<em>Lucky Lady</em> : à qui sourira la chance? | 16 avril 2018 | Article par Léa Fischer-Albert

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Lucky Lady : à qui sourira la chance?

Lucky Lady, c’est 24 heures dans la vie de cinq écorchés. Ceux que l’on imagine facilement écrire sur les réseaux sociaux qu’ils sont allés à « l’école de la vie ». Ceux qui sont facilement le dindon de la farce. Ceux qui n’ont pas nécessairement eu de belles opportunités pour se développer. Mais les comédiens qui interprètent Mireille, Shirley, Bernie, Claire et Zach aiment leurs personnages, et ça parait. On assiste à un portrait humain, drôle et attachant d’une journée qui va de mal en pis pour les cinq protagonistes.

Repentir et trahisons

Le spectacle de Jean-Marc Dalpé, écrit en 1995, est reconnu pour la musicalité de la langue qui s’y déploie. Bien que nécessaire, la mise en place de l’histoire tire en longueur, probablement à cause de la dramaturgie qui fait que les personnages n’interagissent pas beaucoup entre eux.

Bernie et Zach, en prison, sont deux petits bums qui n’ont jamais fait les bons choix de vie. Bernie est d’ailleurs en chaise roulante depuis peu à cause d’un accident de voiture. Sa nouvelle condition lui donne, pour la première fois, une nouvelle vision des choses. Il décide de changer sa vie en sortant de prison, le lendemain. Il va tenter de reprendre contact avec Claire, une ancienne flamme qui a eu leur fille pendant qu’il était en prison.

Zach, de son côté, continue de s’empêtrer dans ses mauvais choix. Il se retrouve mêlé aux Hells Angels et le regrette amèrement. Il va obliger Bernie, par la menace de jambes cassées, à lui rendre un service. Il doit de l’argent aux Hells et demande à Bernie d’aller leur redonner. C’est là que l’histoire prend du rythme.

L’argent est planqué chez Shirley, la blonde de Zach, une chanteuse country plutôt pathétique dont la carrière n’a jamais levé. Malheureusement pour Bernie et Zach, Shirley aussi s’empêtre dans ses choix de vie douteux : elle a dépensé une bonne partie de l’argent pour produire un album. Ils devront tous trouver le moyen de faire de l’argent.

Bernie va alors trahir son amie Mireille, qui lui a révélé qu’elle avait un contact pour miser sur le cheval gagnant dans une course arrangée à l’Hippodrome. Les cinq protagonistes se retrouvent donc à l’Hippodrome à la fin du spectacle, moment où la tension est à son comble. La chance va sourire à ceux qui ont le cœur à la bonne place, malgré leurs mauvais choix de vie.

Une interprétation sensible

Shirley (Frédérique Bradet)
Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

La grande force du spectacle est la sensibilité de l’interprétation des comédiens. Leurs personnages sont caricaturaux, mais ils ne les interprètent pas d’une manière grossière. Mention spéciale à Frédérique Bradet qui livre une Shirley complètement déjantée, et à Valérie Laroche qui présente une Mireille sympathique et sensible. On aurait pu facilement tomber dans le cheap. Le risque pour les cinq comédiens est de perdre l’empathie qu’ils ont envers leurs personnages au profit du rire des spectateurs. Or ils les présentent avec beaucoup de nuances et d’humanité pour ne pas les rendre grossiers, et c’est la richesse du spectacle.

La direction d’acteurs de Patric Saucier, metteur en scène, s’avère très juste. Le décor de Vanessa Cadrin est ingénieux et réaliste. Soulignons l’excellent clin d’oeil à la situation des personnages en ouverture de spectacle avec la chanson « Dirty Old Town » interprétée par tous les comédiens.

Lucky Lady ouvre une fenêtre sur un pan de la population dont on a plus l’habitude de rire que d’être émus. Voir un spectacle qui ne ridiculise ces personnes, mais les présente sans fioritures, ça fait du bien. Jean-Marc Dalpé a écrit des personnages tout en nuances. La production déclenche une réflexion intéressante sur la bonté, la bienveillance et la réhabilitation.

Voir l’horaire et les détails de Lucky Lady, présenté au Théâtre de la Bordée jusqu’au 5 mai.