Mes vacances d'été à Notre-Dame-des-Laurentides | 10 juillet 2022 | Article par José Doré

Villa Notre-Dame des Bois, à Notre-Dame-des-Laurentides, en 1919

Crédit photo: Archives des Religieux de St-Vincent-de-Paul

Mes vacances d'été à Notre-Dame-des-Laurentides

Quoi faire pour protéger vos enfants des dangers physiques et moraux de la ville durant la période estivale? Pourquoi ne pas les inscrire à la nouvelle colonie de vacances de la paroisse de Saint-Roch de Québec, à Notre-Dame-des-Laurentides, là où l’on y respire un air pur et vivifiant?

La Villa Notre-Dame des Bois

En 1900, soit cinq ans avant la création de la paroisse de Notre-Dame-des-Laurentides, les Religieux de Saint-Vincent-de-Paul reçurent en don d’Alphonse Michaud, cultivateur de la paroisse de Charlesbourg, une terre située au nord de la jonction de la route 54 [boulevard Henri-Bourassa] et du chemin conduisant au lac Beauport, là où se trouve aujourd’hui un centre de santé[1].

Un an plus tard, une maison de campagne, la « Villa Notre-Dame des Bois », fut érigée sur ce lieu de repos bercé par les clapotis de la rivière Jaune. En 1913, le révérend père DeBeauquesne, supérieur de l’Œuvre du Patronage de Québec, décida d’y organiser une colonie de vacances afin que des enfants pauvres puissent, durant un mois, « respirer le bon air et goûter un peu aux plaisirs de la campagne », et bénéficier ainsi des bienfaits de la nature sur leur santé[2]. Au cours de ses quatre années d’existence, cette colonie accueillit d’abord 25 enfants, puis 50, en 1916[3].

Les Vacances durent deux longs mois et souvent le docteur promet à l’enfant malade un prompt rétablissement s’il peut passer 15 jours ou un mois à la campagne. Nous avons à la rivière Jaune, à 9 milles de Québec, quelques arpents de terrain donnés gratuitement […] par un de nos grands amis bienfaiteurs de la paroisse de Notre-Dame des Laurentides. Nous gardons à cet ami du Patronage une grande reconnaissance, surtout maintenant parce que cette donation nous permet d’accomplir un plus grand bien pendant les Vacances. C’est dans cet endroit charmant que nous avons pu réunir 25 enfants pauvres durant 28 jours. Quels ont été les résultats de ce premier essai? Ils ont été excellents et nous ont encouragés à développer cette Œuvre l’année prochaine[4].

Villa Notre-Dame des Bois, à Notre-Dame-des-Laurentides, en 1921
Crédit photo: Photo tirée de «Notre-Dame des Bois, 1900 à 2000 : 100 ans... que de souvenirs!», Québec, 2000, p. 6

La Promenade annuelle des orphelins

À la fin des années 20 et au cours de la décennie suivante, des milliers de jeunes furent reçus à la « Villa Notre-Dame des Bois  », l’espace d’un après-midi du mois d’août, lors de la « Promenade annuelle des orphelins » organisée par le Club automobile de Québec. Le 1er août 1929, par exemple, la propriété des révérends pères de Saint-Vincent-de-Paul, à Notre-Dame-des-Laurentides, fut envahie par 1 200 enfants provenant de huit institutions : l’Orphelinat d’Youville de Giffard, l’Hospice Saint-Charles de Saint-Roch, l’Orphelinat du Sacré-Cœur de Saint-Sauveur, le Patronage Sainte-Geneviève de la rue Scott, le Finlay Asylum du chemin Sainte-Foy, le St. Bridget’s Home, le Ladies’ Protestant Home et le Bishop Mountain Hall, tous trois de la Grande Allée[5].

Au cours de cette escapade, plusieurs activités attendaient ces jeunes filles et garçons, dont des courses à pied, à la patate, à trois jambes et à la brouette. Lesquelles furent, apparemment, toutes chaudement disputées.

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Promenade annuelle des orphelins de Québec, à la Villa Notre-Dame des Bois, en 1931
Crédit photo: Le Soleil, Québec, 7 août 1931, p. 3 (BAnQ numérique)

Deux ans plus tard, lors de la dix-neuvième promenade des orphelins, ce sont 1 300 enfants qui y furent transportés par deux cent voitures conduites par des membres du Club automobile de Québec. À leur arrivée, des paniers remplis de friandises, jouets et autres cadeaux leur furent distribués. Ces jeunes eurent ensuite droit à de la crème glacée, puis à un programme de courses à pied[6]. Parmi les concurrents, nous ne serions pas surpris d’apprendre que plusieurs avaient le visage beurré et les mains collées! Vive la crème glacée!

