MBH, une entreprise aux valeurs saint-rochoises | 3 avril 2018 | Article par Céline Fabriès

Crédit photo: Céline Fabriès

MBH, une entreprise aux valeurs saint-rochoises

L’entreprise spécialisée dans le mobilier de bureau MBH fête ses 60 ans. Créée en 1958 au 860 rue du Roi à Saint-Roch, sous le nom Échange de meuble, vente de mobilier usager, l’entreprise n’a jamais quitté le quartier, malgré les difficultés économiques de celui-ci au cours des dernières décennies.

À la tête de MBH, Gilles Tanguay, 72 ans et « p’tit gars » de Saint-Roch, en est propriétaire depuis 42 ans. Il a commencé en 1972 à travailler comme gérant pour le commerce, qui est devenu entre-temps Mobilier de bureau et d’hôpital de Québec. Ils étaient alors trois employés. En 1976, les trois compères ont décidé d’acheter l’entreprise en perte de vitesse et de déménager dans le local actuel. Sauf que l’achat n’a pas été simple, la banque refusant de leur prêter de l’argent.

Dans l’entente, on achetait l’entreprise 2 000 $ et une marge de crédit contractée par l’ancien propriétaire de 15 000 $. Le banquier nous a dit de nous trouver un autre travail. À la place, on a hypothéqué nos maisons », relate Gille Tanguay. « Le banquier, il regarde juste les chiffres, mais nous, on savait pourquoi ça ne marchait pas et ce qu’il fallait faire pour relancer l’entreprise », poursuit-il.

Quatre plus tard, Gilles Tanguay est devenu l’unique propriétaire. En 1982, l’entreprise a changé de nom pour devenir Mobilier de bureau MBH. Aujourd’hui, l’entreprise de Saint-Roch emploie 40 personnes à temps complet, dont deux ont 40 ans et 37 ans d’ancienneté. L’entreprise compte également des travailleurs à mi-temps, cinq gros camions et deux petits. Le secret de Gilles Tanguay pour devenir un leader dans son domaine commercial? Le travail.

Le travail pour moi est très important, c’est ce qui m’a permis de sortir de la pauvreté. Plusieurs de mes plus vieux employés me ressemblent. Ce sont des gens qui ont été élevés dans Saint-Roch, Saint-Sauveur ou Saint-Jean-Baptiste. Ils ont fréquenté le patro Saint-Vincent-de-Paul. Ils ont donc de bonnes valeurs. »

Tous ces efforts ont été récompensés en 2003 par un prix Stellaris décerné par la Chambre de commerce de Québec à la meilleure entreprise de commerce de détail de la région.

Une « gestion paternaliste »

Monsieur Tanguay prend également soin de ses employés avec « une gestion paternaliste », comme lui a dit sa fille, alors étudiante en administration.

Je lui ai demandé si c’était bon, elle m’a répondu : si le père est bon, oui; si le père n’est pas bien, non », raconte-t-il en riant.

Selon Gilles Tanguay, le patron doit donner l’exemple. En 2014, l’entreprise a connu des difficultés financières, mais a réussi à se maintenir à flot en gardant tous ses employés grâce à la décision de Gilles Tanguay de baisser son propre salaire.

C’est un peu comme ma famille. Il n’y a aucun employé qui a perdu sa job ou qui a eu une diminution de salaire. Il y a juste pas eu d’augmentation cette année-là. La plus grosse partie a été prise par moi », mentionne Gilles Tanguay. Je dis souvent : quand ça va bien, soyez là pour l’entreprise, puis quand ça ira mal, l’entreprise sera là pour vous autres. »

« C’est un très bon boss, je vous le confirme. Il transmet de très bonnes valeurs. Malgré son âge, il est encore impliqué, alors qu’il n’est pas obligé de le faire, mais c’est un plaisir. Il a encore le feu sacré », renchérit le directeur de MBH, Michel Venkovic.

Monsieur Tanguay reconnaît d’ailleurs qu’il n’y serait pas arrivé sans ses employés. « Ma plus belle réussite, c’est d’avoir écouté les gens. Je n’ai pas eu toutes les idées. » Le propriétaire réinvestit également une grande partie des profits dans l’entreprise et s’assure d’avoir un fonds de roulement en continu.

La retraite? Gilles Tanguay ne la prendra pas. Il travaille à sa succession, mais pas tout de suite. « Quand je pars en Floride, au bout de deux semaines, je m’ennuie, alors qu’au début, j’avais acheté pour être moins au bureau », plaide-t-il. Son seul souhait : que la compagnie lui survive et que les employés qui l’ont aidé à la monter gardent leur emploi.

Souvenirs de Saint-Roch

Jusqu’à son mariage, Gilles Tanguay a vécu dans Saint-Roch. Petit, il se souvient que les résidents ne barraient pas leurs portes. « C’était la mentalité de la campagne, les premières générations du quartier venaient de là. Les voisins, c’étaient des amis. On allait regarder la télévision chez le voisin », se remémore le propriétaire de MBH.

Ses pantalons, il les donnait à une couturière dans sa rue. Les courses à l’épicerie ne se payaient pas immédiatement. Par contre, il fallait respecter les limites du quartier. « Quand on allait au Cap-Blanc, il y avait des gangs de jeunes. On se faisait courir après. Tu devais respecter les limites de ton quartier. »

À son époque, le quartier Saint-Roch abritait plusieurs usines.

Ça sentait le sucre, il y avait une usine qui faisait de la confiture, une autre embouteillait des boissons gazeuses. Mes oncles allaient travailler à pied à l’usine de chaussures », raconte Gilles Tanguay. En même temps, on ne parlait pas de pollution, mais ça sentait l’Anglo Canadian Pulp & Paper, il y avait des déchets dans la rivière Saint-Charles, tout le monde jetait ça là. »

Quartier ouvrier, Saint-Roch attirait également les résidents de la Haute-Ville avec ses commerces de la rue Saint-Joseph. Dans les années 1970, le quartier a commencé à changer et à avoir mauvaise réputation. Selon Gilles Tanguay, cette réputation négative n’était pas méritée.

Quand ils ont vidé Robert Giffard, les gens ne sont pas allés à Sillery ou Sainte-Foy, les chambres pas chères étaient dans Saint-Roch. Ce n’était pas des gens dangereux, mais des gens bizarres, fait-il valoir. Il y a eu plus de viols dans le boisé de l’Université Laval que dans Saint-Roch. »

Le Nouvo Saint-Roch, c’était une bonne idée pour Gilles Tanguay. « Tant qu’on disait Saint-Roch, les gens ne venaient pas. En ajoutant Nouvo, ça les a obligés à se questionner. Maintenant, le quartier est vivant et on voit arriver une jeunesse », conclut-il.

MBH Mobilier de bureau
25 rue Saint-Joseph Est
418 647-1332