Le blues du fermier heureux

Crédit photo Catherine Carré
C’est l’automne, à quelques jours de l’Action de grâce, je suis sur la route direction Sainte-Famille sur l’île d’Orléans. J’ai les yeux qui ne savent plus où donner de la tête tant le paysage est grandiose. Je m’en vais rencontrer Marc-André Corriveau, vous savez celui dont je vous ai parlé en mars dernier, le fermier à l’origine du Cercle Maraîcher. J’ai le cœur en fête : j’aime ça beaucoup les histoires de citadins qui retournent à leur racine, ça me « ground » et je dois avouer que souvent, j’ai envie de faire pareil.Comme je disais, j’ai rencontré Marc-André pour la première fois en mars dernier, alors que le projet de culture maraîchère écoresponsable en attente de certification bio était à peine en branle. Je me souviens avoir échangé avec un homme passionné, enthousiaste, la tête débordante de projets, un fervent militant pour la souveraineté alimentaire. 7 mois et des tomates plus tard, me voilà devant un fermier plus terre-à-terre, plus mature d’une première année de récolte, les traits tirés par la fatigue caractéristique de la fin de la saison. Ce matin-là, il avait achevé la récolte des betteraves, il ne restera que celles des céleris-raves et des choux-raves avant que le fermier ne puisse refaire le plein d’énergie.« La porn est dans l’alimentation », qu’il me lance. Je ris. Je devine qu’il a le chou complexé. C’est ça cultiver sans engrais ni pesticides chimiques ! Des légumes plus petits, aux saveurs et parfums plus concentrés arborant un feuillage marqué par le passage des insectes… À force de chimique, on a oublié qu’habituellement le diamètre d’une carotte est inférieur à quatre centimètres. N’en demeure pas moins qu’après une première année d’exploitation, Marc-André et son acolyte Christian Dumont auront rempli de produits variés le panier de 100 « partenaires », auront offert aux passants de la rue Saint-Joseph un étal regorgeant de petits fruits, de légumes et d’œufs frais plus qu’attrayants à prix hautement raisonnable et auront contribué au bonheur des cuisiniers du Cercle qui harmonisaient le menu aux arrivages hebdomadaires. Sincèrement, je leur lève mon chapeau.Sa plus grande fierté ? Ses cochons Berkshire. Nourri aux retailles de végétaux, aux coquilles d’œufs et aux drêches (le malt après le brassage) de la Microbrasserie du Mitan. « Les légumes et les œufs partaient pour Le Cercle, les cuisiniers gardaient les retailles que je ramenais à la ferme pour nourrir les cochons qui, une fois abattus, ont pris à leur tour le chemin de la rue Saint-Joseph. Pourquoi des Berkshire ? Paraîtrait-il que ce sont les meilleurs pour les charcuteries. Cochonnailles que vous pourrez d’ailleurs goûter au resto.Malgré toutes les embûches, les désillusions, la pression, les aléas de dame nature, la solitude, la gratitude triomphant sur la fatigue, Marc-André me confie être fondamentalement heureux et avoir le sentiment qu’il est fait pour être maraîcher. Yé!D’ici la fin octobre, rendez-vous au Cercle les dimanches et les jeudis pour profiter des dernières récoltes de l’année. 

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