Québec Cité : humour à géométrie variable | 29 mai 2017 | Article par Suzie Genest

Image : Frédéric Guimont, Québec Cité.

Québec Cité : humour à géométrie variable

Québec Cité, c’est une bande dessinée en deux cases qui se déroule à place Jacques-Cartier ou autour. C’est aussi deux créateurs hors-cases, rencontrés alors qu’ils lançaient une série de 24 strips hebdomadaires, diffusés chaque mercredi juqu’au 25 octobre.

La genèse

À 11 ans, Frédéric Guimont s’initiait à la programmation informatique, baignait dans l’univers de la BD, « dessinait en malade ». Accepté à la Joe Kubert School of Cartoon and Graphic Arts au New Jersey mais freiné par les coûts, il s’est lancé sur le marché du travail. Puis, pour donner du répit à ses tendinites d’illustrateur – et se désencombrer du mobilier et du matériel à dessin – il a tâté d’autres médiums, dont le graphique vectoriel adaptable (Scalable Vector Graphics).

Le SVG, c’est un format présent dans le web depuis 2001, mais [il a fallu que] Flash disparaisse avant que les gens découvrent ça pour de vrai. […] Je me suis dit : eh boy! c’est comme un entre-deux entre du dessin et du code! Pourquoi je n’essayerais pas de dessiner en vectoriel?

L’idée de faire de la ville un personnage principal est venue d’une amie de Frédéric. Le défi SVG a pris la forme de Québec Cité en 2014. Adepte du logiciel libre, le Saint-Rochois en a développé un pour la création de personnages à partir de matrices. C’est un peu « la genèse de Québec Cité », résume son comparse, Péïré-Joël Brunnemer, résident de Limoilou. Né de parents musiciens, ce dernier s’est commis dans des groupes de musique, productions théâtrales, courts métrages avec Kinö. Il a découvert Québec Cité comme lecteur, ayant rencontré Frédéric lors de cours de kung fu. Leurs atomes crochus remontent à l’enfance : « Si Péïré mettait autant d’effort dans ses devoirs qu’il en met dans les bandes dessinées, il serait premier de classe ! », disait son prof de sixième année.

Péïré-Joël Brunnemer (à gauche) et Frédéric Guimont (à droite).

Des amis qu’on visite

Québec Cité est nourri par des amis des auteurs et par des contributions involontaires. « On emprunte des artefacts culturels », illustre Péïré, qui s’inspire de propos entendus dans la rue, d’anecdotes de son entourage. Il voit cette BD comme « un miroir » où l’on peut se reconnaître, et en rire. S’il a des antécédents de caricaturiste, et si le leitmotiv de Frédéric pour ce projet est d’« avoir du fun » , ils ne cherchent pas à caricaturer ni ridiculiser Québec, assurent-ils. Leur cité a des traits distinctifs et d’autres communs aux centres-villes comparables.

Ce qui est moins commun, c’est la palette d’humour de ces deux amateurs du Mad Magazine. S’y mélangent rire jaune, rire noir, jeux de sons « drôles en bouche » et quelques nuances d’absurde. Le rire des lecteurs n’arrive pas toujours là où ils l’attendent, avouent-ils. Et « parfois, ce ne sont pas des gags, on est dans la réflexion », dit Frédéric.

Les personnages, c’est un peu comme des amis qu’on visite. Si c’est une journée routinière, on parle de sa fin de semaine… S’il s’est passé quelque chose [comme la fusillade à Charlie Hebdo, à la Mosquée], c’est ça qui retient notre attention. »

L’humour à géométrie variable, voire expérimentale, de Québec Cité reflète un peu leur démarche libre – aux sens logiciel et créatif du terme. Le tandem fonctionne par défis. Quel sera le prochain? Peut-être une pleine page, ou deux, une incursion dans l’histoire des personnages, voire du dessin animé. Le vectoriel, permettant de redimensionner sans perte de qualité, offre des possibilités de zoom dans l’image qu’ils comptent explorer davantage, affirme Péïré : « On veut créer un hybride entre la BD et l’animation. C’est pas de l’animation, mais il y a du mouvement. »

Jusqu’au 25 octobre 2017, chaque mercredi un nouvel épisode est diffusé sur la page Facebook de Québec Cité et sur quebeccite.com, où on peut s’inscrire pour le recevoir par infolettre.