Chez les jeunes, c’est encore plus vrai.

Push for ChangeQuand on tente de prévenir l’itinérance chez les jeunes, on va moins souvent intervenir sur « l’absence de toit », mais on va plutôt travailler sur la réaffiliation familiale. Dans le réseau, il y a par exemple trois Auberges du Cœur, destinées aux mineurs, qui donnent des ateliers aux parents, ou qui vont permettre aux jeunes d’avoir un répit lorsqu’il y a trop de tension à la maison. C’est comme ça que l’on assure que les jeunes ont un réseau, et le premier réseau, c’est la famille », souligne Jimena Michea, coordonnatrice au RAIIQ (Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec).

Ce type de prévention est ce qui fait une différence, soutient-elle, pour s’assurer qu’un jeune vulnérable ne se retrouve pas à la rue. L’itinérance est déjà une situation très difficile à vivre, mais c’est encore plus marquant chez les jeunes :

Ça arrive leur à une période charnière de leur vie, où leur identité est en train de se former. Le plus grand risque, c’est qu’il y a plus de chances que certains comportements se cristallisent dans leur vie d’adulte. Et c’est en mettant en place des outils de prévention que l’on va s’assurer que ça n’arrive pas », affirme Mme Michea.

 Sensibiliser dans toutes les écoles du pays

Joe Roberts croit lui aussi fermement que la prévention et la sensibilisation sont la clé du succès pour stopper l’itinérance chez les jeunes au Canada. L’un de ces moyens de sensibilisation est cette marche de 9000 km, l’amenant de Saint-John à Terre-Neuve jusqu’à Vancouver, en Colombie-Britannique, en 17 mois. M. Roberts marche au minimum 24 kilomètres par jour, en poussant un panier d’épicerie, symbole de l’itinérance pour beaucoup. Alors qu’il est parti de Saint-John le 1er mai, il a atteint, à Québec le 2500e kilomètre marché, soit près du tiers de son objectif. Plus de 400 conférences et évènements de sensibilisation ont lieu partout au pays durant ce grand pèlerinage, et de nombreuses rencontres avec les médias locaux et régionaux sont planifiées. Ultimement, M. Roberts aimerait pouvoir rencontrer Justin Trudeau, le Premier ministre du Canada, pour discuter en personne de la prévention de l’itinérance chez les jeunes.Push 0Joe Roberts amasse aussi des fonds dans le processus. Après cette grande marche qui l’amènera dans toutes les provinces et dans deux territoires, il voudrait en avoir amassé assez pour mettre en place un programme dans toutes les écoles du pays, qui permettrait de prévenir l’itinérance chez les jeunes. Son objectif ? 18 millions de dollars, soit 0,50 $ par Canadien. Dans chaque ville où il s’arrête, 50 % des fonds amassés sont remis à des organismes de soutien d’urgence aux personnes en situation d’itinérance. Depuis le 1er mai, jour où il a commencé à marcher, c’est plus de 100 000 $ qui ont été recueillis pour sa cause.Push 5Après une conférence où l’émotion, tant chez le conférencier que chez le public, était palpable, le groupe s’est mis en branle pour marcher 5 km. Symboliquement, la marche culminait par un passage sur la rue Saint-Jean, où la Fête Arc-en-ciel battait son plein. La compréhension de l’écologie des milieux et des différentes populations ou groupes qui les composent, notamment la communauté LGBT ou des Premières Nations, est un des points les plus importants pour M. Roberts. Il tenait donc à tisser des liens avec la communauté LGBT de Québec durant son passage.On peut suivre son périple sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter), en anglais seulement.