15 ans d'effets visuels pour Rodeo FX | 21 février 2022 | Article par Julie Rheaume

Une créature vue dans Stranger Things: des effets visuels signés Rodeo FX.

Crédit photo: Gracieuseté, Rodeo FX

15 ans d'effets visuels pour Rodeo FX

La firme spécialisée dans les effets visuels Rodeo FX célèbre ses 15 ans. L'entreprise fondée à Montréal est présente dans le quartier Saint-Roch depuis mars 2014. Le bureau de Québec compte plusieurs productions hollywoodiennes d'envergure parmi ses réalisations, telles la troisième saison de la série Stranger Things.

« On a ouvert (à Québec) le 10 mars 2014. C'est arrivé un peu sur un coup de dés où Sébastien (Moreau, PDG) avait l'impression qu'il fallait prendre de l'expansion localement au Québec, qu'il y avait du talent à Québec et pas seulement à Montréal. Puis qu'au lieu de constamment vouloir déraciner les gens pour les amener à Montréal, pourquoi on ne devrait pas ouvrir un studio à Québec pour attirer les talents locaux », explique Martin Pelletier, VFX superviseur et gestionnaire du studio de Québec, en entrevue le 16 février.

« On a commencé en donnant du support à l'équipe de Montréal. Au début, initialement, le mandat de Québec, c'était de trouver une façon de s'intégrer de façon naturelle au studio-mère de Montréal. On agissait en tant qu'équipe de support pour des projets qui avaient des besoins supplémentaires en ressources et en supervision. De fil en aiguille, on a fini par avoir nos propres projets et nos propres clients. On a commencé avec une capacité de travail (plus petite), car on n'avait pas encore une grande équipe. Puis, on a initié certains projets à partir du studio de Québec jusqu'à devenir un partenaire (avec) de grosses bannières », raconte M. Pelletier.

Choisir Saint-Roch

Rodeo FX
Martin Pelletier du bureau de Québec de Rodeo FX.
Crédit photo: Gracieuseté

Rodeo FX avait choisi Saint-Roch pour s'établir à Québec en raison de la présence d'autres joueurs dans la production cinématographique et le jeu vidéo. « Ça donne une synergie d'avoir tous ces gens-là, tout ce talent créatif au même endroit. Ça crée plus naturellement des échanges entre les entreprises », enchaîne-t-il.

« La Basse-Ville, c'est un endroit approprié (…). Il y a des secteurs de la ville qui sont très commerciaux et qui ont un autre type vocation totalement différente. Notre industrie est excessivement axée sur la créativité et avec la créativité, vient un milieu de  travail qui se doit de promouvoir la créativité des artistes. On ne peut pas ouvrir un bureau avec un plan gouvernemental avec des néons au plafond et des cubicules faits avec des séparateurs. Ça n'inspirera pas bien bien les gens », ajoute M. Pelletier.

Avec ses bâtiments plus âgés dont plusieurs restaurés, son architecture et son âme, la rue Saint-Joseph avait donc le cachet recherché.

Rodeo FX occupait un local sur la rue Saint-Joseph d'environ 2400 pieds carrés au départ. L'entreprise se donnait environ deux ans pour monter une équipe de « 20-25 personnes ». La croissance fut toutefois très rapide. « En dedans de six à huit mois, on s'est rendu compte qu'on allait manquer de place », enchaîne M. Pelletier. L'entreprise a ensuite doublé l'espace occupé.

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La pandémie

Une troisième expansion a ensuite vu le jour, suivie d'une quatrième. Avec la pandémie, Rodeo FX a toutefois dû revenir à des bases un peu plus modestes à Québec.

Elle occupe à nouveau un local de 4800 pieds et compte présentement une équipe d'environ 45 artistes.

L'impact de la crise sanitaire s'est fait « ressentir de façon globale sur l'industrie (du cinéma) en entier ». Plusieurs tournages pour le grand écran et des sorties en salles en notamment été décalés.

Toutefois, l'offre et la demande pour du contenu télé offert sur diverses plateformes de diffusion sont grandes. L'appétit vorace du public pour les séries est un baume pour plusieurs joueurs du milieu du divertissement, dont Rodeo FX.

