<em>Les mouvements nécessaires</em> : traces insulaires à la proue de Méduse | 20 novembre 2019 | Article par Suzie Genest

Crédit photo: Guy Bélanger

Les mouvements nécessaires : traces insulaires à la proue de Méduse

Dans la galerie d’Engramme jusqu’au 20 décembre, Gabrielle Bélanger invite les visiteurs à se mouvoir, tels une marée en plein hiver, dans l’univers insulaire émergeant de sa résidence d’été aux Îles-de-la-Madeleine.

Depuis sa mise en route, La Carriole, unité de sérigraphie mobile née d’une collaboration avec Engramme et PECH-Sherpa, a visité avec Gabrielle Bélanger plusieurs lieux et événements à Québec. L’été dernier, durant un mois et demi, celle qui possède une formation en art et en travail social a sillonné cette fois les Îles-de-la-Madeleine en se laissant guider par des Madelinots, en mode voyage.

« Mon processus est un peu comme ça, très dans le ici, maintenant… Partir des lieux, de ce qui se passe… C’était ça le concept, me pitcher dans le vide, aller ailleurs. J’ai joué cette game-là jusqu’au bout. […] J’accueillais les accidents, comme quand tu pars… Ah, je vais tourner par là… Il y a des doigts sur mon papier? Bon, ok : comment je peux utiliser ça… »

La rencontre

« Ma matière première, c’est vraiment la rencontre. Mon prétexte pour aller à la rencontre des gens, c’était de questionner : qu’est-ce qui fait qu’on décide de partir, qu’est-ce qui fait qu’on décide de rester quelque part? […] Je suis allée dans un lieu pour rencontrer les gens, mais les gens m’ont rapidement emmenée dans les lieux. Je leur demandais : c’est quoi, tes repères, dans la vie? Le sable super fin sur telle plage, le coucher de soleil sur telle falaise… C’était beaucoup des éléments de la nature. […] Pour expérimenter ces états-là, je me rendais voir c’était quoi, cette falaise, ce coucher de soleil, ce repère, pour cette personne. »

Des images croquées à ces endroits ont servi ensuite à redessiner les lieux avec les participants. Par la suite, l’artiste a suscité de nouvelles rencontres, alors que d’autres personnes se sont jointes à elle et aux premiers participants pour prendre part à l’impression des images avec La Carriole.

« Ces dessins-là témoignaient de ces rencontres, et c’est le matériel avec lequel je suis repartie. Ça et les petites performances que j’ai faites sur les lieux où on m’avait dit d’aller. Et ce que j’ai ramassé en route. Il y avait […] ce que j’abordais avec les gens, mais aussi ce que je vivais moi, là-dedans, ce déracinement-là et ce retour. »

Partir, revenir, laisser des traces

À son retour, la résidence s’est poursuivie au centre d’artistes en estampe de la Coopérative Méduse. Gabrielle Bélanger y a développé deux installations qui misent sur la participation – le mouvement transformateur – des visiteurs.

« Mon projet, c’est devenu : les traces qu’on laisse sur les gens et les traces qu’on laisse sur les lieux. Au-delà du point de départ de pourquoi on reste, pourquoi on part, il y a ça : c’est quoi la marque qu’on laisse. Il y a un lien très clair avec l’estampe, dans l’idée de l’empreinte. »

Lors du vernissage, les visiteurs étaient invités à « éroder » les paysages de la première installation des Mouvements nécessaires.
Crédit photo: Guy Bélanger

Lors du vernissage, des morceaux de papier sablé préparés par l’artiste attendaient les visiteurs. Ils étaient invités à gratter les œuvres de la première installation, au mur du côté de la rue de Saint-Vallier, pour ainsi révéler par l’érosion un second paysage caché sous celui visible en surface. Des tests avec des couches de bois et de vernis ont permis à l’artiste de mettre au point ce concept.

L’autre installation, au sol, forme un archipel de sable et de sel. Les visiteurs, en longeant, traversant et touchant ces îles, font plus ou moins apparaître ou disparaître les images d’eau sous le sable et le sel, formant des monts, des plages… Dans l’environnement sonore, on reconnait les vagues, le vent, mais aussi l’étonnant bruit du sable des Îles-de-la-Madeleine sous les pieds.

L’exposition fait un usage particulièrement heureux de galerie vitrée d’Engramme, située, pourrait-on dire, à la proue de Méduse, dans sa partie allongée à la jonction de la rue de Saint-Vallier et de la côte d’Abraham. À travers les vitrines pour une rare fois entièrement dégagées, vents, rafales, flocons et déplacements de l’extérieur s’ajoutent aux Mouvements nécessaires.

On peut visiter Les mouvements nécessaires jusqu’au 20 décembre, du mercredi au dimanche, de midi à 17 h, à la galerie d’Engramme.

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