Passez au salon

Les photos sont une gracieuseté de Productions Rhizome
Le mobilier était disparate. Les fauteuils aux imprimés floraux partageaient l’espace avec les causeuses défraîchies. Un récamier vert forêt en velours et un sectionnel en cuir rouge ressortaient du lot. Des tables basses en bois étaient disposées ici et là. La lumière était tamisée. L’ambiance, détendue et conviviale. Nous étions dans le salon du psychanalyste et auteur Maxime-Olivier Moutier.En fait, nous étions dans le sous-sol du Cercle qui avait été transformé pour l’occasion. L’occasion, c’était l’événement Tenir salon, une rencontre littéraire qui n’est pas sans rappeler les salons littéraires des siècles derniers. Productions Rhizome est derrière cette initiative.Sur la petite scène à peine surélevée, Maxime-Olivier Moutier recevait l’auteur et artiste en arts visuels Marc Séguin ainsi que l’auteure Andrée A. Michaud. Autour du thème « Inquiétante étrangeté », les trois amoureux des mots ont discuté, exposé leurs points de vue puis répondu à certaines questions du public.J’ai beaucoup aimé ma soirée. J’ai eu l’impression d’entrer dans l’intimité des artistes lorsque ceux-ci parlaient de leur processus créatif, de leurs montées d’inspiration. Ils ont été généreux dans leurs réponses. Pour Marc Séguin qui a confessé ne dire que 45 mots par jour habituellement, la situation devait être d’autant plus déstabilisante. Et pourtant. Il était d’un naturel désarmant, suscitant le rire dans la salle à plusieurs reprises. Franchement, ma découverte de la soirée, ce Marc.

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L’inquiétante étrangeté de Freud

Moutier a débuté la soirée en définissant cette fameuse « inquiétante étrangeté » décrite par Freud, ce moment de rupture avec la réalité qui arrive aux gens sans qu’ils n’y soient vraiment préparés. Pour Marc Séguin, ce moment se produit quand il peint.

Mon travail, c’est de témoigner de quelque chose avec une intelligence émotive. Mais parfois, j’ai une problématique à résoudre. Il manque quelque chose à ma toile. Je mets alors mon travail de côté. Et soudainement, sans que je m’y attende, le tableau se résout. Je sais quel geste poser pour compléter l’œuvre. Il y a un genre de fenêtre qui s’ouvre. Je vis alors une euphorie hallucinante, un grand sentiment de satisfaction. J’ai alors l’impression d’avoir déchiré le cosmos! »

Andrée A. Michaud parle plutôt d’ « intime étrangeté », une étrangeté qui vient fendre le familier, pour reprendre ses mots. « Parfois, quand je suis en train d’écrire, les choses se placent d’elles-mêmes. Ce n’était pas planifié. Ça fait juste arriver comme ça. Je ne suis alors plus tout à fait maître de ce qui se passe. »

Rapport entre l’écrivain et ses personnages

Moutier a posé la question à ses invités: « Certains auteurs disent ne pas contrôler leurs personnages. Ils affirment que ce sont les personnages qui guident leur écriture. Qu’en pensez-vous? »Michaud est catégorique: « Ce ne sont jamais les personnages qui décident. Ce sont toujours les auteurs. Le doute est essentiel à la création. C’est à partir du doute qu’on fait quelque chose d’intéressant. »Marc Séguin suit la même logique. Il affirme être toujours dans le doute et devoir faire des choix, que ce soit en tant qu’artiste visuel ou en tant qu’écrivain.

En tant qu’artistes, nous avons le privilège de ne pas dormir une nuit parce que nous avons des idées, parce qu’il faut que ça sorte. C’est aussi un privilège de faire parler des gens qui ne nous ressemblent pas. Ce pouvoir de contrôle sur une histoire et ses personnages est assez grisant. Pour se sortir de chaque petit doute, il faut prendre des décisions. C’est euphorisant de trouver les réponses, de me donner raison. »

J’ai vraiment eu l’impression d’entrer dans la tête de ces auteurs mercredi dernier. De m’immiscer entre l’artiste et son clavier ou sa page blanche, entre l’artiste et son oeuvre. Et j’ai déjà hâte au prochain rendez-vous. En effet, Rhizome n’a pas fini de nous surprendre. D’autres rencontres Tenir salon sont prévues.Le 4 février prochain, Serge Bouchard tiendra salon au Cercle en compagnie de Jean Désy et de Marie-Andrée Gill sur le thème de la nordicité.J’y serai assurément.