De l’avenue Bigaouette à la rivière Jaune

Au cours des années 30, les Religieux de Saint-Vincent-de-Paul mirent également leur immense propriété de Notre-Dame-des-Laurentides à la disposition des élèves fréquentant, durant les vacances scolaires, les Patronages de Lévis, de la côte d’Abraham et de l’avenue Bigaouette. Le 10 juillet 1934, ce sont environ 650 enfants de ce patro, mieux connu aujourd’hui sous le nom de « Patro Laval », qui prirent d’assaut la « Villa Notre-Dame des Bois » pour y vivre un « pique-nique mémorable ».

Un pique-nique mémorable, hier, à N.-D.-des-Bois. Les enfants du Patronage des vacances, section de l’Œuvre du Patronage Laval, se sont rendus en pique-nique, hier, au nombre d’environ 650, à Notre-Dame des Bois. Inutile de dire que la journée a été bien employée par la gent enfantine. De puissantes machines automobiles, bienveillance de bienfaiteurs coutumiers de l’Œuvre, ont transporté les joyeux pique-niqueurs. Nommons en passant la Cie de Vinaigre, la Dominion Fish, le Soleil, la Ville, MM. Vachon, Traversy, Avard et Breton. Le retour s’est effectué vers six heures[7].

La colonie de vacances de Saint-Roch

Pendant une courte période, les Religieux de Saint-Vincent-de-Paul eurent comme voisin une colonie de vacances fondée, en 1931, par le curé de Saint-Roch, Mgr Robert Lagueux. Afin d’éloigner les enfants de sa paroisse des dangers physiques et moraux de la ville durant le congé d’été, ce dernier fit l’acquisition d’une terre d’environ 60 arpents sur les bords de la rivière Jaune, « où l’air qu’on y respire, imprégné des effluves des montagnes, est un véritable tonique[8] ».

Puisque cette œuvre ne se fit pas « sans entraîner d’assez fortes dépenses », les paroissiens de Saint-Roch furent invités à y contribuer par le biais de dons en argent et en vieux meubles traînant dans leur grenier.

Au prône, l’attention des parents a été attirée sur les dangers qu’offrent les vacances à leurs enfants si ceux-ci ne sont pas surveillés comme il convient. À ce propos, un mot a été dit de la Colonie de Vacances. Cette œuvre a-t-on rappelé et, comme telle, M. le curé de St-Roch espère qu’elle sera encouragée par les paroissiens, car elle ne va pas sans entraîner d’assez fortes dépenses. Dimanche prochain une quête sera faite à toutes les messes pour achever l’organisation de l’entreprise. Comme il faut un mobilier assez considérable pour aménager les divers bâtisses de la colonie, les familles de la paroisse ceux qui auraient dans leur grenier des vieux meubles dont on ne peut se servir seraient les bienvenus s’ils voulaient bien venir au presbytère pour les offrir. La récitation de l’office des Congréganistes aura lieu en haut pendant les vacances à partir de dimanche prochain[9].

La colonie de vacances de la paroisse de Saint-Roch, à Notre-Dame-des-Laurentides, en 1931
Crédit photo: L'Action catholique, Québec, 25 juin 1931, p. 10 (BAnQ numérique)

Embarque dans ma petite voiture!

Le 5 juillet 1931, Mgr Lagueux fit à nouveau appel à ses paroissiens, propriétaires d’automobiles, pour conduire, le lendemain soir, le premier groupe d’enfants, une soixantaine en tout, à sa « colonie de la Rivière Jaune[10] ». Deux semaines plus tard, un deuxième groupe d’enfants, ayant tous subi au préalable un examen médical à la sacristie, purent à leur tour « jouir de l’air vivifiant des montagnes ». À la fin de l’été, plus de 150 enfant auraient « profité des immenses avantages que donnent les jeux, les excursions et les bains au grand air » à la colonie de vacances de Notre-Dame-des-Laurentides[11].

L’année suivante, la générosité des paroissiens fut à nouveau sollicitée pour poursuivre « l’œuvre si bienfaisante » de cette colonie de vacances[12]. Le 27 juin 1932, un premier groupe composé de 67 enfants, tous exempts de maladie contagieuse, y fut transporté pour un séjour d’environ un mois[13]. Le 1er août suivant, un second groupe y fit son arrivée[14]. Le 7 juin 1933, à l’aube des vacances scolaires, le curé de Saint-Roch, Mgr Lagueux, rendit l’âme à l’âge de 66 ans.

