Saint-Roch dans les années 1970 (3) : la Tempête du siècle sème la pagaille en Basse-Ville !

Tempête du siècle du 4 mars 1971
Aperçu des dégâts dans le quartier Saint-Roch. Source : L’Action.

La série « Saint-Roch dans les années 1970 » revisite le passé du quartier à travers des images d’archives de diverses sources.

Il y a 44 ans déjà, le jeudi 4 mars 1971, la plus puissante tempête de neige – et possiblement de vent – de l’histoire récente du sud du Québec paralysait la ville. En plus de causer d’importants dégâts dans les quartiers centraux, les vents impétueux du blizzard ont exposé « à de graves dangers les piétons des quartiers centraux qui osèrent affronter la poudrerie aveuglante », si l’on se fie à la presse du moment…

« La pire tempête du siècle à Québec ? »

Tempête du siècle, 4 mars 1971Sous la photo ci-contre tirée du défunt quotidien de Québec L’Action du 5 mars 1971, ce clin d’oeil vraiment d’époque en amorce du reportage signé par les journalistes Lionel Gallichan et Guy Giroux  :

Au plus fort du blizzard, les « mini » n’étaient point de mise, il fallait les « maxi », et encore il en manquait. »

Les autres extraits parfois savoureux qui suivent, « collés » au contexte social et urbain du début des années 1970, rafraîchiront sûrement la mémoire des nostalgiques comme moi des « vraies tempêtes de mon temps » !

Deux pertes de vie et plusieurs blessures attribuables indirectement au blizzard – Bilan provisoire d’un million de dollars de dégâts – Situation d’urgence décrétée par la police – Alerte générale « 99 » à la Brigade des incendies – Pannes d’électricité – Paralysie générale de la circulation aérienne et routière. Les vents violents, qui ont atteint une vélocité de 69 milles à l’heure à un certain moment, ont causé des dommages considérables. Au moins une cinquantaine de toitures auraient été arrachées, en partie ou en totalité (…) Cinq religieuses ont subi un violent choc nerveux lorsque le toit de l’école où elles logeaient a été arraché par le vent. Des débris sont allés défoncer la vitre d’une Caisse populaire. (…) Au Château Champlain, rue Saint-Paul, angle Vallières, le cyclone a jeté par terre une cheminée de briques d’une hauteur de 40 pieds. Dans sa chute, cette cheminée de plusieurs tonnes a enfoncé le toit de la taverne de l’hôtellerie. (…) Les autorités policières signalaient aussi que plusieurs citoyens avaient dû être traités pour blessures mineures, à la suite d’accrochages ou après avoir été atteints par des débris d’enseignes ou de panneaux-réclames arrachés par la bourrasque, de même que par des pièces de corniches ou de toitures. (…) Au surplus, on a constaté des dégâts importants dans d’autres parties de la capitale, notamment dans le quartier Saint-Sauveur et dans celui de Limoilou-Ouest. (…) Par exemple, les magasins de chaussures Talbot, propriété de M. Raymond Talbot, rue Saint-Joseph Est, et le magasin Gagnon & Frères, situé dans le même secteur, ont subi de lourds dommages lorsque la bourrasque a fait voler leurs vitrines en éclats. Les policiers se sont alors affairés à lancer les souliers qu’il y avait en montre dans les vitrines à l’intérieur du magasin en attendant l’arrivée des représentants du propriétaire pour prendre charge de la marchandise. Pendant ce temps, les agents de patrouille surveillaient les alentours car il y avait des « jeunesses » qui se promenaient dans le mail Saint-Roch, et ils voulaient éviter le pillage. (…) Devant les proportions que prenant la tempête, l’état d’urgence a été donné aux pompiers et policiers afin de garder tous les effectifs en devoir. (…) Tôt vendredi matin, le ministre de la Fonction publique, M. Jean-Paul L’Allier, faisait savoir aux fonctionnaires qu’ils pouvaient demeurer à leur domicile. »

Un événement exceptionnel

Exagération ? Sensationnalisme ? Que non ! Ce dossier de Wikipédia conjugué aux statistiques de l’aéroport de Québec dresse le caractère exceptionnel et les conséquences inégalées de la « bombe météo » à l’origine de la Tempête du siècle. Contrairement aux autres super tempêtes ayant copieusement enneigé Boston et Moncton en ce fade – pour nous – hiver 2014-2015, celle-là a eu bonne idée de s’aventurer par chez nous les 4 et 5 mars 1971 !Tempête du sicle, 4 mars 1971 Dans Wikipédia, on parle entre autres d’une superficie couvrant tout le sud du Québec, d’Ottawa à Gaspé, ayant reçu plus de 40 cm (carte ci-contre). Enfin, pour illustrer la puissance de cette tempête à Québec, ces quelques chiffres tirés des données météo horaires de l’aéroport du 4 mars 1971 :

  • 44 cm pour la journée (record inégalé, et on parle du double dans la Réserve des Laurentides !)
  • Visibilité nulle de 10 h à 16 h
  • Vents NE jusqu’à 111 km/h (vraisemblablement plus violents en Basse-Ville considérant la topographie)
  • Pression atmosphérique de 96,36 KPa (record jusqu’à ce moment, battu dans le sillage du tout aussi mémorable Blizzard de 1993 qui nous avait relativement épargnés)

Ce billet est une mise à jour de celui que j’avais publié en 2006 dans Québec Urbain, inspiré de vieilles découpures de journaux. Malheureusement, il n’y a pas d’archives Web du journal L’Action pour mars 1971. Et parlant d’archives, si vous avez des photos illustrant la tempête à nous partager, faites-nous signe ! 

À visionner en complément : Archives de Radio-Canada (clip – la tempête à Montréal) et la vidéo ci-dessous (toujours à Montréal).À lire aussi : Limoilou dans les années 1970 (6) : une impressionnante tempête printanière.