Natalie Jean : sensibilité et magie au quotidien | 9 avril 2020 | Article par Anny Bussières

Crédit photo: Caroline Jean

Natalie Jean : sensibilité et magie au quotidien

Ses carnets, qui l’accompagnent dans ses pérégrinations quotidiennes depuis toujours, débordent d’idées, de dessins et de réflexions. Elle y pige allègrement afin d’alimenter son boulot d’écrivaine, puisant également dans ses anecdotes personnelles la matière à l’origine des neuf nouvelles composant son plus récent recueil Le goût des pensées sauvages.

Natalie Jean, auteure du quartier Saint-Roch ayant déjà plusieurs ouvrages à son actif, s’attarde principalement aux multiples facettes de notre humanité commune : la gestion des émotions, l’apprivoisement des deuils, les relations qui nous unissent à nos semblables, la quête du bonheur et des moments, brefs, qui nous font vibrer intensément. Les personnages de Natalie Jean ne cherchent pas la rédemption, mais aspirent à être présents, ancrés, conscients et vecteurs de changement.

Dans « Canicule », une nouvelle subtilement sensuelle, un artiste, attablé devant une bière froide dans un petit bar de Limoilou, dessine dans son carnet les courbes d’une jeune femme assise près de lui, en qui il reconnaît un amour passé. Les phrases courtes, directes, illustrent bien l’urgence et la résurgence des sentiments et des souvenirs. Par un retour en arrière efficace, on assiste à la rencontre de ces deux êtres lumineux pour qui l’amorce d’une relation s’effectue à tâtons, lentement, à l’écoute de l’autre.

La protagoniste de la nouvelle « Le goût des pensées sauvages », en situation de crise, incomprise et carrément invisible pour son entourage, reprend plaisir à la vie à la rencontre d’une jeune femme assumant totalement sa folie, ses fous rires et la beauté des petits moments furtifs. C’est pétillant, c’est léger, c’est libre, ça sent bon le champagne et les souvenirs de jeunes adultes dans le Vieux-Québec.

« Un jour peut-être », l’étoile filante du recueil, imprime un sourire aux lèvres et nous transporte dans notre enfance, ces soirées d’été où l’on pouvait aller au lit plus tard, après avoir joué dehors, nu-pied et en pyjama. La jeune fille du récit profite d’un moment privilégié avec son père pour découvrir la force et la beauté des gestes banals, quotidiens, magiques.

Natalie Jean a un sens de l’image puissant et évocateur (la pluie de pétales illumine l’esprit et on sent les fleurs sauvages sur le bord de la rivière Saint-Charles), une facilité à construire des phrases d’une poésie tout en douceur et un intérêt pour les souvenirs comme moteurs de l’identité et du mouvement.

Avec la ville de Québec en personnage secondaire ou en toile de fond, les nouvelles du recueil tissent des liens solides avec nos propres parcours de vie. On en oublie rapidement les petites maladresses de style et les chutes parfois convenues. Car après tout, c’est ce qui fait le charme du recueil, et de la vie : sans aspérités ni imperfections, notre existence manquerait rudement de personnalité! Un livre à lire à voix haute, pour la beauté et l’émotion.

Natalie Jean, Le goût des pensées sauvages, Montréal, Leméac, 2020.