<em>Mme G.</em> : fière-pet de sa vie | 18 janvier 2018 | Article par Léa Fischer-Albert

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Mme G. : fière-pet de sa vie

Le Théâtre de la Bordée accueille jusqu’au 10 février Mme G, de Maxime Beauregard-Martin, mis en scène par Maryse Lapierre. Dans ce docu-théâtre, on rencontre Mme G., alter-ego de Mme Thérèse Drago, propriétaire du fameux bar la Grande Hermine puis tenancière d’un bar clandestin dans son appartement, deux chefs-lieux de la vie nocturne à Québec pendant près de 50 ans.

Marie-Ginette Guay est époustouflante en Mme G.
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Maxime Beauregard-Martin a rencontré la vraie Thérèse Drago une seule fois. À quelques reprises durant la pièce, les spectateurs entendent l’enregistrement de cet entretien. Le spectacle, dont la dramaturgie est particulière, dépeint quelques pans de la vie de Mme Thérèse, devenue Gisèle sur scène. Plusieurs retours en arrière présentent la bienveillance avec laquelle Mme G. accueillait les prostituées et leurs clients dans son bar la Grande Hermine. Certains diraient qu’elle était propriétaire d’un bordel, d’autre soutiendraient qu’elle offrait plutôt un lieu neutre et sécuritaire pour tous ceux qui respectaient les nombreuses règles qu’elle avait mises en place.

Au présent, on observe la quête de l’auteur, Maxime Beauregard-Martin, qui joue ici son propre rôle avec un bon sens de l’autodérision. On le voit s’arracher les cheveux de désespoir lorsqu’il n’a plus de nouvelles de Mme G., en répétition avec des comédiens qui lisent son texte, ou lors de sa rencontre avec elle, assis à côté de son lit.

Des interprètes sensibles

Maxime Beauregard-Martin et Marie-Ginette Guay dans Mme G.
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Marie-Ginette Guay interprète une Mme G. plus grande que nature. On comprend tout à fait pourquoi elle a obtenu le Prix de l’interprétation féminine de l’Association québécoise des critiques de théâtre en 2016. Sans aucun jugement, avec beaucoup de justesse, d’empathie et d’amour, elle offre sur scène une Mme G. devenue un pilier dans la vie de plusieurs personnes qui l’ont connue durant ses 50 années de vie nocturne.

Les années fastes de la Grande Hermine (ouverte entre 1961 et 1994) puis la quinzaine d’années à tenir un bar clandestin dans son demi sous-sol du quartier Montcalm lui ont permis de venir en aide à de nombreuses âmes esseulées. « On n’obtient pas toujours la grâce de ceux à qui on l’a donnée », soutient-elle à plusieurs reprises dans le spectacle. La grâce était peut-être difficile à obtenir, mais le respect envers Mme Thérèse ne manquait pas. Le spectacle en est empreint dans toutes les scènes.

Un point fort de l’œuvre réside dans les scènes musicales. Patrick Ouellet, très juste interprète de Daniel, le coloc-bouncer de Mme G. lors de ses années clandestines et aussi interprète de Thierry, le pianiste-bouncer de la Grande Hermine, joue du piano durant tout le spectacle. La scène où Monika Pilon, interprétant un prostituée, chante « Les Feuilles mortes » alors qu’il l’accompagne en musique, est touchante. Sans tomber dans la comédie musicale, la musique jouée sur scène amène une ambiance de cabaret fort joyeuse qui devait régner dans la Grande Hermine.

Être fiere-pet de sa vie

Marie-Ginette Guay, en Mme G.
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Mme G. a vécu une vie faste et bien remplie. Elle est « fiere-pet de sa vie », comme elle le souligne à de nombreuses reprises sur scène. Le docu-théâtre, où la réalité côtoie très bien la fiction, lui donne raison. Elle a eu de quoi être fière d’avoir tendu la main aux plus vulnérables, parfois envers et contre tous, même ceux qu’elle soutenait. Maxime Beauregard-Martin dépeint la dame et les gens qui ont gravité autour d’elle avec bienveillance, comme le faisait Mme G. avec sa clientèle. On sort de la salle avec l’impression d’avoir assisté à un grand hommage, en plus d’avoir beaucoup ri!

Mme G. est présenté au Théâtre La Bordée du mardi au samedi jusqu’au 10 février : voir l’horaire et les tarifs.