Il y a 5 ans, le mail tombait

Un outil de développementLorsque le mail est construit en 1974, c’est pour améliorer le sort de la rue Saint-Joseph. Les commerces du quartier Saint-Roch souffrent alors de l’intérêt que portent les consommateurs au nouvel eldorado que sont les centres commerciaux périphériques. On décide d’adopter les armes de la concurrence, en faisant de la rue Saint-Joseph une rue piétonne couverte. Le projet s’inspire notamment du Kalamazoo au Michigan ou de la rue Sparks à Ottawa. Mais la possibilité de magasiner au chaud ne suffit pas à retenir les consommateurs. Au fil du temps, les bénéfices du mail sont remis en question alors que le quartier continue de péricliter.Un mail qui a fait son tempsC’est toujours pour améliorer son sort que l’on libérera 30 ans plus tard la rue Saint-Joseph de son mail. En 2000, une première partie du mail est détruite sur environ 300 m. Puis en 2007, la partie restante est totalement démolie.Un mail qui est alors devenu un carcan pour son développement, dont l’ambiance et le décor semblent être restés figés depuis l’époque de sa construction et que les couches successives de peinture ne suffisent pas à rajeunir.  Un mail qui protège des disgrâces de la météo, mais qui a fait oublier aux passants que l’on peut lever la tête lorsque l’on marche dans une rue commerciale pour apprécier l’architecture et l’ambiance. La plupart des propriétaires ont eux-mêmes oublié que leur bâtiment comportait plus d’un étage à entretenir. Cette situation sera criante au lendemain de la destruction du mail. Les bâtiments dévoilent alors des étages supérieurs mal entretenus, aux couleurs bigarrées, parfois sans aucune cohérence avec le rez-de-chaussée.Une rue qui a retrouvé du cachetDepuis, la rue respire, c’est indéniable. Et elle retrouve progressivement du cachet. Les deux phases de destruction du mail sont visibles si l’on s’attarde à analyser le degré de rénovation et de restauration des bâtiments. Le soutien municipal a été considérable pour rénover les bâtiments. Les efforts des propriétaires sont aussi notables. Outre les façades, la rue elle-même fait l’objet d’un réaménagement d’envergure. On y réintroduit l’automobile, mais on s’assure de créer un espace convivial pour les piétons avec des trottoirs larges à faible dénivellation et une voie automobile de largeur raisonnable. Trouver l’équilibre commercial Avec une meilleure apparence, il devient plus facile d’attirer de nouveaux commerces, moyennant de gros efforts de promotion et de recrutement commercial. Saint-Roch a du mal à se départir des images négatives auprès de certains entrepreneurs et consommateurs. Mais le changement s’opère tranquillement. Des commerces de magasinage refont leur apparition sur la rue. Les gammes de produits se diversifient, là où le bas de gamme était surreprésenté. De gros noms font leur apparition. Dans certains cas, on s’emballe un peu trop vite sur la vitalité retrouvée de la rue. Quelques commerces haut de gamme ouvrent leurs portes avant de les fermer peu de temps plus tard. L’équilibre d’une rue commerciale comme la rue Saint-Joseph n’est pas simple à atteindre. Il doit permettre à la rue de redevenir une rue de magasinage importante de Québec, tout en lui assurant de jouer son rôle de rue de commerce de proximité pour une population diversifiée. Quartier du design, rue gastronomique, artère de spectacle. Les ambitions ne manquent pas pour la rue Saint-Joseph, dont l’avenir est encore difficile à prédire, mais qui affirme tranquillement son identité. Un cas d’écoleLa destruction du mail et les efforts de revitalisation qui l’ont accompagnée restent un cas d’école à plusieurs égards.Cette démarche a d’abord été le fruit d’un exercice de consultation mené par l’administration L’Allier. Les citoyens, les commerçants et les organismes communautaires locaux ont pris part au débat et ont cherché des solutions qui convenaient à la majorité. La création du Comité Rebâtir la rue Saint-Joseph sera un bel exemple du caractère consensuel de la démarche.Une démarche exemplaire également au niveau de la préoccupation affichée pour les populations moins nanties, pour qui le mail est un lieu de refuge et de socialisation. Des solutions de rechange seront mises en place pour réduire au maximum la perte de cet espace d’échange pour certains.Un cas d’école, enfin, au niveau de l’engagement municipal, tant financier que professionnel, indispensable levier de l’initiative privée.La revitalisation de cette rue est un bel exemple du temps qu’il est nécessaire d’accorder à la relance d’un centre-ville, qui s’étend sur des dizaines d’années, et de l’importance d’un travail concerté entre les acteurs publics et privés.