Le monastère des Augustines de l’Hôpital Général de Québec : le trésor caché de Notre-Dame-des-Anges

toit

Québec a son petit Vatican comme à Rome, vous le saviez ? L’Hôpital Général de Québec forme la municipalité Notre-Dame-des-Anges. C’est une des raisons pour lesquelles je voulais y visiter le monastère des Augustines. J’ai eu l’impression de faire un voyage en Nouvelle-France, carrément.

N’entre pas qui veut dans le monastère des Augustines de l’Hôpital Général, car ce n’est pas un lieu public. Bien que mes démarches furent un peu plus laborieuses que pour visiter un resto par exemple, elles en valaient la peine. Je suis tombé sur des trésors fascinants.

Ludovica

marie - CopieL’histoire du monastère commence en 1615 avec les Récollets, première communauté catholique à mettre le pied en Nouvelle-France. Ils s’établissent près des berges dès 1620 pour y construire une église. La seigneurie passe ensuite aux mains des Jésuites en 1626 pour une courte période. Ce sont eux qui la nomment Notre-Dame-des-Anges. Mais attention ! Les frères Kirke, des corsaires à la solde du roi d’Angleterre, prennent possession de Québec, et  les Récollets quittent le pays. Les corsaires foutent un tel bordel que lorsque Champlain revient en 1629, tout est à recommencer. Les Récollets reconstruisent donc la chapelle qui serait aujourd’hui le plus ancien intérieur d’Amérique.Champlain veut renommer Québec Ludovica en l’honneur du roi Louis XIII et l’établir tout près de la rivière Saint-Charles. Si sa vision s’était concrétisée, Saint-Roch serait le centre-ville de Québec, et probablement que le boulevard Langelier serait notre rue Saint-Jean. Il faudrait monter la côte pour se rendre au Macfly ! Je m’éloigne… mais probablement que Champlain trouvait assez chiant de monter la côte et voulait régler le problème. Or il meurt le jour de Noël 1635. Le gouverneur de Montmagny, venu le relever, fait table rase de Ludovica. Idée loufoque ? Vision novatrice ? Nous ne le saurons jamais.

Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier

En 1692, Mgr de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec, achète le terrain aux Récollets afin de construire l’Hôpital Général. En 1698, quatre augustines de l’Hôtel-Dieu y déménagent pour soigner les malades mentaux, les sans-abri, et surtout accompagner les personnes en fin de vie. L’hôpital, aujourd’hui un CHSLD, occupe toujours cette vocation. Mgr de Saint-Vallier aimait beaucoup l’air de la campagne; on peut penser que la rue Saint-Vallier a été nommée en l’honneur du parcours qu’il devait emprunter régulièrement de la Haute-Ville à l’hôpital.* Seul évêque de Québec à ne pas être inhumé dans la crypte de la Basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec, il a son tombeau dans la chapelle du monastère.

Assez d’histoire, maintenant la visite!

L’hôpital et le monastère sont une superposition d’ailes et de blocs ajoutés sur plusieurs époques. Une des plus belles pièces est le réfectoire (la salle à manger). Les Récollets y mangeaient en 1680, les Augustines s’y nourrissent toujours. Les chaises, les tables, les armoires d’origine y sont toujours et ont été restaurés au fil des ans. La statue d’un récollet dans sa soutane brune est perchée dans le réfectoire pour nous rappeler ses concepteurs. On remarque à quel point les récollets étaient des charpentiers minutieux lorsqu’on examine les portes et ces armoires du 17e siècle.

Louis de Buade de Frontenac

frontenacL’aile que Frontenac a fait construire pour son lieu de retraite m’a impressionné. Les pièces ont été entretenues de façon admirable. On y retrouve toujours des meubles qui semblent d’origine. On ne peut que lever la tête pour admirer les épaisses poutres de pin rouge (ou d’une autre essence?) travaillées par les fissures ancestrales. Ces poutres nous rappellent la grosseur des arbres à l’époque. Rien à voir avec les petites épinettes qu’on cueille maintenant dans le nord.J’ai eu l’impression de faire un petit voyage dans le temps. Le propriétaire de l’ancienne résidence de Frontenac en France, lors d’une visite au monastère, a été abasourdi par la ressemblance des aménagements intérieurs avec ceux de son château dans la Région Centre-Val de Loire.

La chapelle

nef - CopieUne autre partie incontournable est la chapelle et son plafond en forme de coque de bateau. C’est mon collègue de Monsainsauveur.com Boris Perron qui m’a suggéré l’endroit, suivant son excellent billet d’halloween. Le chœur de la chapelle est magnifique et riche de plusieurs ornementations originales. Autour de la nef, quelques peintures profanes, rarement permises dans une église, présentent des évocations (Ludovica ?) de Mère Marie-Madeleine Maufils de Saint-Louis, une artiste (tellement) méconnue de notre histoire.Plus loin, on retrouve le tombeau de Mgr de Saint-Vallier entouré d’un magnifique vitrail. Pendant ma visite, une résidente du CHSLD qui était au jubé n’arrêtait pas de s’exclamer : « C’est riche ! C’est riche ! ». Elle avait bien raison. Il faudra, dans un avenir proche, songer à se doter d’une politique patrimoniale pour ce genre d’endroit au Québec.

Nos fondations…

Je dois préciser que le monastère n’est pas ouvert aux visites, sauf lors d’anniversaires importants comme le 400e de Québec. Les Augustines y habitent toujours, des infirmières et travailleurs circulent dans les aires de services. Je n’ai donc pas pu me rendre dans les appartements au deuxième étage, même si la tentation était forte… L’autre monastère des Augustines, celui de l’Hôtel-Dieu en Haute-Ville, propose un musée accessible au public pour découvrir la contribution immense de cette congrégation dans l’histoire du Québec.Adebaras - Copievant de partir, Denis Robitaille, mon guide et chargé de projet chez les Augustines, a eu la générosité de m’emmener au sous-sol pour me présenter les fondations de la première église de 1620. Je me suis penché et j’ai touché aux premières pierres que les récollets ont assemblées sur le portique de la première église en 1620. Rien ne me rend plus heureux que de toucher des morceaux de notre histoire comme ça ! Cette visite restera un moment précieux, autant que ma visite de Notre-Dame-de-Paris ou de la Malmaison de Napoléon.On peut visiter le seul cimetière de guerre en territoire canadien sur les terrains en face du monastère. On y trouve le tombeau de Montcalm et les pierres tombales de plusieurs soldats tués lors de la bataille des plaines d’Abraham. Finalement, 1759, ce n’est pas si loin derrière… Apprenez-en plus sur votre histoire et visitez les centres historiques de Québec !* Note : je n’ai curieusement rien trouvé au sujet de l’origine du nom de la rue Saint-Vallier sur le site de la Commission de toponymie du gouvernement du Québec.[ À lire aussi : Une ville gauloise à Québec ]