Éloge romantique de la ville à pied

Je ne conduis pas. Ces mots sont probablement ceux qui font le plus réagir quand je les prononce. Oh, les nombreuses expressions d’étonnement et d’incompréhension que j’ai provoquées au fil des ans. Si seulement j’avais pu photographier sur le vif chacune d’entre elles, depuis le temps, ça ferait tout un album.Souvent, devant l’affirmation de mon statut assumé de piétonne, on insiste pour me dire que conduire, c’est la liberté. Et si marcher aussi, c’était la liberté ? Après tout, je peux changer d’itinéraire au gré de mes envies plutôt que d’entreprendre chaque matin une réflexion stratégique au sujet des travaux et embouteillages à éviter. Je peux assister à des évènements urbains la tête libre de toute angoisse au sujet du stationnement. Je peux même emprunter fougueusement une rue à sens unique dans la direction inverse !Marcher, particulièrement dans mon quartier, c’est aussi prendre le temps d’apprécier l’art urbain, de se laisser surprendre par un détail (une courageuse fleur qui pousse dans une craque de trottoir ! un nouveau graffiti !), de sauter à pieds joints dans les trous d’eau, de saluer les chiens qui attendent sagement que leurs maîtres sortent d’une boutique, de se laisser charmer par l’odeur du pain qui cuit quand on passe devant les boulangeries. C’est aussi briser la solitude en attrapant des bribes de conversation d’inconnus, en souriant aux autres piétons et en échangeant des regards complices quand les bancs de neige paraissent insurmontables. Vivre la ville à pied, c’est romantique. Et je ne vous ai même pas parlé du parfum des lilas au printemps.Ceux qui voyagent vous le diront. Il n’y a rien comme déambuler dans une ville pour s’en imprégner. Tous nos sens sont interpellés. Non seulement on voit, mais on sent, on entend, on touche et on goûte… si on se laisse tenter par un étalage attrayant.Pour la résidente de Saint-Roch et travailleuse de Saint-Jean-Baptiste que je suis, marcher, c’est aussi escalader chaque matin l’un des nombreux chemins qui mènent à la Haute-ville. Ce moment privilégié où j’organise mentalement ma journée au son de la musique qui joue dans mes écouteurs m’est très précieux. Tout autant que celui qui, baigné de la douce lumière du soleil descendant, marque la coupure entre le boulot et le reste quand je rentre en Basse-ville le soir.Pendant cette vingt-deuxième édition de la Semaine des transports actifs et collectifs dont vous parlait mon collègue blogueur, c’est le temps de troquer le moteur pour les semelles ou le pédalier et de prendre une bouffée d’air tout en redécouvrant les plaisirs de la promenade. Même si la semaine est déjà bien entamée, plusieurs activités sont toujours à venir, dont la journée En ville sans ma voiture, qui aura lieu ce dimanche.Allez-y, marchez et… soyez libres !

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