Saint-Roch dans les années 1970 (38) : la côte Badelard | 13 décembre 2020 | Article par Jean Cazes

La côte Badelard en 1974. Vue en direction ouest.

Crédit photo: Archives de la Ville de Québec

Saint-Roch dans les années 1970 (38) : la côte Badelard

La série « Saint-Roch dans les années 1970 » revisite le passé du quartier à travers des images d’archives de diverses sources.

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Immortalisée le 11 novembre 1974, la photo en entête est tirée d’un négatif représentant la côte Badelard. On y voit un panneau qui mentionne : « Interdite aux véhicules durant la saison froide. Côte dangereuse. » Le panneau est bilingue (description des Archives de la Ville de Québec).

De cet endroit s’ouvrait une perspective sur une partie des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. À l’horizon, la silhouette du Centre d’hébergement Notre-Dame-de-Lourdes – anciennement un HLM érigé en 1972 – est aujourd’hui masquée par les arbres.

Placée dans la galerie en fin d’article, cette scène a été revisitée le 3 décembre 2020.

Une histoire qui a marqué l’imagination

Photo de la côte de la Négresse, ainsi nommée à l’époque, en 1898. On remarque la présence d’un trottoir pour les piétons qui disparaitra à la suite de l’installation de l’escalier vers 1902. Un revêtement de pavé sera également ajouté ultérieurement.
Crédit photo: BAnQ - Fonds Philippe Gingras

Dans le Bourdon du FaubourgJérôme Ouellet dresse un portrait très documenté de l’histoire de cette voie. Celle-ci relie les quartiers Saint-Roch et Saint-Jean-Baptiste en zigzaguant dans le dénivelé qui délimite la haute-ville de la basse-ville.

L’historien et archiviste souligne qu’à ce niveau, un chemin avait déjà été emprunté par les troupes françaises lors de leur repli à la suite de la bataille des Plaines d’Abraham (13 septembre 1759). « Au XIXe siècle, la côte semble perdre de son importance puisqu’elle n’apparaît plus systématiquement sur les plans de la ville. » Le nom de « côte de la Négresse » est attribué à cette voie par la population vers la fin du XIXe siècle, « apparemment en référence à une tenancière noire habitant à proximité ». C’est à la même époque que la Ville entreprend la reconstruction de la côte. Vers 1902, un escalier public est aménagé afin de faciliter la circulation des piétons entre les faubourgs. Enfin, le conseil municipal adopte en 1921 un règlement changeant le nom de la côte dans le but d’honorer la mémoire de Louis-Philippe-François Badelard (1728-1802), militaire et chirurgien.

Pour sa part, l’auteur de l’ouvrage Du bon usage du palmarèsRichard Baillargeon, fait remarquer à propos de l’ancien nom de la côte qui a longtemps marqué l’imagination populaire :

« Ce nom semblait déjà causer une certaine gêne au début des années 1950. Dans la chanson “La belle Québécoise” chantée par Gaétan Proulx avec le groupe de Roger Aubry, il est fait mention de “ …sur la côte Allégresse, dans une maison de pension… ”. Sans doute pour éviter d’utiliser un mot-en-N? À moins que ne ce soit par crainte d’être associés “au vice”?

D’ailleurs, la chanson fait aussi allusion au jeu “trois as et pique atout” donc une des causes de “criminalité” était peut-être la présence d’une maison de jeu… sans doute attenante à l’entreprise de la Madame. »

L’expert en musique populaire nous invite à écouter le passage cité sur la Compilation 78 tours Gaétan Proulx (country québécois années 1950), à 32 min. 58 sec.

Marcel Landry, le « bon génie du poteau de la côte Badelard »

Hommage à Marcel Landry. Juin 2020.
Crédit photo: Suzie Genest

En juin dernier, les témoignages de sympathie se sont multipliés pour souligner le départ de Marcel Landry, un résident engagé exemplaire du quartier Saint-Roch. Qualifié de « bon génie du poteau de la Côte Badelard », il décorait régulièrement le poteau d’électricité devant sa maison de la rue Arago, au coin de la côte, en reprenant la philosophie de l’Ilot Fleurie pour lequel il s’était entre autres impliqué.

Le geste citoyen de Marcel Landry a été immortalisé en 2013 dans un document vidéo (L’esprit du lieu – Les porteurs de traditions).

Archives de la Ville de Québec

De nombreuses images archivées de la Ville de Québec comme celle en vedette sont disponibles en ligne. On peut en faire la diffusion sans licence et sans frais en utilisant les vignettes estampées au logo de la Ville et en citant correctement les sources.

Voir le billet précédent de la série : Saint-Roch dans les années 1970 : la Saint-Charles « bétonnée ».