SABSA, le système et nous

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Voisine du Familiprix sur Charest Est, la Coopérative SABSA a fait souvent la manchette ces derniers mois : résultats concluants acclamés, désaveu du ministre de la Santé, réactions de l’opposition et du milieu, espoirs de revirement… déceptions. Malgré les réussites et les appuis, la coop se heurte à l’inflexibilité d’un système qui gagnerait à s’inspirer de son efficacité… et de son humilité.

Des soins, pas de la politique

L’équipe de SABSA (Services à bas seuil d’accessibilité) comprend des infirmières dont une praticienne spécialisée, une intervenante sociale, des bénévoles – nutritionniste, physiothérapeute, infirmières supplémentaires. Elle a accès à des consultants omnipraticiens, gastroentérologues, psychiatres, pharmaciens, etc. Emmanuelle Lapointe, sa coordonnatrice, insiste : la coopérative a pour objet de soigner une clientèle qui tombe entre les mailles du système, pas de s’inscrire dans le débat politique sur les cliniques sans médecin.Le débat semble toutefois primer pour le ministre Gaétan Barrette, qui propose à l’infirmière praticienne Isabelle Têtu de travailler dans un GMF (Groupe de médecine familiale); or la clientèle de SABSA n’est pas prise en charge dans les GMF. Ces clients sont notamment porteurs du VIH-sida ou du VHC (hépatite C) et vulnérables : santé mentale, toxicomanie, itinérance, judiciarisation… De 2011 à 2014, ne comptant que sur des contributions volontaires et dons, SABSA a assuré le suivi et les traitements d’environ 200 d’entre eux grâce au travail bénévole des deux infirmières fondatrices. En 2014, l’offre de soins a été élargie à tous les résidents de Saint-Roch et Saint-Sauveur, notamment ceux qui se butent à la pénurie de médecins de famille et à l’engorgement du système. C’est le cas d’Odile Rochon, économiste et administratrice au Conseil de quartier de Saint-Roch, et de son conjoint professeur :

Lorsque nos garçons de 1 an et 3 ans ont une bronchite, une otite, une conjonctivite, nous allons à la clinique SABSA. Généralement, nous réussissons à avoir un rendez-vous dans la journée, et une fois sur place nous n’attendons jamais. Les infirmières sont excellentes avec les enfants et très disponibles. On n’a pas de voiture, alors on valorise beaucoup les services de proximité. »

L’offre élargie a été rendue possible par une aide financière de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), bonifiée par d’autres apports dont celui de Desjardins Sécurité Financière. SABSA y a eu accès en devenant un des sites pilotes du projet de recherche interuniversitaire sur les Équipes de soins primaires intégrés (ESPI) soutenu par les Instituts de recherche en santé du Canada. Or le projet-pilote, comme son financement, se termine le 1er mai.

Haut seuil d’efficacité

oriiq-innovation-clinique-2015Selon son premier bilan, la coop permet au système de santé d’économiser plus de 118 000 $ par an. D’octobre 2014 à mai 2015, elle a effectué 1700 consultations, un nombre qui s’élèverait à 3000 pour une année complète de plein fonctionnement. Ses coûts d’opération annuels sont de 204 843 $ pour le loyer, tous les frais, les fournitures et la rémunération d’une coordonnatrice, d’une secrétaire, d’une intervenante sociale et de deux postes d’infirmières. Y a-t-il beaucoup de comparables dans notre système de santé ? SABSA a mérité de nombreux appuis et des distinctions :

  • Prix Innovation clinique Banque Nationale 2015 de l’Ordre régional des infirmières et infirmiers de Québec pour le projet « Facilitation à l’accès aux soins des clientèles vulnérables qui sont infectées par le virus de l’hépatite C (VHC) ».
  • Prix Florence – prévention de la maladie 2015 de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) remis à l’infirmière praticienne Isabelle Têtu.
  • Appui et montant couvrant les frais liés au déplacement de l’intervenante de terrain de SABSA pour l’année 2016 offert par la clinique de Radiologie Mailloux.
  • Don par une citoyenne, Sylvie Desmeules, d’un prix de 5000 $ reçu de Desjardins lors d’un concours organisé par le Festival d’été de Québec.

Malgré tout, malgré que le président de la Fédération de médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) lui-même estime que son modèle mérite d’être exploré, SABSA n’a pas le soutien du ministère de la Santé. Et la subvention ponctuelle qu’elle espérait de la Fondation de l’OIIQ vient d’être attribuée à un nouveau projet-pilote de prévention en santé mentale, nous apprenait hier Isabelle Porter dans Le Devoir.

Et nous ?

Sjane _sabsaans reconnaissance du ministre de la Santé, la coop s’apprête à revenir exclusivement aux soins des personnes infectées par l’hépatite C. Tout le reste de Saint-Roch et Saint-Sauveur – soit les trois-quarts de sa clientèle – perdra de précieux soins de proximité.J’étais parmi les guides de la Promenade de Jane de mai 2015 qui ont entraîné plusieurs dizaines de visiteurs sur un parcours dans Saint-Roch incluant une présentation des cliniques SPOT et SABSA. Elles ont suscité les applaudissements plus que tout autre arrêt du parcours.J’étais aussi de ceux qui ont répondu aux campagnes de sociofinancement et appels pour la feue Pizzeria Gemini, les défuntes coopératives L’AgitéE, le Tiers-Temps, Les Grands Rangs… trop peu, trop tard. Il est encore temps de « voter » pour des soins de proximité accessibles à tous dans notre milieu de vie. C’est beaucoup plus simple que dans la Grande Séduction et pas tellement plus long que de signer une pétition pour des camions-restaurants… On peut :

  • Devenir membre de soutien (10 $) de SABSA ou faire un don au montant de son choix. C’est aussi appuyer une entreprise d’économie sociale qui n’ira pas se relocaliser en banlieue.
  • toile real fournierAcheter des billets (5 $) pour le tirage (23 mars) d’une toile de Réal Fournier, qui chaque année fait don d’une œuvre au profit de SABSA. C’est aussi saluer une initiative d’autofinancement et la générosité d’un artiste.
  • « En parler, rédiger une lettre ouverte, faire une pétition, écrire au ministre », me dit Emmanuelle Lapointe. C’est aussi exercer son droit et son devoir de citoyen-ne en démocratie – ça, c’est moi qui le dis !

On peut aussi ne rien faire, et croire que les soins doivent demeurer la chasse gardée des médecins au détriment de la santé de la population, voire de l’efficacité du système.

Mise à jour : Une pétition officielle a été mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale. Une page Facebook Sauvons la clinique SABSA a par ailleurs été créée par des sympathisants.

Coopérative SABSA79, boul. Charest Est, local 1coordination@coop-sabsa.com418-914-9295