Ouvrir les yeux sur Saint-Roch : perspectives visuelles – par Marc Grignon (2)

Vue sur Saint-Roch du haut de l'escalier du Faubourg
Vue du haut de l’escalier du Faubourg vers le Jardin Saint-Roch et au-delà des tours de l’église Saint-Roch. – Crédit photo : Marc Grignon

Marc Grignon est résidant du quartier Saint-Roch depuis 1997 et  professeur d’histoire de l’architecture à l’Université Laval depuis 1991. C’est aussi un de mes quasi-voisins dans l’îlot des Tanneurs. J’ai eu la chance en mars 2014 d’assister à sa conférence sur les vues de Saint-Roch, une initiative organisée par le Conseil de quartier. À vous maintenant de saisir cette chance : voici la seconde partie du texte rédigé par Marc à partir de cette conférence.

Quand les vues donnent lieu à des aménagements

La première partie de cet article montrait comment les perspectives visuelles de la ville de Québec possèdent une dimension historique, ancrée dans le travail des artistes. Les vues les plus prisées ont aussi donné lieu à de véritables aménagements urbains. Ces points d’observation sont tout aussi importants du côté du fleuve Saint-Laurent pour le Vieux-Québec que du côté de la rivière Saint-Charles pour le faubourg Saint-Jean et le quartier Saint-Roch.Le cas le plus frappant est probablement celui de l’escalier du Faubourg (1888, transformé en 1931), qui comporte une plate-forme d’observation encadrée par deux volées d’escalier symétriques à son sommet : un véritable belvédère offrant une vue vers le Jardin Saint-Roch et une belle percée visuelle au-delà des tours de l’église Saint-Roch.Vue sur Saint-Roch du haut de l'escalier La Chapelle.Un autre exemple assez récent est le réaménagement de l’escalier de la Chapelle lors de la construction du complexe Méduse en 1995. L’escalier de la Chapelle est resté pendant longtemps un modeste escalier de bois destiné aux travailleurs. Depuis 1995, il comporte une petite place publique aménagée en belvédère, juste en bordure de la côte d’Abraham dans l’axe de la côte Sainte-Geneviève. La vue qui se développe à cet endroit est l’une des plus impressionnantes que l’on peut avoir aujourd’hui sur les Laurentides.

Renverser les perspectives, ouvrir les yeux

Passerelle Adrien-Pouliot.Un dernier exemple : la passerelle Adrien-Pouliot, construite en 1984 au-dessus du boulevard Laurentien à l’entrée du quartier Saint-Roch. Cette passerelle offre une très belle vue dans l’autre direction, en proposant de regarder vers le sud-est. En effet, avec deux plates-formes arrondies disposées le long de son parcours, la passerelle Adrien-Pouliot a clairement été conçue comme une réponse architecturale au paysage urbain qui se développe devant elle, incitant à tourner les yeux vers le quartier Saint-Roch, le coteau Sainte-Geneviève et le faubourg Saint-Jean.

Entrée de ville
Vue vers le sud-est depuis la passerelle Adrien-Pouliot. – Crédit photo : Marc Grignon
Vue de Québec à partir de CharlesbourgL’idée de renverser les perspectives, de s’éloigner un peu de la ville et de retourner le regard a elle aussi son histoire. Les vues de Québec à partir de Lévis sont bien connues; elles sont en fait plus anciennes que celles tournées vers l’extérieur, car elles remontent au régime français. Du côté nord de la ville, ce sont encore les artistes du XIXe siècle qui sortent de la ville pour trouver les points de vue les plus intéressants, comme John Philip Bainbrigge avec son aquarelle Quebec from near Charlesbourg de 1838.Il vaut la peine d’ouvrir les yeux sur les perspectives visuelles qui se déploient autour du quartier Saint-Roch et qui le traversent. Certaines des vues les plus intéressantes semblent aujourd’hui oubliées : le sommet de l’escalier de la Chapelle est traité, en hiver, comme un petit dépôt à neige; devant la terrasse Martello, la végétation n’est pas entretenue et elle ferme complètement la vue en été.Du milieu du XIXe siècle jusqu’aux années 1990, ces vues ont clairement été un élément fondamental de l’aménagement urbain, pris en considération dans tous les quartiers centraux, que l’on regarde vers le fleuve Saint-Laurent, la rive sud et l’île d’Orléans, ou vers la rivière Saint-Charles, la vallée et les montagnes au nord de la ville. Espérons qu’avec le PPU Saint-Roch – portion Sud, on saisira l’occasion de remettre ces perspectives visuelles au premier plan des considérations urbanistiques. [ Lire la première partie du texte de Marc Grignon. ]