Laminé, un retour vers le futur de L’Établi | 2 juin 2017 | Article par Suzie Genest

Crédit photo : Elias Djemil

Laminé, un retour vers le futur de L’Établi

Après quelques surprises au printemps, L’Établi présente dès ce soir l’exposition collective Laminé qui, comme son vernissage, revisitera l’esthétique des années 1980, en même temps que les belles années, récentes, d’un lieu de création-diffusion qui n’a pas dit son dernier mot.

Rétablir l’histoire

L’Établi, c’était à l’origine un projet de photographes et de vidéastes gravitant autour du collectif Les DéclencheurEs. En 2010, ils ont aménagé sur Saint-Vallier Est ce qui, en rétrospective, aura été un des premiers coworkings créatifs de Saint-Roch, jumelé à un espace de diffusion en photo et arts médiatiques. S’y sont succédé des expositions nourries de leur propre production et de collaborations avec d’autres centres et artistes, propulsées par des vernissages mémorables.

Porter à bout de bras une programmation annuelle en jonglant avec la vie de pigiste, les défis d’OBNL, le roulement des membres occupants, a fini par être essoufflant. À partir de 2014, les expositions se sont espacées, même si « on avait encore le goût d’en faire, ça, ça n’a jamais arrêté », dit Hélène Bouffard. Stéphane Bourgeois et elle ont souvent été les principaux organisateurs. Leur cohabitation s’est poursuivie avec les artistes Jean-François Gravel, Marie-France Auger, Jasmin Robitaille et de nouveaux colocataires. Parmi les plus récents sont arrivés les designers urbains de l’Atelier Le Banc, la designer graphique Evelyne L. MorinMarie-Josée Lépine, passionnée de peinture et d’écriture qui travaille aussi en communication… Cinq ou six personnes, une énergie nouvelle et une diversité de talents ont amené le « vent nouveau » qu’il fallait, résume Hélène.

Laminé : des retrouvailles

Depuis avril, les murs de l’Établi ont accueilli, tels des présages, les expositions solo d’Hélène Bouffard, d’Audrey Lahaie, de Marie-Josée Lépine, pendant que mijotait Laminé. Cette exposition collective réunit des artistes ayant convergé, depuis 2010, par le centre. Leur défi : revisiter l’esthétisme kitsch du laminé, cet incontournable de la décoration des années 1980. Plus d’une quinzaine le relèvent, chacun à sa façon, entre humour et réflexion.

On retrouve parmi les participants Michaël Pineault, un des cofondateurs qui était de l’aventure des DéclencheurEs, Yannick Nolin et Pierre-Marc Laliberté, qui ont occupé l’Établi avec Kinomada, Renaud Philippe et François Mercier, en plus des occupants actuels. Les propositions vont du pastiche au rébus en passant par le remix, le détournement de codes, voire la réappropriation d’un authentique laminé trouvé dans la rue.

Les artistes se sont prêtés au jeu jusqu’au bout, se métamorphosant en icônes des années 1980 pour une photo de groupe (à la une) prise par Elias Djemil. Et dans la tradition des vernissages festifs de l’Établi, c’est un party fluo avec les DJ de Funk Connection qui donne le coup d’envoi à Laminé.

La suite à l’automne

Ces retrouvailles avec les expositions à grand déploiement à L’Établi adoptent un rythme prudent, sans l’obligation d’une programmation annuelle. Le prochain à se commettre, en solo, sera Jean-François Gravel, à l’automne.

Si c’est par manque de disponibilité, entre ses engagements et la gestion de l’Établi, qu’Hélène Bouffard avait tardé à présenter une exposition solo, Jean-François Gravel, lui, blâme sa « nonchalance assez exceptionnelle ». Son projet actuel, il l’a reporté plusieurs fois déjà. Il s’y livre à un détournement particulier d’images de pin-ups normalement évocatrices de joie, de glamour. Lui les a photographiées avec une intention claire de décontextualisation. Habitué à retravailler ses images, il se surprend presque de son processus :

Je mens… et d’un autre côté, c’est le travail le plus honnête que j’aie fait! C’est comme une nouvelle façon de mentir. Comme si je disais : « hey, je peux le faire à la prise de vue! »

Laminé débute aujourd’hui, vendredi 2 juin, par un vernissage en formule 5 « à tard » et se poursuit jusqu’au 9 juin, du mardi au samedi de 12 h à 17 h, en même temps qu’un encan silencieux.

L’Établi
265, rue Saint-Vallier Est
info@etabli.org