Voisins, voisines d’ailleurs : immersion dans la vie des immigrant.e.s de Québec | 28 octobre 2021 | Article par Viktoria Miojevic

Sur l'image, de gauche à droite: Pascal Larose, Clarissa Rebouças et Felippe Martin les cinéastes, ainsi que la participante Mariam Désirée Ouattara.

Crédit photo: Gracieuseté SPIRA

Voisins, voisines d’ailleurs : immersion dans la vie des immigrant.e.s de Québec

Quelles raisons poussent les immigrants à partir? Comment vivent-ils leur arrivée à Québec? L'installation « Voisins, voisines d'ailleurs » nous plonge dans les réalités d’immigrants. En plusieurs étapes, au fil des images et des voix diffusées par deux cinéastes et une journaliste, on peut entrevoir ces différents parcours migratoires.

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Représenter la diversité des parcours migratoires

Deux cinéastes, Felippe Martin et Clarissa Rebouças, ainsi qu’une journaliste-correspondante RFI, Pascale Guéricolas, ont travaillé sur ce projet tout au long de la pandémie.

Le défi de Voisins, voisines d’ailleurs tient à sa capacité à représenter la diversité des expériences migratoires. À travers un parcours multisensoriel, l’exposition aborde les réalités des personnes arrivées dans la région de Québec, installées de façon permanente. Elle allie contenu audiovisuel et parcours immersif.

Le vécu des immigrants en est le point de départ. Dans la région de Québec, des deux tiers aux trois quarts des immigrants sont des immigrants économiques. Voisins, voisines d’ailleurs va au-delà des réalités des immigrants économiques, en intégrant aussi des demandeurs d’asile, des réfugiés et le parrainage familial.

Les neufs participant.e.s qui témoignent viennent des quatre coins du monde : Asie, Afrique, Amérique du sud, Europe et Amérique du nord. La diversité de genre y est aussi représentée.

À la question de savoir ce qui a le plus marqué les fondateurs du projets, Pascale Guéricolas confie que c’est « la confiance accordée par les neuf témoins qui nous ont ouvert leur cœur, nous ont partagé ces moments parfois difficiles et dont les parcours ne sont pas toujours heureux ». Elle ajoute que même pour les personnes pour qui les choses se passent très bien, des obstacles peuvent surgir.

« Quand on s’intéresse à l’autre, les choses se déroulent sous le thème de la rencontre et la confiance mutuelle », décrit Pascale Guéricolas.

Pour Clarissa Rebouças, c’est « la solidarité, l’empathie, car en plus de la bureaucratie et des papiers, c’est surtout la rencontre avec les autres qui nous aide en tant qu’immigrant. Ça nous aide à nous intégrer ici et comprendre les choses ». Parler français, travailler ou faire partie d’un groupe sont souvent le fruit des rencontres nées de l’immigration.

Retracer les défis de l’immigration

L’objectif de Voisins, voisines d’ailleurs, c'est de partager avec les habitants de Québec les réalités vécues par ces « voisins, voisines », ainsi que les raisons qui les ont poussés à s’installer dans le « grand village ».

« Notre proposition, c’est de faire un parcours dans lequel ils vont voir plusieurs étapes de l’immigration », décrit la cinéaste. Loin des livres descriptifs ou des articles, elle ajoute :

«  On est vraiment dans l’expérience. Il y a l’aéroport, une zone bureaucratique, la partie santé liée aux examens médicaux. Et il y a une partie dans laquelle on parle des diplômes, puis du vécu », explique Clarissa Rebouças.

Elle rappelle que beaucoup d’immigrants qui arrivent à Québec n’ont pas leur diplôme reconnu. « Il faut alors repartir à zéro », indique-t-elle.

En complément de ces témoignages, on retrouve dans Voisins, voisines d’ailleurs des statistiques ou des informations sur les procédures d'immigration.

« Ce dont on avait envie, c’est qu’on entende le vécu des personnes qui ont cette expérience d’immigration. On ne voulait pas que ça passe par des porte-paroles, des chercheurs, des études. Toutes les données factuelles, on les voulait au service d’un message humain », développe Pascale Guéricolas.

Boucles sonores, vidéo, projections, installations en 3D, objets sont au cœur du dispositif artistique de Voisin, voisines d’ailleurs.

« Qu’est-ce qu’il entend quand il [l'immigrant] téléphone à Immigration Canada? Quand il arrive à l’aéroport  Qu’est-ce qu’il voit quand il attend chez le médecin, pour sa visite médicale en lien avec son processus d’immigration? », interroge Pascale Guéricolas.

Voisins, voisines d’ailleurs,c'est à la fois « le cœur et la raison », résume la journaliste. Elle s'avoue lassée « des endroits, des expositions, des types de consommation de la culture dans laquelle on ne fait qu’apprendre avec un texte ou une image ». La cinéaste ajoute que le contenu audiovisuel et le parcours apportent une expérience physique inédite.

Deux cinéastes et une journaliste

L’idée de départ vient d'une journaliste, Pascale Guéricolas, arrivée de France il y a une trentaine d'années. Dans son travail, elle s’intéresse aux enjeux d'immigration comme le manque de main-d’œuvre et les demandes d’asile politique.

Après avoir vécu trente ans à Québec, la journaliste affirme avoir « vu la ville énormément  changer, évoluer, se diversifier ». Entre intérêt professionnel et citoyen, elle a présenté le projet à SPIRA. À l'appel de projet, ont ensuite répondu les deux cinéastes : Clarissa Rebouças, qui vient du Brésil, et Felippe Martin, originaire de la Colombie.

Clarissa Rebouças réalise d'ailleurs des documentaires et webséries sur la thématique de l’immigration.

« L’idée de produire une installation m’a interpellée. Artistiquement, c’est un chemin que je commence à tracer. C’était une possibilité d’explorer un peu plus l’installation. Et puis les sujets d’immigration, je les connais très bien, selon ma propre expérience. »

Cinq balados documentaires pour prolonger l’expérience

Les balados sortent ce 28 octobre. On pourra les écouter sur le site web du Soleil. Ils permettent d’aller plus loin que les récits au cœur de l'exposition Voisins, voisines d’ailleurs et peuvent être écoutés indépendamment l’exposition, précise la journaliste.

L'exposition est présentée au Musée de la civilisation jusqu'au 23 janvier 2022.

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