<em>Le polygraphe</em> : superbe adaptation! | 18 septembre 2021 | Article par Mélanie Trudel

Scène de la pièce Le polygraphe, au Théâtre La Bordée, septembre 2021

Crédit photo: Vincent Champoux

Le polygraphe : superbe adaptation!

C’est un bien agréable moment que nous offre le chaleureux théâtre La Bordée, avec la pièce Le polygraphe. Le texte de Marie Brassard et Robert Lepage a très bien vieilli. La mise en scène de Martin Genest, assisté d’Émile Beauchemin, est fantastique!

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La particularité de cette présentation est la bimodalité d’assistance : nous avons le choix de nous procurer des billets côté salle ou côté scène. Pour ma part, j’étais assise côté scène et j’ai adoré l’expérience! Cela nous permet de voir le public comme si nous étions les comédiens, ce qui apporte une intéressante perspective. Voir les techniciens s’activer derrière les pans du décor et les comédiens se retirer sur le côté en attendant leur tour de parole, tout en profitant pleinement de la pièce, c’est un peu comme utiliser en simultanée les deux côtés de son cerveau : le côté qui profite du moment et le côté qui analyse la structure!

Mais je vous rassure, si vous êtes assis côté scène, vous ne manquerez rien : toute la pièce est construite de sorte que les deux côtés de l’assistance puissent bénéficier du meilleur résultat!

Ambiance mystérieuse, petit immeuble au centre de la scène, lucarne illuminée dans la nuit noire… La pièce débute par un bulletin de nouvelles annonçant le meurtre d’une jeune femme dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, à Québec. S’ensuit un chassé-croisé de scènes qui, rodées au quart de tour, nous transportent d’un tableau à l’autre avec une agilité saisissante. Elles s’enchaînent, allant de lieux, à époques, à souvenirs du passé, au moment présent, avec une aisance qui nous captive.

Scène de la pièce Le polygraphe à La Bordée.
Michel Nadeau, Mary-Lee Picknell-Tremblay et Steven Lee Potvin offrent une prestance sur scène d’un naturel très apprécié!
Crédit photo: Vincent Champoux

Le jeu des comédiens est d’une simplicité extraordinaire, très réaliste. Michel Nadeau, Mary-Lee Picknell-Tremblay et Steven Lee Potvin offrent une prestance sur scène d’un naturel très apprécié! Dans un univers où le surjouage fait partie de plusieurs mises en scène, avoir l’impression d’être assise avec eux, dans le même restaurant, de voir des mouvements normaux, des attitudes crédibles, c’est comme un cadeau qui nous amène à faire partie intégrante du contexte, de l’émotion, de l’histoire. Chaque petit mouvement est fascinant à regarder, chaque petit détail du jeu : secouer son manteau mouillé de pluie, essuyer une larme, soupirer de tristesse quand personne n’est présent… Il y a un petit quelque chose qu’on reconnaît de nous-mêmes dans ces gestes quotidiens, qui sont souvent omis ou moins perceptibles au théâtre. En fait, on a l’impression de regarder un film, de faire partie d’un film! C’est savoureux d’observer leur évolution!

Reflétant de manière très simple et touchante les souffrances et inquiétudes quotidiennes comme les grands traumatismes des personnages, chaque tableau est méticuleusement préparé pour nous faire ressentir les émotions véhiculées. Les décors de Jean-François Labbé, les arts numériques de Herman Kolgen, les éclairages de Laurent Routhier et les ambiances sonores de Yves Dubois supportent toute la pièce et la rendent puissante, belle, torturée, drôle, merveilleuse. Les effets spéciaux, tout comme les éléments mobiles du décor, sont ingénieux et stimulants, contribuant à nous immerger dans cet univers de manière très convaincante. Nous assistons, ébahis et transportés, à une magnifique manifestation de multidisciplinarité épatante à tous les niveaux!

Cette histoire des plus intrigantes nous tient en haleine du début à la fin. Le polygraphe, d’une durée de 1 h 20, est un moment de théâtre très bien investi!

La pièce Le polygraphe est présentée depuis le 14 septembre et jusqu'au 9 octobre 2021 au théâtre La Bordée.

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