Des mots pour dire et pour taire | 26 octobre 2018 | Article par Catherine Breton

Crédit photo: Québec en toutes lettres - Instagram

Des mots pour dire et pour taire

Tout comme la foule qui s’est déplacée à l’Impérial, je l’attendais. L’espérais avec des papillons dans le ventre tellement j’aime les mots, mais surtout ces humains, poètes, qui les diffusent sans en gaspiller.

Hier soir, dans le cadre du festival Québec en toutes lettres, s’est déployée l’incontournable Nuit de la poésie avec sa procession éclectique de poètes. Et moi, la chanceuse, j’y assistais avec Stéphanie, citoyenne élue pour m’accompagner et partager ses impressions.

Stéphanie qui, dans les premières minutes de notre rencontre, m’a avoué bénir cette occasion qui lui permettait de se changer les idées. La poésie étant un « remède des plus efficaces contre la pollution de l’esprit », pour reprendre les mots de Chloé Ste-Marie, il ne fait aucun doute qu’elle a été débarrassée de ses tracas quotidiens avec panache.

Qu’est-ce que ça mange en hiver?

Toi qui me lis, tu te demandes peut-être à quoi ressemble une nuit de poésie et qu’est-ce que ça mange en hiver? Et bien, c’est un récital, un moment de communion, un grand bol à partager de multiples univers qui s’invitent sur une même scène. C’est une messe, un espace quasi sacré, qui célèbre le pouvoir de la parole, portée par une trentaine de poètes. Le tout, ponctué de textures musicales par les musiciens Frédéric Dufour et Christian Paré.

C’est la poète Nora Atalla qui, en 2009, probablement inspirée par la fameuse Nuit de la poésie de 1970, a instauré la formule qui depuis est devenue un incontournable du festival Québec en toutes lettres. Victimes de la popularité de l’évènement, les organisateurs ont même dû choisir une salle plus grande pour accueillir tout le monde.

Pour cette édition, l’invitée d’honneur, Chloé Ste-Marie dans toute sa ferveur, vulnérable et humaine, nous a offert une performance en poésie et en chanson, saisissante. En langue française et innue, avec des passages hommages à Joséphine Bacon, ses interprétations puisaient dans les profondeurs de ses entrailles avec la candeur et l’intensité qu’on lui connait. On pouvait sentir la salle frissonner dans l’écho des sonorités harmonieuses et atypiques qu’elle créait avec son accompagnateur.

Enchantée par son immersion dans ces univers à la fois uniques et universels, Stéphanie m’a fait part de ses coups de cœur pour Michel Pleau et son bestiaire ainsi que pour Geneviève Morin et sa lettre à Hélène Matte. Je la cite en parlant de Geneviève Morin :

« J’ai eu l’impression que sa poésie cherchait autant à dire qu’à taire des choses. »

Magnifique paradoxe, que la poète accueillera certainement comme un compliment.

Au bout de la nuit

Le voyage au bout de cette Nuit de la poésie, parfois doux, furieux, las ou palpitant, a assurément tatoué des âmes parmi les plus coriaces, d’un éveil à la beauté désarmante du Monde. Je suis d’avis que ces voix prennent trop peu de place dans nos sociétés modernes et pourtant, elles contribuent à tisser les Hommes serrés.

Notre béguin commun, à Stéphanie et moi, va à Jean-Paul Daoust, avec son texte Les lèvres, qui, fidèle à son habitude, y est allé d’une envolée tonitruante brodée d’humour et d’une touche de cynisme qui copine avec une éloquente sensibilité. Je l’aimais déjà d’amour à la radio et je suis comblée de l’avoir vu sur scène, vêtu de son supplément d’âme.

La dernière partie de la soirée nous a permis de fréquenter, entre autres, les univers de David Goudreault, Vanessa Bell, Rosalie Trudel ainsi que la furieuse élégance féministe d’Émilie Turmel que je m’en voudrais de ne pas nommer tant sa présence sur scène est remarquable. Le point final, réservé à Jean Désy et sa poésie cochonne, a clôturé cette nuit qui n’a manqué ni d’oreilles où se déverser ni de cœurs où s’incruster.