« Ç'a été un ralentissement qui a surtout impacté les projets de films (…), mais on s'était déjà établi comme un joueur principal en séries télé : chez Amazon, chez HBO... Ça faisait un bon bout de temps que notre nom était fait chez HBO à cause de nos collaborations sur Game of Thrones pendant trois saisons consécutives.  S'est ensuivi Lovecraft Country. Tout ça fait en sorte que quand il y a eu un ralentissement en films, il y a eu une explosion de la demande pour tous les services de streaming en ligne! Cette demande n'a fait qu'augmenter avec le temps. Il n'y a jamais eu de baisse. De notre côté, il y a eu une augmentation et on la voit encore. Même si la pandémie s’essouffle, la demande reste la même », raconte le gestionnaire.

Actuellement, les services de Rodeo FX sont partagés à environ de moitié entre les séries télé et le cinéma, même si le pourcentage peut varier selon la demande et les contrats. La firme planche exclusivement sur des projets d'envergure internationaux. Alchimie 24, une division de Rodeo FX basée à Montréal, travaille quant à elle pour des projets québécois.

Télétravail et main d’œuvre

Pour l'instant, les équipes de Rodeo FX sont en télétravail en raison de la crise sanitaire. Lorsque les conditions le permettront, une « forte majorité » des employés comptent continuer à œuvrer en mode hybride, partageant leur temps entre le bureau de Québec et la maison.

En procédant en télétravail, il est également plus facile de recruter des employés et employées qui sont à l'extérieur de la capitale.

« L'avenir de Québec va toujours rester le même. C'est-à-dire, on souhaite toujours avoir notre pied à terre ici pour pouvoir offrir un espace de travail aux gens qui sont localement à Québec, mais on ne s’empêchera pas d'embaucher du talent qui est dans le Bas-du-Fleuve, qui est en Gaspésie, qui est au Saguenay ou qui est à Trois-Rivières ou même à Montréal... Parce que rendus là, tu peux être géographiquement n'importe où. Cela a de moins en moins d'impact sur nos équipes de production », indique Martin Pelletier.

Rodeo FX planche par ailleurs sur une stratégie de recrutement en vue de combler ses besoins de main d’œuvre. L'explosion du nombre de projets à son carnet de commandes nécessite plus de travailleurs. « Mondialement, on n'a pas assez d'artistes », dit-il. L'entreprise mise notamment sur le développement des jeunes talents, étudiants et finissants dans le domaine des effets visuels.

Projets

À Québec, Rodeo FX a travaillé sur des projets majeurs, dont plusieurs nous transportent dans des univers fantastiques. La firme œuvre notamment avec Netflix, Amazon, Disney, Marvel, HBO, Warner Bros et plus encore.

Une série inspirée du jeu vidéo à succès Halo sera présentée sur la plateforme Paramount+ à la fin de mars. « Halo va bientôt sortir. Ç'a été à 95% réalisé par l'équipe de Québec avec un peu de support de Montréal », ajoute Martin Pelletier.

Le studio a aussi planché sur Superman & Lois (The CW), série qui met en vedette le célèbre héros à cape, ainsi que sur la saison 2 de The Witcher (Netflix).

La troisième saison de la série Stranger Things de Netflix compte également parmi les « gros projets » réalisés dans la capitale. Rodeo FX l'a complétée en 2019. L'entreprise planche actuellement sur la quatrième saison de la populaire émission.

Les équipes de Québec ont aussi contribué aux films Jungle Cruise (Disney) et Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings (Marvel), même si la majeure partie du travail s'est faite à Montréal pour ces productions.

Des effets partout!

Lorsqu'on pense aux effets spéciaux, on pense automatiquement aux créatures et univers fantastiques, à la science-fiction ou à l'horreur. Toutefois, les effets visuels nous permettent aussi de voyager dans le passé ou d'altérer le présent. Ils sont partout et ne servent pas juste à créer des monstres!

Rodeo FX a notamment planché sur la série d'époque The Gilded Age (HBO) de Julian Fellowes (Downton Abbey), qui nous transporte à New York à la fin des années 1880.

La boîte a aussi travaillé sur les effets de la quatrième saison de The Marvelous Mrs. Maisel (Amazon). On y raconte les aventures d'une mère de famille qui suit son rêve de devenir humoriste à la fin des années 50-début 60.

« Les gens seraient estomaqués de voir la quantité d'effets visuels invisibles. C'est une spécialité dans l'industrie qui est méconnue de par le fait que le but premier, c'est que personne ne puisse les identifier. À peu près toutes les productions ont besoin d'un minimum d'effets invisibles pour arriver à livrer un projet final. Ça se prête autant aux productions locales québécoises, aux séries télé québécoises, qu'à n'importe quel film de Hollywood. Il n'y a plus aucun projet qui ne nécessite pas d'effets visuels sous quelconque forme », conclut Martin Pelletier.

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