Santé pour tous : prélude artistique à un service d’injection supervisée ?

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Les photos du collage sur mur Santé pour tous par Wartin Pantois dans cet article sont de Wartin Pantois

Après les immeubles à l’abandon, les intersections dangereuses, l’itinérance, Wartin Pantois invite Saint-Roch à réfléchir à la Santé pour tous. Sa nouvelle intervention, en collaboration avec Point de repères, remet en lumière le projet de service d’injection supervisée (SIS), qui verrait le jour en 2018.

« Ma plus belle intervention »

Les collages d’impressions photo, rehaussées à la feuille d’or comme dans Sans-abri, investissent depuis ce matin cinq murets de Saint-Roch, à proximité de récupérateurs de seringues : devant la bibliothèque Gabrielle-Roy, près de l’église Saint-Roch, à l’îlot Fleurie, au jardin (parc) Saint-Roch, dans le parc Victoria. Wartin Pantois affirme :

C’est ma plus belle intervention, car elle s’est faite en collaboration avec les personnes qui vivent la situation. »

Des personnes utilisatrices de drogues injectables et des intervenants sociaux ont participé à l’oeuvre en acceptant d’être photographiés. L’une des silhouettes, noire, « évoque la disparition, le risque plus élevé de morts par overdose sans service d’injection supervisée », précise le street artiste.

santepourtous_egliseLa présence d’un service d’injection supervisée (SIS) dans le quartier Saint-Roch permettrait à tous ses citoyens de gagner en santé et en sécurité. Les SIS permettent de diminuer le partage de seringues, de réduire la transmission du VIH et d’autres maladies graves, de faciliter l’accès à des traitements de la dépendance, de limiter les morts par overdoses, de diminuer les injections dans les lieux publics et de réduire les risques d’y trouver des seringues souillées », lit-on dans l’album photo de l’oeuvre.

Toujours désireux de donner un voix à ceux qui n’en ont pas, Pantois souhaite que cette intervention serve à faire entendre les personnes concernées. Rejoint au moment de la diffusion des images sur les réseaux sociaux, le directeur général de Point de repères, Mario Gagnon, s’est exclamé :

C’est incroyablement beau ! Vraiment, ça frappe. Ça risque de provoquer des réactions, mais aussi la réflexion, ce qui est bien. »

L’organisme, voué à la promotion de la santé, de la prévention, de la dispense de soins et de services, en regard des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) et de la toxicomanie, a accueilli avec enthousiasme la proposition de collaboration de Pantois :

On avait déjà vu ses travaux sur l’itinérance, où l’on intervient aussi. On a été touchés qu’un artiste, de sa propre initiative, veuille aborder ce sujet. »

Un SIS dans Saint-Roch en janvier 2018 ?

santepourtous_biblioPoint de repères se positionne en faveur d’un SIS à Québec depuis 2001, alors que Vancouver développait INSITE, ouvert en 2003. Quelques années plus tard, une rencontre avec le ministre de la Santé et des Services sociaux (Yves Bolduc) a mené à une reconnaissance du besoin par le gouvernement provincial. Des discussions sur le sujet ont marqué notamment les assemblées du conseil de quartier de Saint-Roch. De par sa localisation au coeur de la Basse-Ville, le quartier serait idéal pour accueillir un SIS « là où se trouve le besoin », hors du réseau institutionnel, à un emplacement fixe, résume Mario Gagnon. Un service mobile pourrait le compléter, mais pas s’y substituer, ajoute-t-il, afin d’assurer un accès facile et rapide pour les usagers, donc l’atteinte des objectifs. Prévenir décès, overdoses et favoriser la sécurité de tous semble plus crucial que jamais alors que le fentanyl de contrefaçon, responsable de récentes vagues de décès en Outaouais et à Montréal, a commencé à circuler à Québec, constate avec inquiétude Point de repères.Les travaux concrets pour le projet de SIS à Québec, porté par le CIUSSS de la Capitale-Nationale, ont véritablement débuté il y a trois ans, par des études qui ont confirmé la pertinence d’un tel service. Ils progressent depuis selon un échéancier qui mènerait à l’ouverture d’un SIS en janvier 2018. Mais d’abord, la population sera consultée, rappelle Mario Gagnon, confiant quant à la réceptivité des résidents et commerçants locaux :

Ça a beaucoup évolué, je ne sens pas une grande méfiance ni des citoyens ni des acteurs commerciaux. Ils voient que le SIS répond à des besoins pour la santé et la sécurité de tous. »