Les Deuxluxes à L’Impérial : luxe, rock et volupté | 14 juillet 2018 | Article par Geneviève Morin

Crédit photo: Émilie Rioux

Les Deuxluxes à L’Impérial : luxe, rock et volupté

Dans le cadre du Festival d’été de Québec, le duo montréalais Deuxluxes a présenté le 13 juillet à L’Impérial ses mélodies néo-rockabilly endiablées. Récit d’une soirée à l’intensité digne d’une autre époque.

11 h 10 du soir, j’enfile mes souliers Mary Jane pour me joindre au line-up sur le trottoir de Saint-Joseph Est. Parmi mes voisins de file, un skateux tient sa Longboard à bras-le-corps; un homme fin cinquantaine porte feutre mou sur cheveux blancs; une trentenaire au visage fin arbore un T-shirt de… Beethoven. Foule éclectique! Tout ce beau monde fait la file gentiment, avec la calme assurance d’un public qui savoure d’avance son plaisir.

Je suis seule à fulminer dans mon coin à la vue des dizaines de bouteilles de plastique vides qui jonchent l’espace compris entre le District, L’Impérial et le trottoir. En tant que citoyenne de Saint-Roch, mon sang bouille. Festivalier.e.s, de tous les quartiers, ramassez-vous!

Une fois tombée ma juste colère, je pénètre dans l’ancien cinéma muet qu’est L’Impérial. Plus de film silencieux ici, mais un DJ Millimetrik qui semble s’amuser comme un petit fou pendant qu’on prépare la scène pour les Deuxluxes. Les voici qui arrivent : Anne Frances Meyer bondit littéralement sur scène en faisant claquer un éventail. Sur ses épaules virevolte une nuisette de tulle rose tout droit sortie d’un film des années 1960, combinée à un body lustré au motifs yéyés crème et rose. C’est ce que j’appelle réussir son entrée! Quant à Étienne Barry, il porte une chemisette en paillettes argent qui ferait pâlir d’envie notre Gab Paquet national.

Mais ce qui attire le plus vif de mon attention, ce sont les premiers accords de guitare électrique plaqués par Meyer. La foule s’exclame. Le déluge de notes qui s’ensuit est comme une déclaration d’amour bien huilée. Tous les yeux sont braqués sur la jeune artiste, qui entonne la première pièce de sa voix canaille et piquante, telle une Brenda Lee qui aurait mal tourné. Barry embarque dans le jeu avec une guitare qui appuie efficacement celle de sa belle et un rythme de batterie tenu bien serré. Je m’attendais à une soirée sympa, je me retrouve le souffle coupé. À voir les têtes bouger et les pieds esquisser de premiers pas de danse, je ne suis pas la seule.

Le rock ‘n’ roll n’est pas mort

Quel soulagement de voir le public du Festival, souvent trop occupé à filmer avec son cellulaire pour oser danser, faire ici fi de la technologie et remuer assez fort pour que je sente le plancher de l’Impérial craquer sous mes pieds! Meyer et Barry enchainent leurs succès sans temps morts. La guitariste et chanteuse semble faire corps avec sa guitare. Son jeu est naturel, ce naturel qu’on retrouve seulement chez ceux et celles qui ont acquis une si parfaite maîtrise de leur instrument qu’ils arrivent à en jouer sans y penser, comme on fume une cigarette sans réfléchir au geste. Meyer harangue la foule, muse avec elle, lui demande de taper des mains, de crier, de chanter : on lui obéit au doigt et à l’œil. Ravie du résultat, elle s’écrie : « Le rock ‘n’ roll n’est pas mort ! »

Je ne peux m’empêcher, en la voyant si parfaitement rock, de penser au manque de parité hommes-femmes dans les festivals de musique, et aux propos malheureux de certains pour justifier cet écart indéfendable. Les femmes ne seraient pas assez bonnes rockeuses, pas assez nombreuses : allez dire ça à Anne Frances Meyer! Et à Cyndi Lauper! Et à… Au moment où je me fais ces réflexions, une bande d’adolescentes (qui ont l’air tout droit sorties du camp rock pour filles de la YWCA) me file sous le nez comme une volée de moineaux qui pique à travers un barbelé. Je souris, et je me dis que dans quelques années – bientôt, bientôt, plus tôt qu’on ne le croit – les filles auront leur revanche, guitare à la main.