Entre imagination et oubli…

 Un peu par hasard, une grande partie de ma vie tourne autour du quartier Saint-Roch. Mes premiers souvenirs remontent à mes visites à la Bibliothèque Gabrielle-Roy, fasciné que j’étais par la logithèque (une des premières au Canada), la vidéothèque et la modernité des lieux. Puis, en 1995, alors que je fonde iXmédia à Sainte-Foy, mon père, Directeur général de l’ENAP, planifie le déménagement de l’institution au coeur de Saint-Roch. Je me souviens d’avoir vu défiler maquettes et plans dans le salon familial et d’avoir senti l’excitation d’une nouvelle vague. En 1997, j’achète un condo en face du jardin Saint-Roch. Puis on y déménage iXmédia, juste en face de la bibliothèque, en novembre 1999. Le mail s’y trouvait encore.Avant d’y déménager, iXmédia remporte un contrat pour le développement d’un cédérom (!) pour la Ville de Québec : Revitalisaction, le plan de développement du quartier Saint-Roch (dommage qu’il ne roule plus sous aucun ordinateur récent, j’aurais bien aimé comparer le plan à la réalité). C’est le début d’une belle histoire d’amour. Mais surtout l’observation d’une mutation grandiose.Une mutation, ça implique du beau et du moins beau. Mais honnêtement, ce quartier a mûri en force et en sagesse, habité par des gens de passions et de projets. Ce nouveau (nouvo?) quartier aura bientôt 18 ans. Il s’est imaginé tendance, il s’est imaginé multimédia, il s’est imaginé haut de gamme, il s’est imaginé foodies, il s’imagine habitable, il s’imagine plus dense, il a cette constance de l’imagination, qui oriente son quotidien, et fait qu’il est amusant d’y vivre.Moi, ce que j’aime par-dessus tout de ce quartier, c’est l’imagination que les gens y mettent, celle des grandes choses, celle où l’on oublie parfois ce qui y existe déjà. Oublier les gens qui y habitent déjà, oublier la faune urbaine, oublier que la bibliothèque est depuis avant internet une place technoculturelle, etc. C’est une autre caractéristique de ce quartier, il oublie vite, passe à autre chose rapidement, parfois trop rapidement, parfois pas assez.Entre l’imagination et l’oubli, il reste des gens, des lieux et des projets, c’est à quoi je souhaite m’attarder ici.