Qui se cache derrière la côte Badelard ? — Nos rues (1)

L’escalier et la côte Badelard en 1898.
L’escalier et la côte Badelard en 1898. BAnQ, Philippe Gingras.
La réputation de la côte Badelard n’est plus à faire; nous la montons et la descendons à vélo, à pied et même – les jeunes lecteurs se reconnaîtront – en luge, durant la saison hivernale. Puisque l’univers mène à Saint-Roch, il nous arrive tous d’y passer environ une fois par semaine.La plupart des citoyens de la ville s’entendront pour dire qu’il s’agit d’une des plus belles entrées sur le quartier. Mais mettons de côté son caractère utile et esthétique pour le piéton moyen et passons un moment au salon pour discuter de son nom. 

Leçon d’histoire

Né à Coucy-le-Château, en France, Philippe-Louis-François Badelard démontre un talent particulier pour la médecine et la chirurgie. Il pratique ces disciplines pendant quelques années dans un hôpital de Metz, puis, servant en tant que chirurgien major des bataillons de Berry, il entreprend un voyage à Louisbourg (Nouvelle-Écosse) suivi d’un second à destination de Québec. À trois lieues de l’arrivée, La Toison d’or, navire à bord duquel il prend place, fait naufrage. Épargné, il parvient à se rendre dans les enceintes de la Vieille-Capitale où il commence une brillante carrière dans le domaine médical.Professionnel désormais établi, Badelard gagnera le respect de ses pairs en prenant part à la bataille des Plaines d’Abraham. Alors fait prisonnier par John Fraser, il devra servir sous le régime britannique à titre de chirurgien des milices canadiennes ainsi que chirurgien de la garnison de Québec.À sa mort, il donne un montant substantiel à l’Hôpital Général de Québec, montant qui permettra plus tard de créer une fondation qui accueillera quatre personnes démunies durant les saisons hivernales qui suivront.Mais monsieur Badelard ne fut pas sage du début à la fin de son passage dans notre ville. Ainsi, le bruit court que Louis-Joseph de Montcalm (lieutenant général des armées de la Nouvelle-France) ne s’y accommoda jamais. Sa femme, également, le quitta vers 1770, évoquant un comportement impulsif et violent.On raconte même que, n’étant pas un fervent de l’église, on tenta d’empêcher son inhumation dans la paroisse de Notre-Dame de l’Annonciation (L’Ancienne-Lorette).C’est toutefois à travers sa médecine, plus que son caractère, que le monde – au-delà même de nos murs – se souviendra de lui. En effet, en 1773 apparaît, à Baie-Saint-Paul, une étrange maladie qui sème la peur chez les habitants. Le caractère virulent et repoussant de ce qu’on appellera plus tard le mal de la baie Saint-Paul est craint par la majorité de la population. Envoyé soigner les personnes atteintes, Philippe-Louis-François Badelard écrira un des premiers ouvrages médicaux au Canada : Direction pour la guérison du mal de la baie Saint-Paul. Notons qu’une version condensée de ses écrits fût publiée à plusieurs reprises dans la Gazette de Québec.***Cet article a réveillé la fibre de l’historien en vous? Sachez bien qu’il vous est possible de consulter la fiche du toponyme de votre propre rue, côte ou escalier, sur le site de la Ville de Québec.N’hésitez pas à nous partager l’histoire de votre rue sur les réseaux sociaux ou en commentaire de cet article !