D’emploi d’été à leader mondial | 8 mai 2018 | Article par Céline Fabriès

Crédit photo: Céline Fabriès

D’emploi d’été à leader mondial

En 1990, Marc Boutet, âgé de 15 ans et plutôt doué en programmation, ne savait pas quoi faire comme travail d’été. Avec un conseiller en orientation, Guy Bergeron, il a eu l’idée de créer des logiciels destinés aux commissions scolaires. Vingt-huit ans plus tard, son entreprise De Marque, issue de son « travail d’été », est un leader mondial dans l’édition numérique. L’entreprise de Saint-Roch vient d’acquérir Libranda, une compagnie espagnole, qui lui ouvre les portes de l’Europe où 75 % de la clientèle de De Marque est basée.

Parfois, une carrière prendra un chemin inattendu en raison d’un événement anecdotique qui survient dans l’enfance. Comme la majorité des enfants de 8 ans, Marc Boutet participe à des concours de dessin. Rien de bien extraordinaire jusque-là, sauf que le premier prix est un ordinateur. Sans le savoir encore, cet ordinateur va orienter le destin du jeune Boutet.

Quelques années plus tard, alors adolescent, Marc Boutet se cherche un emploi pour l’été. Passionné par l’informatique, il rencontre Guy Bergeron qui dirige un club d’informatique dans une autre école secondaire.

« Je créais des logiciels pédagogiques et on s’est dit : plutôt que les vendre à une commission scolaire, on va les vendre à plusieurs commissions scolaires de la région et ça me fera un emploi d’été pour un an ou deux », explique Marc Boutet.

Le logiciel qui déclenche tout

Les deux premiers logiciels permettent à Marc Boutet et Guy Bergeron de gagner un peu d’argent, sans plus. Pas de quoi imaginer une entreprise chef de file dans son domaine. Mais, la création du logiciel Tap’Touche change la donne et consolide la suite du parcours de Marc Boutet. Vendu à 10 000 exemplaires, Tap’Touche – permettant l’apprentissage du doigté au clavier – offre à Marc Boutet et Guy Bergeron un coussin financier pour continuer. De Marque prend alors son envol.

Marc Boutet n’abandonne pas pour autant l’école. « Mes parents ont beaucoup insisté. Je pouvais continuer De Marque à condition que je poursuive mes études », relate-t-il.

Bon élève, il se permet, avec l’autorisation de son école secondaire, de « sécher » quelques cours, ce qui ne l’empêche pas de réussir ses examens facilement. Après un DEC au Cégep St. Lawrence, Marc Boutet obtient un baccalauréat en informatique à l’Université Laval.

Par la suite, De Marque se spécialise dans des logiciels qui peuvent répondre à des questions des enfants. Les logiciels étaient basés sur des recherches textuelles et des écrits. Une sorte de Google avant l’heure.

Avant-gardiste, l’entreprise de Marc Boutet crée des logiciels qui peuvent apparaître futuristes, alors que les tablettes et les téléphones intelligents n’existent pas encore. Cette avance technologique aurait pu coûter cher à De Marque.

« À certains moments quand tu investis trop en technologie, trop vite, ça te coûte trop cher, mais d’un autre côté, dans plusieurs segments ça nous a permis d’être les premiers », reconnaît le PDG. « Si De Marque existe encore aujourd’hui en technologie, 28 ans plus tard, c’est parce qu’on a su toujours dire, là on a tel truc qui est bien, mais comment on planifie la prochaine vague et comment l’entreprise va se transformer en fonction de cette nouvelle vague-là », poursuit-il.

Éliminer les barrières de la langue

La réussite dans la francophonie a permis à De Marque de décliner sa vision vers les autres langues latines. « Les Espagnols vivent la même chose. Internet se conjuguait beaucoup en anglais. Il y avait un enjeu d’avoir des contenus disponibles en espagnol et pas seulement en Espagne, mais aussi en Amérique Latine. L’Italie, c’est la même chose, c’est une petite langue à l’échelle planétaire », illustre le chef d’entreprise.

La prochaine vision de De Marque? Peu importe la langue, il faut en rendre le contenu disponible partout, quel que soit le pays où on vit.

« Ici il y a une communauté espagnole, une communauté italienne, une communauté francophone qui veut apprendre l’espagnol. C’est essayer de faire voyager ces contenus-là dans l’ensemble des marchés. Et ce n’est pas si simple que ça. Si je vais sur Apple, au Canada, il y a beaucoup de contenus en anglais. Le Français est en sous-section et c’est mal mis en marché. On essaye d’améliorer cette expérience-là », analyse Marc Boutet.

Il y a quelques semaines, De Marque a acheté Libranda, une compagnie espagnole. « Depuis 2008, De Marque est un opérateur technologique de plateforme. En achetant Libranda, on se rapproche de notre clientèle. On va être plus transactionnel, faire plus de vente de contenu et être en direct avec les éditeurs comme on le fait au Québec, où on joue un rôle de distributeur », fait valoir Marc Boutet.

Un Facebook plus intelligent

Avant de s’installer dans Saint-Roch à 2002, De Marque a fait son petit bonhomme de chemin à Sainte-Foy. Tout en gardant l’entreprise dans Saint-Roch, Marc Boutet a vécu également à Paris de 2005 à 2010. Choisir la France peut paraître étonnant, alors que la Silicon Valley est le temple de la technologie et du numérique.

« Initialement, je voulais amener du contenu français ici dans les écoles. Il n’y avait que des contenus américains disponibles. En 1998, on a eu des accords entre autres avec 60 millions de consommateurs. Et par la suite, je me suis dit : si on est capable de vendre 15 000 exemplaires au Québec, en France, on est peut-être capable d’en vendre 150 000 », souligne Marc Boutet.

Selon Marc Boutet, le numérique et les nouvelles technologies vont apporter de nouvelles surprises et transformer notre manière de consommer du contenu. « On peut imaginer que Facebook me fasse découvrir un extrait d’un poème parce qu’il détecte que j’aime les poèmes et en même temps, je pourrais écouter du Léonard Cohen parce qu’il y a un fit entre les deux. Pour l’instant Facebook c’est un peu niaiseux, il n’y a pas de lien entre les réseaux sociaux et l’environnement culturel  », imagine le programmeur.

De Marque travaille actuellement sur une technologie qui faciliterait la diffusion de livres et de contenus numériques dans les écoles. « On veut que les élèves puissent emprunter des livres comme ils le font dans les bibliothèques », souhaite Marc Boutet, dont l’entreprise élabore aussi un projet pilote pour les élèves ayant des difficultés d’apprentissage.