La mort du fondateur de la colonie de vacances de la Fabrique de Saint-Roch marqua vraisemblablement la fin de celle-ci. Au printemps 1935, elle fut mise en vente par le nouveau curé de Saint-Roch, Mgr Joseph Ferland[15]. Le docteur Gustave Beaudet, de Charlesbourg, en fit l’acquisition et donna le nom de « Genève » à son domaine de Notre-Dame-des-Laurentides.

Genève, résidence d'été du docteur Gustave Beaudet, située au bord de la rivière Jaune, sur le site de l'ancienne colonie de vacances de la paroisse de Saint-Roch
Crédit photo: 50e anniversaire de la paroisse de Notre-Dame des Laurentides, 1905-1955, p. 95

On s’en va à N.D.L.

Malgré la fin de cette aventure, les paroissiens de Saint-Roch continueront à venir à Notre-Dame-des-Laurentides durant leurs vacances d’été, que ce soit pour un pique-nique au « Patro Laurentien », une compétition de tir à l’arc au Club Sherwood, une journée d’équitation au Ranch El Toro, un spectacle d’Alys Roby au Horse Shoe Club ou pour un après-midi de baignade à la Plage Laurentides, où, le 12 août 1962, Henri Latulippe, 49 ans, du 456, rue du Roi, fut victime d’un accident pour le moins inusité :

« M. Latulippe se reposait sur le sable de la plage Laurentide, à Notre-Dame des Laurentides, lorsqu’une automobile s’est mise à dévaler la pente pour ensuite passer sur lui. Heureusement le citadin n’a pas été blessé sérieusement. Les ambulanciers de la maison Bouchard l’ont quand même conduit à l’hôpital de l’Enfant-Jésus[16]. »

En conclusion, protégé ou non du soleil par un véhicule, il est tout de même recommandé de se couvrir adéquatement de crème solaire.

Bon été à tous!

Jeunes du Patro St-Vincent au Patro Laurentien en 1970
Crédit photo: Photo tirée de «Notre-Dame des Bois, 1900 à 2000 : 100 ans... que de souvenirs!», Québec, 2000, p. 24

[1] Malgré que ce centre de santé soit situé dans le quartier Notre-Dame-des-Laurentides de la ville de Québec, sur le territoire de l’ancienne municipalité de Notre-Dame-des-Laurentides et sur le site de l’ancien « Patro Laurentien », les propriétaires de cette entreprise se disent tout de même du Lac-Beauport… Monsieur Lacoste aurait-il honte de porter la froque à carreaux?

[2] La Vérité, Québec, 22 février 1913, p. 5.

[3] Jusqu’à ce jour, je n’ai retrouvé dans les journaux aucune mention de la colonie de vacances de la rivière Jaune après 1916. Dans un article paru en 2012, M. Gilles Bureau rapporte que « le supérieur Gustave Debeauquesne organise, durant quatre étés, une des premières colonies de vacances au Québec ». Gilles Bureau, « Patro de Charlesbourg (1), Les religieux de Saint-Vincent-de-Paul à Charlesbourg », Bulletin, Les Religieux de Saint-Vincent-de-Paul, vol. 60, n° 2, Été 2012, p. 14.

[4] Le Soleil, Québec, 20 septembre 1913, p. 9.

[5] Le Soleil, Québec, 2 août 1929. p. 3 et 21.

[6] Le Soleil, Québec, 7 août 1931, p. 3 et 15.

[7] L'Action catholique, Québec, 11 juillet 1934, p. 3.

[8] L'Action catholique, Québec, 25 juin 1931, p. 10.

[9] Le Soleil, Québec, 22 juin 1931, p. 2.

[10] L'Action catholique, Québec, 6 juillet 1931, p. 5.

[11] Le Soleil, Québec, 8 octobre 1932, p. 14.

[12] Le Soleil, Québec, 12 juillet 1932, p. 2.

[13] L'Action catholique, Québec, 23 juin 1932, p. 4.

[14] Le Soleil, Québec, 1er août 1932, p. 2.

[15] Le Soleil, Québec, 15 mai 1935, p. 17.

[16] Le Soleil, Québec, 13 août 1962, p. 3.

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Le chant des sirènes de la Saint-Charles