Le fabuleux destin des Biscuits Leclerc | 16 décembre 2020 | Article par Julie Rheaume

L'usine des Biscuits Leclerc en 1932, sur la rue Saint-Vallier est.

Crédit photo: Collection personnelle Jean-Robert Leclerc. Courtoisie.

Le fabuleux destin des Biscuits Leclerc

L’historienne alimentaire Catherine Ferland se penche sur l’histoire d’une entreprise bien de chez nous dans son nouveau livre Les Biscuits Leclerc : Une histoire de cœur et de pépites, publié chez Septentrion. Malgré un succès qui dépasse nos frontières, la compagnie est demeurée de propriété québécoise depuis sa fondation en 1905. Mme Ferland a notamment puisé dans les archives de la famille pour créer un livre fascinant, autant d’un point de vue historique que sociologique.

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Les Biscuits Leclerc : Une histoire de cœur et de pépites a vu le jour après que Catherine Ferland ait eu « le privilège de travailler de très près avec Jean-Robert Leclerc, qui se trouve à être de la troisième génération de dirigeants Leclerc de la famille. M. Leclerc avait envie de se raconter, de raconter son histoire », explique-t-elle. Il était alors à la recherche d’une personne pour l’aider dans cette tâche, et les services de l’historienne ont été retenus. De cette collaboration sont nés des livres disponibles en édition privée, non offerts au grand public.

Mme Ferland a toutefois constaté un grand intérêt de la part des gens pour les Biscuits Leclerc. Elle a donc décidé de proposer un ouvrage sur cette entreprise à son éditeur Septentrion, projet qui a aussi reçu l’aval de la famille Leclerc. Elle a donc pu aller de l’avant avec cette aventure, raconte-t-elle en entrevue téléphonique.

L’entreprise Biscuits Leclerc naît en 1905 dans la cuisine familiale de François Leclerc et de Zélia Richard, dans le quartier Jacques-Cartier (Saint-Roch) de Québec. Après certaines relocalisations ou agrandissements et un incendie en 1931, elle s’installe sur la rue Saint-Vallier Est. Elle y demeurera jusqu’en 1992 avant de concentrer ses opérations à Saint-Augustin-de-Desmaures.

Lorsque l’entreprise était dans Saint-Roch, des odeurs de biscuits Feuille d’érable, à la mélasse ou à la confiture embaumaient le quartier, ont raconté des aînés à l’historienne. « Les gens s’en souviennent », lance-t-elle.

Matériel inédit

Les Biscuits Leclerc : Une histoire de cœur et de pépites comporte plusieurs photos et documents tirés des archives de la compagnie, tels factures et bons de commandes. L’ouvrage comprend plusieurs éléments inédits.

« Ce sont des photos dans bien des cas, qui dormaient dans des boîtes chez M. Leclerc », explique Mme Ferland. Celles-ci avait été très peu mises en valeur au fil des ans, raconte l’historienne. Certaines avaient été présentées sur le site web de la compagnie, mais très peu. Beaucoup de matériel a ainsi refait surface « depuis les années 1950, 60 ou 70 », dit-elle.

Des biscuits Leclerc assortis, en 1975.
Crédit photo: Collection personnelle Jean-Robert Leclerc. Courtoisie.

« Je suis tombée là-dedans comme une enfant dans le plat de bonbons. C’était vraiment, comme « Wow! » Quand j’ai vu des images des shootings photos publicitaires des années 1950-60, j’ai fait « Voyons-donc, c’est donc bien génial »! J’avais accès à du matériel de première main et j’ai pu utiliser absolument tout ce que je voulais », raconte l’historienne.

Au fil de ses recherches, Mme Ferland a aussi été bien surprise d’apprendre que la compagnie a été une pionnière en matière de marques maison d’épiceries « Leclerc a été le premier à faire des biscuits pour la bannière Steinberg », dit-elle. D’autres chaînes ont embarqué et peu à peu, Leclerc s’est mis à fabriquer des biscuits sous son nom et pour divers détaillants, raconte-t-elle.

La grande Histoire

Dans Les Biscuits Leclerc : Une histoire de cœur et de pépites, Catherine Ferland situe également les événements qui ont marqué l’existence du fabriquant de biscuits dans un contexte historique et sociologique.

« J’ai voulu voir comment cette petite histoire s’inscrit dans la grande Histoire avec un grand H, pour redécouvrir un peu l’histoire du Québec à travers l’histoire de cette entreprise et de cette famille. Par exemple, on voit arriver la mécanisation. Ce n’était pas seulement chez Leclerc, c’était partout… L’industrialisation, l’arrivée des syndicats, l’arrivée de l’informatique. Comment on traverse des événements comme la récession des années 80. Tout ça m’intéressait beaucoup. Je pense avoir pu mettre ça en valeur dans le livre que je présente au public », explique Mme Ferland.

Mme Ferland aime également mettre en lumière l’apport des femmes au sein de telles entreprises. « Les femmes sont toujours là, mais leur rôle est souvent mis de côté selon les époques », dit-elle.

Entreprise familiale

Au fil des ans, les Biscuits Leclerc sont restés de propriété québécoise. Certaines compagnies familiales sont parfois avalées par des géants canadiens ou internationaux, ce qui n’est pas le cas avec cette entreprise. D’autres ferment parfois tout simplement leurs portes.

« Ça, je trouve ça fantastique. Je ne trouve qu’on en entend pas assez parler. Au Québec, des entreprises qui durent comme ça, plus de 100 ans, ça se compte sur les doigts des mains. Et lorsqu’on (pense) aux entreprises qui sont aux mains d’une même famille, c’est minime. Il y en a très peu , soutient l’historienne. Ça mérite d’être mis en lumière. »

Les Biscuits Leclerc: une histoire de coeur et de pépites, de Catherine Ferland.
Crédit photo: Gracieuseté Septentrion

À la toute fin des années 2000, des tensions sont toutefois venues marquer l’histoire des Leclerc. « Quand on parle d’une famille d’entrepreneurs, comme les Leclerc – ça se vérifie dans d’autres familles qui sont en affaires – on a souvent en face de nous des gens qui ont des tempéraments très affirmés. Dans certaines circonstances, hélas, ça peut faire des flammèches », répond l’auteure lorsqu’on soulève ces conflits.

« La famille a réussi à surmonter ça, puisque aujourd’hui, on est encore en face d’une famille en affaires qui est très prospère. Là, il y a même la cinquième génération qui a commencé à œuvrer au sein de l’entreprise », ajoute-t-elle.

Expansion

L’entreprise a pris beaucoup d’expansion au fil des ans et voit maintenant ses produits distribués hors nos frontières. Elle possède aussi des usines en Ontario et aux États-Unis.

Aujourd’hui, les produits de Leclerc sont disponibles sur le marché international, dans des pays comme les États-Unis, la France, l’Afrique du Sud, le Japon et l’Australie, entre autres, selon Mme Ferland.

« Il y a donc une propagation impressionnante du petit biscuit qui est né dans le quartier Saint-Roch », conclut-elle.

Prochain livre

Catherine Ferland, dans son prochain livre, va se pencher sur l’histoire et le traitement de la mort à Québec. Cet ouvrage devrait voir le jour en 2022 ou 2023 chez Septentrion.

Les Biscuits Leclerc : Une histoire de cœur et de pépites. Auteure : Catherine Ferland. Éditions Septentrion. 224 pages.