Mon voisin est écrivain

Alain Beaulieu, photo gracieuseté des Éditions Druide

Son plus récent romanLe Festin de Salomé, m’a happée. Je l’ai littéralement dévoré. Ça tombe bien, vu le titre. Soufflée et essoufflée, une fois la dernière page retournée, je me suis dit que bloguer restos et événements dans Saint-Roch c’était bien, mais que bloguer roman, ça pourrait l’être tout autant. Surtout qu’Alain Beaulieu a grandi, réside et écrit dans le quartier.

On s’est donc assis avec un petit thé, mon voisin et moi, et on a jasé en regardant la neige tomber. C’était la dernière, celle qui nous a tous surpris ce fameux dimanche d’avril alors qu’on croyait avoir eu notre dose de blanc pour cette année. On a parlé du dur hiver qu’avait eu le squeegee au coin de notre rue puis, tranquillement, la discussion a glissé vers les « personnages » du quartier et, incidemment, ceux du roman.

Personnages loufoques et quête d’identité

Qu’on ne s’y méprenne pas, vous ne risquez pas de croiser la danseuse obèse et le nain grivois du Festin imaginé par Alain Beaulieu sur la rue Saint-Joseph, même si le Croissant d’or, bar mythique où ils sont mis en scène dans le roman, a bel et bien existé. Alain se rappelle d’ailleurs l’ambiance glauque de l’établissement. Il me raconte, un peu nostalgique, comment un jour, adolescent, il a poussé la porte pour y entrer… comme son personnage la poussera lui-même dans le roman, pour en sortir. Il garde une image forte de l’endroit, de son piano amoché dans une salle enfumée, image qu’il a reprise comme point de départ de l’épopée haletante qu’il fait vivre au personnage – et aux lecteurs ! –  de son roman.Le narrateur du roman se retrouve catapulté d’une étape de vie à l’autre, puzzle abracadabrant de scènes tantôt loufoques, tantôt touchantes, tantôt abstraites. Des mutations constantes et marquées au fer rouge qu’au fil de notre discussion Alain et moi comparons à celles qu’a connues Saint-Roch à travers les développements, désertions et revitalisations. Pour l’écrivain, témoin de toutes ces époques et lui même passé de postier à vice-doyen de la Faculté des lettres, le roman a été l’occasion d’explorer le rapport au temps, le rapport à soi, à l’identité. L’intensité des bouleversements dans la vie du personnage principal et leur caractère surréaliste suscite inévitablement chez le lecteur un questionnement sur les chemins parfois chaotiques qu’emprunte la vie et sur l’unicité de chaque parcours. On se réveille un bon matin, on constate l’état des choses, dans sa vie, dans la société, dans son quartier et on pose un regard sur le chemin parcouru. N’y a-t-il pas quelquefois des virages un peu abrupts ? De lents détours ? Des nids-de-poule ? 

Saint-Roch, quartier inspirant

Curieusement, malgré ces parallèles au sujet de la mixité des personnages et des transformations à travers le temps, c’est probablement l’un des romans d’Alain Beaulieu qui parle le moins de la ville. Longtemps désigné comme « l’écrivain de Québec », il précise que si l’action de plusieurs de ses autres écrits se déroulait dans certains quartiers de Québec, c’était souvent moins par intention que par la force des choses. En résidant dans un quartier ou l’autre, à différentes époques de sa vie, il s’en est imprégné et cela transparaît dans ses écrits même si les thèmes abordés pouvaient tout aussi bien être mis en scène ailleurs, comme c’est le cas dans Quelque part en Amérique, son précédent roman. Ce ne sont donc pas des lieux précis de Saint-Roch qui marquent le processus d’écriture d’Alain Beaulieu. L’influence est plus intangible et se produit, aux dires de l’écrivain, au gré de ses balades dans ses souvenirs et dans le quartier, particulièrement sur la rue Saint-Joseph, pour « le coeur battant de la vie qu’on y entend ». Pour en savoir plus sur Le Festin de SaloméMario Cloutier, La PressePour vous le procurer (courez-y !) : PantoutePour le lire en vous imprégnant du « vrai Saint-Roch » : dans le parc Saint-Roch parmi la foule bigarrée, dans les marches de l’escalier Lavigueur ou chez Jos Dion, quand c’est tranquille et qu’il n’y a pas de hockey !