Le chemin Dorchester, futur boulevard urbain! | 12 octobre 2018 | Article par José Doré

Crédit photo: L'Hôpital général de Québec, vers 1830, James Pattison Cockburn, Musée des beaux-arts du Canada

Le chemin Dorchester, futur boulevard urbain!

Avez-vous vu la bannière « Réinventer Laurentienne.org » déployée sur la passerelle Adrien-Pouliot surplombant l’autoroute Laurentienne le 6 septembre dernier ?

Lorsque j’ai aperçu celle-ci, j’ai tout de suite pensé à Accès transports viables, et j’avais raison. Cet organisme sans but lucratif ainsi que le Conseil régional de l’environnement de la Capitale-nationale, la Fondation David Suzuki, Équiterre, Trajectoire Québec et Vivre en Ville étaient derrière cette démonstration pour demander au ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports de transformer l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain, de la rue Prince-Édouard jusqu’à Félix-Leclerc, pour la qualité de vie des citoyens.

Pour ceux et celles qui souhaiteraient appuyer cette demande, sachez qu’une pétition est présentement en ligne[1]. De mon côté, je n’ai pas hésité à y ajouter mon nom, car j’aimerais bien que ce secteur retrouve sa beauté et sa quiétude d’autrefois…

De François Delage dit Lavigueur à Voldemort

La transformation de la Pointe-aux-Lièvres a débuté dans les années 1830 avec l’arrivée de l’Hôpital de la Marine, des cimetières contigus à celui-ci et des chantiers navals dont celui de Thomas Conrad Lee.

Abribus près de la passerelle Adrien-Pouliot (2017) Google Street View
Crédit photo: Google Street View

À cette époque, les résidents de Québec pouvaient encore profiter de l’une des plus belles rues de Québec : l’actuelle rue de la Pointe-aux-Lièvres. Tout au long de celle-ci, appelée alors chemin Dorchester ou du Vieux-Pont, des arbres avaient été plantés par François Delage dit Lavigueur (1758-1845), ancien propriétaire du bac sur la rivière Saint-Charles[2]. Même des « bancs » y avaient été aménagés ! Aujourd’hui, le « mobilier urbain » près de la passerelle Adrien-Pouliot se résume à un abribus et une poubelle.

Pour faire place à cette voie de circulation, un nommé Voldemort aurait volé en 1957 l’âme de la Vacherie en comblant le méandre entourant le parc Victoria avec les cendres de l’incinérateur de l’époque[3] et en chassant la nature à coup d’asphalte, de clôtures de métal et de béton. Le chant des oiseaux aurait même été changé, par cet être maléfique, en un concert de moteurs diesel. Il paraît qu’il aurait même choisi le nom des clôtures : Frost! Ce secteur de la Pointe-aux-Lièvres, cette porte d’entrée de Québec, n’a rien de chaleureux. Mais cela peut changer avec un peu de verdure et d’histoire.

Un peu (plus) d’histoire

Détail – Plan of a survey of the city and fortifications of Quebec with part of the environs (1799) William Hall BAC, Mikan n° 4128573
Crédit photo: William Hall BAC, Mikan n° 4128573

Avant de réaménager un lieu, il faudrait toujours s’intéresser à son histoire pour redonner vie à son âme. Dans le cas présent, il faut se rappeler que la Pointe-aux-Lièvres fut à l’origine une presqu’île et que celle-ci fut accordée au 17e siècle aux Révérends Pères Jésuites qui y aménagèrent une ferme et un moulin à vent. En raison de la présence de ce dernier, cette propriété fut désignée sous le nom de terre du petit moulin, mais aussi sous celui de la Vacherie, car des vaches allaient y paître.

En 1771, les Révérends Pères Jésuites louèrent cette terre à David Lynd, greffier anglais de la Cour des plaids communs de Québec, et à son épouse Jane Henry, fille du pasteur presbytérien George Henry[4]. De leur demeure, la famille Lynd-Henry voyait quotidiennement des gens se rendre au petit passage de la rivière Saint-Charles par la future rue de la Pointe-aux-Lièvres ou par la plage. Situé à l’emplacement de l’actuel pont Drouin, le petit passage était sous le contrôle d’un passager. Lequel devait faire payer les usagers, provenant de Charlesbourg, Beauport et Québec, qui utilisaient le bac pour traverser d’une rive à l’autre. En 1789, David Lynd et ses partenaires construisirent un pont à cet endroit, le premier pont Dorchester.

Détail – Vue de Québec prise à proximité de la traverse de Beauport en 1787, Thomas Davies, Musée des beaux-arts du Canada
Crédit photo: Thomas Davies, Musée des beaux-arts du Canada

Depuis des siècles, la Pointe-aux-Lièvres est l’une des portes d’entrée de la ville. Mettons, qu’actuellement, cette porte n’est pas trop invitante! C’est à nous de la changer!

[1] http://transportsviables.org/boulevardlaurentien

[2] Le Canadien, Québec, 12 septembre 1845, p. 3.

[3] Guillaume Boutet, Le changement de forme des berges de la rivière Saint-Charles à Québec, L’Explication de l’approche culturelle de la géographie, Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval, Québec, 2006, p. 11.

[4] BAnQ, Québec, E21,S64,SS5,SSS8,D174, Collation d’un bail à ferme d’une terre située près du faubourg Saint-Roch proche la ville de Québec appelée la Vacherie ; par les Révérends Pères de la Compagnie de Jésus, à David Lynd, greffier, et Jane Henry, son épouse […]