Promenade nocturne au pays des merveilles

Les photos sont l’oeuvre d’Elias Djemil.
Une promenade sous les étoiles, où nos pas se dirigent vers l’inconnu, la surprise. L’émotion. Un moment où, happé, vous restez là, à regarder, vivre, ressentir. C’est la magie de Où tu vas quand tu dors en marchant… Tel un somnambule en plein rêve éveillé. Telle Alice de l’autre côté du miroir, tu avances et au gré de tes pas, ta connaissance du monde est chamboulée. Renversée. Tes repaires n’existent plus. Tu es Ailleurs.Et tout ça dans une seule promenade nocturne dans ton quartier — imaginez-en plusieurs…

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Le Parquet

Oeuvre du réalisateur — et Saint-Rochois — Samuel Matteau, Le Parquet est la « première station » de la promenade. Vous entrez sur le parquet de la bourse. Vous y sentez l’indifférence, la performance, la vitesse. Mais aussi la solitude, la panique, la tristesse, la joie. L’espérance. Une boîte de Pandore grande ouverte sous un tourbillon de papier.Chorégraphie, musique et projection créent ensemble un univers et une connexion avec le public. Car oui, il y a de ses moments où votre regard tombe dans celui d’un acteur, juste devant vous, et vous ressentez un frisson. Anticipation, tristesse, délivrance… Euphorie. Vous pourriez même vous retrouver à danser sur le parquet, entraîné par un des leurs.

Mourir tous les jours

Dans la cour intérieure de feu Lépine et Cloutier, vous entrez dans une grande kermesse. Une kermesse de la vie et de la mort. Car ce ne sont pas des chevaux sur lesquels vous montez sur le carrousel, mais vous vous assoyez dans une tombe. Vous ne gagnez pas une peluche en crevant des ballons, mais votre épitaphe.Écrit et mise en scène par nulle autre qu’Anne-Marie Olivier, ce carnaval en est un empli de poésie, mais aussi de vérités, de macabre et de conte. Emporté par la musique, par les mystérieux personnages, les couleurs et l’ambiance de fête foraine, vous pouvez y trainer toute la soirée sans vous ennuyer. Sans, nous l’espérons, mourir.

La Forêt

Un labyrinthe imaginé par Marie-Renée Bourget Harvey où vous rencontrerez mille et un personnages tout droit sortis de livres de contes, où même de BD. En y arrivant, vous ne savez pas quel chemin vous prendrez. Il est décidé pour vous. C’est de cette manière que sur ma route, j’ai rencontré un Joker devenu animateur de radio polémique, une jeune Alice, fragile, sur les pilules, tenant très fort une poupée dans sa maison de verre. Silencieuse, elle vous regarde intensément, comme si vous étiez responsables de sa déchéance, de sa douleur. Responsable de la regarder sans agir ? De se sentir aussi démuni qu’elle ? C’est peut-être pour cela qu’elle nous a servi un doigt d’honneur…Puis au tournant, je suis tombée sur une scène où le Petit Chaperon rouge avait renversé la vapeur : elle tenait bien en laisse son grand méchant loup. Puis, de l’autre côté de la haie, Belle, nous a chanté Les nuits d’une demoiselle de Colette Renard (à écouter!) tout en expression et ronds de jambe. Et pour finir, il y a cette grenouille prétendant être un prince… Elle voulait absolument que je l’embrasse. Ou plutôt que je la frenche sale dans bouche aux dents noircies. L’ai-je fait ? Ça, c’est une autre histoire…

Insomnie et Le Dernier Étage

Dans le stationnement en rond au coin de la rue de Xi’an, on a exploité la hauteur. Les personnages insomniaques s’amusent autour d’une structure tout en hauteur sur laquelle ils exécutent des chorégraphies et vous emportent loin. Quelque part entre votre insomnie et le rêve. Un moment où on veut et doit rester éveiller pour survivre. Où l’on voit de choses étranges. Des rêves éveillés ? La réalité ? Une frontière mince qu’Olivier Normand-Laplante exploite avec magie, finesse et humour.Une fois dans le stationnement, vous ne pouvez plus redescendre, vous suivez le flux jusqu’en haut, jusqu’au Dernier Étage. Installation créer par BGL, vous y êtes invité à fumer de la chicha. Des chichas faites avec… À vous de découvrir. Allez-y, ça vaut le détour. Et ce qui est beau cette année, c’est que tout ça, ben ça dure les trois fins de semaine du Carrefour. Ça fait plusieurs promenades nocturnes pour découvrir toutes les facettes de ces univers déjantés. Profitez-en, ça recommence ce soir pour trois jours, puis la fin de semaine prochaine aussi. À compter de 21 h.Bonnes promenades, noctambules!

 
Merci à Elias Djemil de m’avoir permis d’utiliser ses photos, vous pouvez découvrir ce qu’il fait sur son site.